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                <title ref="bgrf:99.44 wikidata:Q123125821 MiMoText-ID:Q2722"> La Nuit anglaise: MiMoText edition </title>
                <author ref="viaf:9966915 wikidata:Q3261946 MiMoText-ID:Q105">viaf:9966915 wikidata:Q3261946 MiMoText-ID:Q105</author>
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                <publisher ref="https://mimotext.uni-trier.de"> Mining and Modeling Text </publisher>
                <distributor ref="https://github.com/mimotext/roman18"> Github </distributor>
                <date>2021</date>
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                    <title> La Nuit Anglaise, Ou Les Aventures, jadis un peu extraordinaires, mais
                        aujourd'hui toutes simples et très-communes De M. Dabaud, Marchand De La Rue
                        St.-Honoré, A Paris </title>
                    <ref target="https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN879346302"/>
                    <date>2017</date>
                    <date>2017</date>
                    <publisher> Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen </publisher>
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                    <title> La nuit anglaise ou aventures jadis un peu extraordinaires, mais
                        aujourd'hui toutes simples et très communes de M. Dabaud, marchand de la rue
                        Saint-Honoré, à Paris </title>
                    <author> Louis François Marie Bellin de La Liborlière </author>
                    <pubPlace> Hambourg </pubPlace>
                    <pubPlace> Brunswick </pubPlace>
                    <pubPlace> Paris </pubPlace>
                    <pubPlace> Londres </pubPlace>
                    <pubPlace> Leipzig </pubPlace>
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                    <pubPlace> Francfort sur le Mein </pubPlace>
                    <pubPlace> Manheim </pubPlace>
                    <pubPlace> Basle </pubPlace>
                    <pubPlace> Breslau </pubPlace>
                    <publisher> P. F. Fauche et Compagnie </publisher>
                    <publisher> Pougens </publisher>
                    <publisher> rue St. Thomas du Louvre No. 246. </publisher>
                    <publisher> J. de Boffes libraire </publisher>
                    <publisher> GerardStreet N.7 </publisher>
                    <publisher> Soho </publisher>
                    <publisher> Dulau et Comp. Wardour-Street. Soho Square </publisher>
                    <publisher> Rabenhorst </publisher>
                    <publisher> lib. </publisher>
                    <publisher> Mettra </publisher>
                    <publisher> lib. </publisher>
                    <publisher> bureau du Journal françois. </publisher>
                    <publisher> Fontaine </publisher>
                    <publisher> lib. </publisher>
                    <publisher> Decker </publisher>
                    <publisher> lib. </publisher>
                    <publisher> G. T. Korn jun. lib. </publisher> . <date>1799</date>
                </bibl>
                <bibl type="firstEdition">
                    <date>1799</date>
                </bibl>
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        <front>
            <div type="titlepage">
                <p> LA NUIT ANGLAISE, OU LES AVENTURES DE M. DABAUD. </p>
                <p> Se trouve A Hambourg et Brunswick chez P. F. Fauche et Compagnie. A Paris, chez
                    Pougens, rue St. Thomas du Louvre No. 246. </p>
                <p> A Londres, chez J. de Boffes libraire, GerardStreet N.7, Soho, et chez Dulau et
                    Comp. Wardour-Street. Soho Square. </p>
                <p> A Leipzig. chez Rabenhorst, lib. </p>
                <p> A Berlin, chez Mettra, lib. </p>
                <p> A Francfort sur le Mein, au bureau du Journal françois. </p>
                <p> A Manheim, chez Fontaine, lib. </p>
                <p> A Basle, chez Decker, lib. </p>
                <p> A Breslau, chez G. T. Korn jun. lib. </p>
                <p> LA </p>
                <p> NUIT ANGLAISE, OU LES AVENTURES, jadis un peu extraordinaires, mais aujourd'hui
                    toutes simples et très-communes DE M. D'ABAUD, MARCHAND DE LA RUE SAINT-HONORÉ,
                    A PARIS; ROMAN COMME IL Y EN A TROP, traduit de l'arabe en iroquois, de
                    l'iroquois en samoyède, du samoyède en hottentot, du hottentot en lapon, et du
                    lapon en français. </p>
                <p> Par le R. P. SPECTRORUINI, MOINE ITALIEN. </p>
                <p> Voilà pourtant, voilà comme de rien Un Romancier fait quelque chose!... </p>
                <p> Vaudeville des Petits Savoyards. </p>
                <p> Aimez-vous les esprits, on en a mis par-tout... </p>
                <p> Boileau, Satires. </p>
                <p> Les esprits dont on nous fait peur, Sont les meilleures gens du monde... </p>
                <p> Zémire et Azor. </p>
                <p> TOME PREMIER. </p>
                <p> SE TROUVE Dans les ruines de Paluzzi, de Tivoli; dans les caveaux de Ste.
                    Claire; dans les abbayes de Grasville, de Saint-Clair; dans les châteaux
                    d'Udolphe, de Mortymore, de Montnoir, de Lindenberg, en un mot dans tous les
                    endroits où il y a des revenans, des moines, des ruines, des bandits, des
                    souterrains et une tour de l'Ouest. </p>
            </div>
        </front>
        <body>
            <div type="group">
                <div type="chapter">
                    <head> LE SPECTRE FLAMBOYANT, Ou LES MYSTÈRES DE LA CAVERNE TÉNÉBREUSE. </head>
                    <p> Tome XIX. Chapitre XVII. </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> "UN vent frais agitoit les feuilles frémissantes des
                            arbres voisins et leur causoit un bruissement mélancolique; la lune
                            répandoit foiblement les rayons pâles et radoucis de son disque argenté;
                            une cascade éloignée faisoit entendre son murmure plaintif et monotone;
                            d'un côté de l'horizon on croyoit encore voir les détonations graduées
                            de cette nuance de pourpre que laisse sur la voûte du ciel la clarté
                            expirante du soleil couchant, tandis que de l'autre on apercevoit déjà
                            la teinte dorée de l'aurore brillante qui venoit dessiner sur l'azur du
                            firmament les sommets grisâtres et dentelés des Appennins: L'infortunée
                            Angélica. pleine du sentiment de ses malheurs, contemploit d'un oeil
                            indifférent les richesses d'une belle nature étalées devant elle.
                            Négligemment assise sur l'affit délabré d'un des canons rouillés de la
                            terrasse du Nord, elle tenoit encore à la main son luth sur lequel ses
                            doigts savans venoient de déployer la magnifique harmonie de l'hymne de
                            Minuit." </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> "Tout-à-coup le sommeil Magique où l'univers semble
                            enseveli, est troublé par la vibration sonore des timbres argentins de
                            l'horloge du pavillon de l'Orient: le son retentit longuement dans le
                            vague des airs, et se perd insensiblement parmi les échos fidelles avec
                            un battement cadencé: une orfraie placée dans les débris de la charpente
                            de la chapelle fait entendre un cri déchirant et lugubre; quelques
                            corbeaux retirés sur les sapins de la forét répondent par un croassement
                            sinistre. Angélica frémit et ses regards craintifs se portent sur les
                            fenétres gothiques du salon d'Erable. A travers les vitraux coloriés.
                            elle aperçoit une grande figure couverte d'un linceul sanglant;
                            l'épouvantable fantôme tient encore à la main un poignard rouillé et une
                            lampe à demi éteinte, ses pas lents et mesurés se répètent dans les
                            cavités des voûtes. Effrayée par cette apparition terrible. Angélica
                            sent ses esprits se glacer, et ne trouvant plus la force de fuir, elle
                            s'enveloppe la tête des plis ondoyans de la draperie légère qui ombrage
                            les contours délicieux de sa taille moelleuse: mais c'est en vain
                            qu'elle croit fuir la terreur, la terreur la poursuit par-tout. Elle
                            distingue un soupir étouffé qui est bientôt suivi d'un gémissement
                            prolongé, et le frôlement des feuillages qui l'entourent ne tarde pas à
                            lui annoncer qu'un être souffrant languit dans les détours sinueux et
                            souterrains d'un cachot dont la trappe de fer chargée d'énormes verroux
                            et de cadenats terribles se trouve à l'entrée de la colonnade ruinée qui
                            conduit à la bibliothèque. Les herbes sauvages et les ronces dont elle
                            est environnée la laissent à peine apercevoir. Hélas, s'écrie tristement
                            la malheureuse Angélica, les sombres accens de cette douleur concentrée,
                            sortent sans doute du sein oppressé de quelque déplorable victime de la
                            barbarie des monstres qui me persécutent. Le farouche comte Poignardoni
                            et son digne complice, le père Coquinello, chapelain du château ....."
                        </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> Lecteur, j'en étois là lorsque l'arrivée subite des
                            fossoyeurs m'interrompit, bien mal à propos sans doute, vous en
                            conviendrez ... Mais, que dis-je? oublié-je que vous ne savez ni qui je
                            suis, ni où j'étois, ni ce que je faisois. Je vais tâcher en trois mots
                            de vous instruire de ces trois choses. </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> Possédé de l'esprit fantasmagorique qui deviendroit une
                            dixième muse, si on le laissoit faire, j'avois entrepris de composer un
                            roman dans le nouveau genre, et, ainsi que vous avez dû le voir, j'étois
                            déjà arrivé au 17e. chapitre du tome 19e. qui, soit dit en passant,
                            n'auroit pas été le moins intéressant de toute l'histoire. Comme je suis
                            persuadé que, pour bien peindre la nature, il faut, selon l'avis des
                            gens doctes qui m'ont précédé, la prendre sur le fait, j'avois voulu
                            choisir un cabinet de travail analogue au sujet que j'avois à traiter.
                            Hier au soir, sentant les approches de l'accès du sombre délire, je
                            m'armai d'une écritoire, d'un cahier de papier et j'allai m'établir dans
                            le cimetière d'une église, dont la tour gothique et les arcades noircies
                            par le temps m'avoient déjà servi bien des fois de modèle. Arrivé au
                            milieu du théâtre de mes lugubres conceptions, je cherchai la tombe la
                            plus couverte de mousse, je tirai mon écritoire, mon papier, et, ayant
                            alors pour siége une urne et la mort pour témoin, je creusois activement
                            mon esprit et tâchois de trouver le moyen le plus adroit de tirer les
                            morts du tombeau pour effrayer les vivans. </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> Mon imagination s'enveloppoit déjà de voiles funèbres,
                            mon sang se noircissoit dans mes veines. la terreur alloit couler à
                            grands flots de ma plume, lorsque deux voix rauques me dirent d'un ton
                            grossier: Otez-vous de là ... J'étois tellement plein de mes idées,
                            qu'au premier moment, je crus être moi-même la pauvre Angélica que
                            j'avois à faire parler et que je pris les deux étranges figures qui se
                            présentoient à moi pour le comte Poignardoni et le père Coquinello.
                            L'étonnement fit sur moi l'effet qu'il avoit souvent produit sur mon
                            héroine; je restois la bouche béante et les yeux fixes; je serois
                            peut-être encore dans la même attitude, si un second, ôtez-vous de là,
                            auquel on joignit l'impérieuse conséquence donc, et qui fut prononcé
                            avec un degré de brusquerie de plus, n'eût rappelé mes esprits
                            engourdis. Quittant mes yeux de roman pour y voir comme tout le monde.
                            j'aperçus devant moi deux fossoyeurs portant sur leur épaule tous les
                            instrumens de leur profession. Un autre n'eût vu en eux que de vils
                            manoeuvres, mais je les saluai avec cette considération que me parurent
                            mériter deux artistes dont le talent étoit si utile au mien, et leur
                            demandai le motif de l'invitation laconique qu'ils venoient de me
                            répéter. Ils me répondirent que le jour même on devoit enterrer
                            quelqu'un sous la tombe que j'occupois, et qu'ils vouloient préparer la
                            fosse. Je me levai à la hâte et me crus assez dédommagé du contre-temps
                            qui m'avoit interrompu, par le parti que je me flattai de tirer de ce
                            que j'allois voir. </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> A peine le tombeau fut-il ouvert que la première chose
                            qui frappa mes yeux fut un rouleau de papier qui paroissoit fort peu
                            endommagé; je m'en saisis avec empressement, espérant bien que le
                            contenu de ce manuscrit alloit me fournir deux tomes au moins pour mon
                            roman, ce qui l'auroit porté justement à 24 volumes. Qu'on se figure,
                            s'il est possible, quelle fut ma surprise, lorsqu'en ouvrant le précieux
                            rouleau je trouvai la traduction que je livre maintenant au public.
                            C'étoit déjà du merveilleux, comment donc appeler ce qui va suivre? A la
                            tête de cette traduction, on avoit attaché une lettre, et cette lettre
                            étoit adressée à l'auteur de Célestine, ou les Epoux sans l'être. Une
                            autre personne auroit pu commettre une indiscrétion en décachetant le
                            mystérieux écrit; quant à moi, par une raison que vous devinerez
                            peut-être, je ne me fis aucun reproche de briser la cire noire qui
                            génoit ma curiosité. Voici ce que je lus: </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> "En travaillant à cette traduction, je me proposois de
                            l'envoyer à Mistriss Radcliffe; je viens d'apprendre qu'elle étoit
                            morte, et je vous adresse mon ouvrage, comme étant le dernier défricheur
                            de ruines et de souterrains qui me soit tombé sous la main. Vous le
                            ferez imprimer sur-le-champ, ou bien je meurs et je vous apparois chaque
                            nuit, couvert de tout l'attirail dont vous avez habillé vos revenans.
                            Pour vous prouver que je ne suis peut-être pas autant à mépriser que
                            vous pourriez l'imaginer, je me contente de vous dire que vous recevrez
                            mon manuscrit à 4 heures précises de l'après-midi." </hi>
                    </p>
                    <p> Spectroruini, <hi rend="italic"> moine italien. </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> Le croirez-vous, lecteur? au moment où je finissois la
                            dernière syllabe de cette épitre singulière, la maudite horloge commença
                            à sonner le premier coup de l'heure fatale. J'avoue, sans me piquer de
                            force d'esprit, que, quoique familiarisé avec de semblables merveilles,
                            je ne pus m'empécher de pâlir .... Au reste, dis-je avec la réflexion,
                            ce bon moine ne m'impose pas une tâche trop pénible, nous sommes dans un
                            siècle où rien n'est plus aisé que de faire imprimer un roman, et de
                            plus un roman traduit de cinq ou six langues, ce qui vaut encore bien
                            mieux qu'un roman traduit de l'anglais. Que d'obligations le public va
                            m'avoir! ... Hélas, insensé! j'étois bien loin de connoître le poison
                            que je portois dans mon sein; j'étois bien loin de savoir que mes
                            modèles chéris, que les Mystères d'Udolphe, que le Moine, que Célestine
                            même, cet enfant bien-aimé... Ah lecteur! n'exigez pas que la plume
                            paternelle achève!..... </hi>
                    </p>
                    <p>
                        <hi rend="italic"> Lisez, lisez le fruit des loisirs du perfide moine, et
                            plaignez-moi du triste sort auquel il me réduit .... Ah si ses menaces
                            n'étoient pas si terribles!... mais je crois déjà le voir me poursuivre
                            avec les chaînes, les torches et les poignards que moi-même ai
                            préparés.... je crois déjà .... Arrête, arrête, fantôme redoutable, tu
                            seras satisfait. </hi>
                    </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> Avis de l'éditeur. </head>
                    <p> Comme la plupart des romans qui sont cités dans cet ouvrage ont eu plusieurs
                        éditions, pour contenter l'exactitude des personnes qui voudioient se donner
                        la peine de vérifier les citations, nous allons indiquer ici sur quelle
                        édition de chaque roman les notes ont été faites: </p>
                    <p> L'Abbaye de Grasville, traduction de l'anglais, par B. Ducos; à Paris chez
                        Maradan. An VI. 1798. 3 Vol. grand in-12. </p>
                    <p> Célestine, ou les Epoux sans l'être, pan. B. de la L.... édition originale,
                        Hambourg et Brunswick chez P. F. Fauche et compagnie 1798. 4 Vol. in. 12. </p>
                    <p> Eléonore de Rosalba, ou le Confessionnal des Pénitens noirs, traduit de
                        l'anglais d'Anne Radcliffe, par Mary Gay, nouvelle édition, à Lausanne, chez
                        Hignou et compagnie. 1797. 4 Vol. in-12. </p>
                    <p> La Forêt, ou l'Abbaye de Saint-Clair, par Anne Radcliffe; traduit de
                        l'anglais sur la seconde édition. A Paris, chez Denné et Poisson. 1796. 4
                        Vol. in-18. </p>
                    <p> Hubert de Sévrac, ou histoire d'un émigré, roman du dix-huitième siècle; par
                        Marie Robinson, traduit de l'anglais, par M. Cantwell, à Paris, chez Gide,
                        an 5. 1797. 3 Vol. in-12. </p>
                    <p> Julia ou les Souterrains de Mazzini, par Anne Radcliffe, traduit de
                        l'anglais sur la seconde édition. A Paris, chez Maradan, an VI. 1798. 2 Vol.
                        in-18. </p>
                    <p> Le Moine, traduit du l'anglais, à Paris chez Maradan, an V. 1797. 4 Vol,
                        in-18. </p>
                    <p> Les Mystères d'Udolphe, par Anne Radcliffe; traduit de l'anglais sur la
                        troisième édition; à Paris chez Maradan, an V. 1797. 4 Vol. grand in-12, </p>
                    <p> Le Tombeau, ouvrage posthume d'Anne Radcliffe; traduit sur le manuscrit par
                        Hector Chaussier et Bizet. A Paris chez Barba et André. An VII. 2 Vol. grand
                        in-12. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> LA NUIT ANGLAISE, OU AVENTURES DE M. DABAUD. </head>
                    <head> CHAPITRE PREMIER. </head>
                    <p> AVANT que le génie de la Révolution eût enveloppé sous ses ailes
                        gigantesques toutes les richesses de la France pour les distribuer ensuite
                        en aveugle, M. Dabaud étoit un petit marchand de la rue Saint-Honoré à
                        Paris. Depuis que la capricieuse déesse qui balotte les destinées des hommes
                        dans sa balance incertaine avoit tout confondu, tout jeté dans un chaos
                        duquel les plus adroits ou les plus heureux se retirèrent avec le plus
                        d'avantage, M. Dabaud se trouvoit élevé à la classe nombreuse des nouveaux
                        propriétaires de la République. M. Dabaud n'avoit cependant été ni un <hi rend="italic"> terroriste </hi> , ni un <hi rend="italic"> coupe-tête
                        </hi> , ni un <hi rend="italic"> buveur de sang </hi> , mais M. Dabaud
                        s'étoit vu engagé dans des fournitures pour le Gouvernement. Tandis que les
                        chefs de l'association dont il étoit membre très-obscur jouoient leur tête
                        contre des millions, en se mettant en évidence, M. Dabaud trouvoit beaucoup
                        plus sûr de se laisser paisiblement ramasser cent mille livres de rente en
                        prêtant son nom. Assis auprès de sa caisse dans laquelle se versoient
                        périodiquement les profits, il lisoit froidement cette fable où le bon la
                        Fontaine peint un singe qui regarde sans danger brûler les pattes du chat,
                        tandis que lui-même mange les marrons. On voit que M. Dabaud savoit assez
                        bien choisir ses lectures pour un temps de révolution; mais on n'en sera pas
                        étonné, quand on apprendra combien il avoit de goût pour la littérature. </p>
                    <p> M. Dabaud avoit trouvé dans quelques livres, que la circulation du numéraire
                        faisoit la force d'un Etat comme la circulation du sang faisoit la force du
                        corps. Il voyoit cette circulation parfaitement établie en France; elle
                        étoit à son avantage, et dès-lors il se croyoit le droit de dire avec
                        Pangloss et mille autres des philosophes qui l'entouroient: <hi rend="italic"> Tout est bien, tout est au mieux. </hi> N'étendant pas
                        ses regards au delà du petit cercle de ses affaires, persuadé que chacun
                        étoit content parce que lui-même ne se plaignoit pas, il désiroit du
                        meilleur de son coeur que tout le monde fût heureux, pourvu que la masse du
                        bonheur des autres ne renversât pas l'édifice chéri de sa félicité
                        particulière. Sans être méchant par essence, il étoit égoiste; son coeur
                        n'étoit pas foncièrement mauvais, mais sa divinité étoit ce Moi dont notre
                        siècle a élevé le culte sur les débris de tous les autres autels. </p>
                    <p> Beaucoup d'or, peu de jugement, une forte dose de vanité; quel triple
                        bandeau sur les yeux d'un homme! quel assemblage heureux pour les sangsues
                        qui ne vivent que du sang des dupes! Aussi M. Dabaud ne tardatil pas à être
                        assiégé par ces parasites que la table d'un parvenu attire comme l'aimant
                        attire le fer. Ainsi que tant d'autres, à force d'être riche il cessa d'être
                        maître chez lui, et son revenu servit à payer les plaisirs de ceux qui lui
                        faisoient accroire qu'il s'amusoit. On lui dit qu'il ne pouvoit pas aller à
                        pied: il eut une voiture. On lui persuada que la chasse lui seroit
                        salutaire: il eut des chiens et des chevaux. On lui représenta qu'il étoit
                        décent de passer au moins Messidor et Vendémiaire à la campagne: il acheta
                        la terre d'un guillotiné, comme il en auroit acheté une autre, parce que
                        c'étoit celle qui lui convenoit le mieux. On lui répéta mille fois qu'il
                        avoit de l'esprit: il le crut encore plus facilement que tout le reste;
                        étoit-ce sa faute ou celle des flagorneurs qui lui payoient en flatteries
                        l'intérêt de son dîner? </p>
                    <p> Sa qualité d'homme d'esprit l'obligeoit par état à avoir une bibliothèque:
                        mais, plus sensé que la plupart des bibliomanes ordinaires, il vouloit au
                        moins que ses livres fussent à sa portée; et, comme les sciences abstraites
                        n'avoient jamais beaucoup occupé ses loisirs, il se bornoit à lire des
                        romans dont un membre de l'Institut, qui dinoit chez lui trois fois par
                        décade, avoit formé la collection. </p>
                    <p> L'homme s'ennuie de tout, même du bonheur, même du plaisir qu'il prend
                        souvent l'un pour l'autre; par une suite de cette instabilité attachée à
                        notre débile nature, M. Dabaud se fatigua des ouvrages qui d'abord avoient
                        fait ses délices, si bien que le membre de l'Institut le trouva un jour
                        endormi en lisant Clarisse. Il ne put s'empêcher de lui en témoigner sa
                        surprise. Ma foi, citoyen, lui répondit M. Dabaud en bâillant encore, je
                        vous avoue que j'aimerois presque autant parcourir l'almanach de la
                        République que tous vos romans de l'ère vulgaire; je n'y trouve que ce qui
                        se passe autour de moi, que ce que je pourrois voir dans la maison des
                        citoyens mes voisins, si quelque diable vouloit, comme Asmodée, m'en
                        découvrir les toits. Tout le monde parle comme tout le monde; il n'y a des
                        amans que pour se marier, des rivaux que pour contrarier, des pères que pour
                        gronder, pardonner et payer la dot; de manière qu'on sait d'avance, à
                        quelques accessoires près, ce qui doit arriver, et qu'on pourroit écrire un
                        roman en dix volumes avec cette seule phrase que j'ai lue, je crois, dans
                        une vieille histoire qui s'appelle Daphnis et Chloé: <hi rend="italic"> Tout
                            se passa à l'ordinaire </hi> . Vous m'avouerez, citoyen, que, dans un
                        temps où rien ne se passe à l'ordinaire, c'est au moins être <hi rend="italic"> modéré </hi> que de faire des aventures à l'ancienne
                        manière. Cette Clarisse, par exemple, qu'on vantoit beaucoup, ditesmoi, je
                        vous prie, ce qu'elle renferme de si surprenant. D'abord, je suis trop bon
                        républicain pour l'aimer, parce qu'elle est remplie de grandes pensées
                        anglaises, et que tout ce qui sort d'Angleterre est contrebande dans la
                        République; mais, cela même oublié, qu'est-ce qu'il y a dans cette histoire?
                        une jolie personne qu'on enlève! Eh! bien, en cherchant avec soin au
                        PalaisEgalité on trouveroit, j'en suis sûr, quelque petite citoyenne aussi
                        intéressante que la ci-devant Miss Harlowe, et qui feroit beaucoup moins de
                        simagrées. Quant au citoyen Lovelace, j'ose vous assurer que le premier venu
                        de nos muscadins, que mon fils même, quoiqu'il ne soit coiffé ni à la <hi rend="italic"> Titus </hi> ni à la <hi rend="italic"> Caracalla </hi> ,
                        seroit capable de faire autant de prouesses que lui. </p>
                    <p> Je parierois, ajouta M. Dabaud en se penchant à l'oreille du membre de
                        l'Institut, que la réputation de ce roman étoit encore un des abus de
                        l'ancien régime, et que c'étoit quelque maîtresse de ministre qui la lui
                        avoit fait obtenir. Est-ce que la littérature n'aura donc pas aussi son
                        trente et un Mai? Vous devriez, citoyen, essayer de faire une révolution
                        dans la manière d'écrire, il n'y a point de tribunal criminel, ni de
                        guillotine dans l'empire des Muses, et je suis de la conspiration. </p>
                    <p> La conversation en étoit là lorsque M. Dabaud vit entrer son fils, qui,
                        comme on le voit, ne pouvoit arriver plus mal à propos. Le membre de
                        l'Institut alloit peut-être se laisser gagner, et les Anglais n'auroient pas
                        enlevé aux Français la gloire de découvrir les souterrains du Parnasse. </p>
                    <p> Le jeune Roger s'occupoit fort peu de littérature; il ne lisoit pas de
                        romans, mais la nature en avoit mis le germe dans son coeur, mais il en
                        faisoit un fort intéressant pour lui avec une jeune personne charmante; et
                        ce roman-là étoit à la vieille mode, les deux amans s'aimoient avec toute la
                        franchise et l'innocence dont M. Dabaud trouvoit les détails si usés. Ursule
                        étoit aussi bonne, aussi aimable que belle; mais la roue de la révolution,
                        au moins aussi rapide que celle de la fortune, l'avoit précipitée de la plus
                        grande aisance dans la plus excessive détresse. C'étoit là une des
                        ressemblances avec les anciens romans qui déplaisoit le plus à M. Dabaud,
                        dans celui de son fils. Roger disoit souvent à son amante: Tu n'as pas de
                        bien, mais tu as des vertus, et si nous étions unis, ce seroit bien
                        inutilement pour nous qu'on auroit inventé la loi du divorce. </p>
                    <p> M. Dabaud étoit en train de s'entretenir de romans quand son fils entra; il
                        ne crut pas changer de conversation en lui parlant de ses amours. Citoyen
                        mon fils, lui dit-il d'un ton grave, vous voilà dans l'âge de donner des
                        Républicains à la République, et il est temps que vous songiez à jouir de
                        tous les droits de l'homme. -- Vous savez bien, mon père, que je ne demande
                        pas mieux, s'est donné. -- Mon ami, c'est encore et que depuis long-temps
                        mon coeur une de ces phrases que j'ai lue si souvent que je ne peux plus la
                        supporter; enfin, voyons, qui est-ce qui a reçu ce beau présent? -- Mon
                        père, une jeune personne charmante qui joint à de grands yeux bleus le plus
                        aimable sourire et la ... -- Eh! mon ami, mon ami! voulez -vous me vieillir
                        de vingt ans? Le portrait de votre héroïne!... Comment s'appelle-t -elle? --
                        Ursule. -- Ursule! passe encore; le nom n'est pas trop commun. De qui
                        est-elle fille? -- Mon père, elle descend d'une de ces familles qui dans les
                        temps les plus reculés de la ci-devant monarchie .... -- Citoyen mon fils,
                        grâce, grâce de sa généalogie! On diroit vraiment que vous savez par coeur
                        les romans qui sont dans ma bibliothèque. De tous ses aïeux, je ne veux
                        connoître que le dernier; c'est quelquefois le plus difficile à nommer, mais
                        enfin voyons. -- Ursule est la fille du président de Germeuil. -- Mille
                        républiques! la fille d'un ci-devant noble, d'un ci-devant parlementaire!
                        vous êtes fou, citoyen Dabaud fils. -- Non, mon père, je ne suis
                        qu'amoureux. -- La fille d'un homme qui a été guillotiné! -- Son crime, s'il
                        fut coupable, ne rejaillit pas sur ses enfans qui sont vertueux. -- Une
                        fille qui n'a rien! -- J'ai du bien pour nous deux. -- Encore! nous voilà
                        retombés dans les vieilles aventures. Faire la fortune de sa maîtresse! non,
                        non, mon ami, c'est passé de mode; chacun ne songe plus qu'à s'enrichir
                        lui-même. Choisissez une autre Dulcinée, et revenez à un nouveau premier
                        volume. -- Mon père, je suis fixé pour la vie, rien ne pourra déranger ma
                        constance. Je braverois la mort même pour être à Ursule. -- Mais, mon ami,
                        mon ami!.... Où prenez-vous donc toutes ces phrases? est-ce que vous me
                        voleriez des livres? ... Enfin, puisqu'il faut vous le dire, savez-vous bien
                        que la terre que j'ai achetée se trouve positivement être celle que
                        possédoit le père de votre héroïne! -- Tant mieux; mon mariage avec elle
                        fera rentrer son bien dans sa famille. -- Toujours son maudit roman! le
                        bourreau le poursuivroit jusqu'au dixième tome ..... Citoyen mon fils, je
                        n'ai plus que deux mots à vous dire; si vous ne renoncez à cette petite
                        fille, je ne la fais pas mettre dans un couvent, parce que c'est une
                        ressource que n'ont plus les pères dans un roman; mais je demande qu'elle
                        soit déportée, et je vous envoie aux frontières. En attendant, préparez-vous
                        à me suivre à ma terre où je vais passer quelques décades. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE II. </head>
                    <p> Le jeune Roger, la mort dans le coeur, alla rendre compte à Ursule de
                        l'entrevue qu'il venoit d'avoir avec son père: ils pleurèrent ensemble; on
                        trouve tant de plaisir à répandre des larmes lorsqu'on a dix-huit ans, et
                        qu'une main chérie vient les essuyer! Ils se jurèrent de s'aimer
                        éternellement; on est si tendre quand on est malheureux! Ils se flattèrent
                        de vaincre enfin la rigueur de M. Dabaud; il est si doux d'espérer, lorsque
                        c'est le bonheur suprême qu'on attend! </p>
                    <p> Précisément pendant que les deux amans se proposoient de tout employer pour
                        attendrir M. Dabaud, il se promettoit à lui-même de tout employer pour
                        rompre une inclination contre laquelle il étoit cependant bien loin de
                        vouloir prendre les mesures violentes dont il avoit menacé son fils. Roger
                        lui étoit cher, il lui en coûtoit de l'affliger; mais il lui en coûtoit
                        beaucoup aussi de nommer sa bru une jeune personne qui n'avoit rien, et
                        contre la famille de laquelle il conservoit d'ailleurs un ressentiment
                        particulier, dont le lecteur sera instruit quand l'histoire en aura besoin
                        et quand il en sera temps; en attendant nous suivrons M. Dabaud à sa
                        campagne où Roger ne l'accompagna qu'à regret, après avoir, comme on s'en
                        doute de reste, promis à Ursule de lui écrire aussi souvent que possible. On
                        ne dit pas si Ursule promit de répondre; c'est à la première jeune fille
                        amoureuse qui lira ce chapitre à lever un doute si important. </p>
                    <p> Déjà depuis plusieurs jours M. Dabaud s'ennuyoit en se disant qu'il devoit
                        s'amuser. Ses flatteurs affamés l'avoient bien suivi; mais les uns ne
                        pouvoient pas dîner sans cesse, et l'autre écouter toujours des
                        flagorneries; on n'avoit plus la nouvelle du jour à commenter, la brochure
                        de la veille à juger; l'ennui déployoit ses ailes de pavots, et chaque
                        phrase commençoit par un bâillement qu'on déguisoit sous une exclamation. </p>
                    <p> Un beau matin arrive un jeune homme à l'instant du déjeûner; il fait toute
                        la sensation que produit un nouveau venu dans un cercle de désoeuvrés; on
                        l'entoure, on le questionne, on l'examine, mais, grâce à l'exactitude
                        minutieuse avec laquelle il suit la mode, on ne l'a pas reconnu au bout de
                        cinq minutes, on n'a pas même vu sa figure. Il rabaisse enfin sa cravate,
                        relève sa perruque, et M. Dabaud reconnoit Dubert l'intime ami de son fils,
                        Dubert avec lequel il parle littérature, Dubert qui lui procure
                        soigneusement toutes les nouveautés que vomissent chaque jour les arcades du
                        Palais-Egalité. -- Que tu viens à propos, lui dit-il, et sur-tout si tu
                        m'apportes des livres! -- Je le crois que je vous en apporte, répond le
                        jeune homme avec un sourire vainqueur, et nous verrons comment vous les
                        trouverez. -- Où sont-ils, que je les ouvre, que je les lise et que je
                        m'endorme; car j'imagine que ce sont encore de ces fadeurs ordinaires. --
                        Vous endormir! ... Ce ne sera toujours pas la première nuit qui suivra votre
                        lecture ... -- Que dis-tu, je te prie!... </p>
                    <p> Dubert fronce le sourcil d'un air imposant; M. Dabaud le regarde avec la
                        bouche béante de surprise. On apporte une cassette rose; Dubert tire une
                        clef de sa poche, ouvre la cassette avec un appareil qui commande le
                        silence; vingt ou trente volumes frappent les yeux, dix mains s'élancent
                        pour les saisir; Dubert fait un geste, et tout le monde se retire. Un petit
                        homme frais et vermeil qui s'étoit fait médecin depuis qu'il n'y avoit plus
                        d'abbés dans les sociétés, mais qui n'avoit cependant pas oublié que jadis
                        il étoit chargé de chanter les couplets furtifs de boudoir et de toilette,
                        s'avance avec grâce et demande d'un ton mielleux à lire les titres. Tout
                        fier d'être accepté, il tousse, se mouche, crache, prend haleine deux ou
                        trois fois, et chacun, le menton allongé sur l'épaule de son voisin, attend
                        ce qui va sortir de la bouche de l'oracle. </p>
                    <p> Le docteur lit: <hi rend="italic"> Hubert de Sévrac; Julia, ou les
                            Souterrains de Mazzini; Célestine, ou les Epoux sans l'être; le Tombeau;
                            l'Abbaye de Grasville: les Mystères d'Udolphe; la Forêt, ou l'Abbaye de
                            Saint-Clair; le Confessionnal des Pénitens noirs .... </hi> -- Tu te
                        moques de nous, s'écrie M. Dabaud presque en colère, en interrompant le
                        lecteur dont la voix flûtée n'étoit accoutumée qu'à dominer mollement
                        au-dessus des bravos radoucis et des applaudissemens ménagés; que veux-tu
                        que nous fassions de tes Mystères, de tes <hi rend="italic"> Abbayes </hi> ,
                        de tes <hi rend="italic"> Confessionnaux </hi> , et de tes <hi rend="italic"> Pénitens </hi> ? tout cela est oublié à jamais, on ne lit plus de
                        livres de dévotion. -- Des livres de dévotion, reprend Dubert: ce sont les
                        romans qui portent aujourd'hui ces noms-là. -- Des romans! s'écrie M.
                        Dabaud. -- Des romans! répète chacun des auditeurs, et le cercle se retrécit
                        encore. Le médecin reprend d'une voix que la curiosité semble rendre plus
                        claire. Il lit: <hi rend="italic"> Le Moine: </hi> mais, à peine a-t-il
                        prononcé ces mots, qu'il pâlit; le livre lui tombe des mains, il fait un pas
                        en arrière, et le cercle devint en un clin-d'oeil aussi étendu qu'il étoit
                        resserré d'abord. Chacun, les yeux fixés sur le lecteur, cherche à deviner
                        dans ses traits la cause de son propre effroi. Dubert seul rit, Dubert seul
                        est au fait. Monsieur le docteur a jeté ses regards sur le frontispice, qui
                        représente le diable en personne emportant par le crâne le prieur des
                        Dominicains de Madrid au-dessus de la Sièrra Morèna. Vivement surpris de
                        trouver un pareil tableau à la tête du livre que Dubert annonce comme la
                        lecture favorite des plus jolies femmes, l'Adonis médecin n'a pas été maître
                        d'un mouvement de frayeur. </p>
                    <p> M. Dabaud est le premier qui, d'un pas intrépide, ose se rapprocher de la
                        cassette. Il saisit l'un après l'autre chaque volume, examine chaque
                        gravure, voit des spectres, des magiciennes, des poignards; il tremble
                        d'émotion, son coeur palpite de plaisir, le délire le transporte, il s'écrie
                        avec enthousiasme: Quoi! ces histoires contiennent tous les sujets que l'on
                        a dessinés ici!... A peine Dubert a le temps de répondre un oui; M. Dabaud
                        l'embrasse avec cet élan que connoît seul l'homme inspiré. Voilà donc que
                        l'on commence à écrire pour moi, répète-t-il dans l'ivresse de sa joie;
                        voilà donc tous mes voeux accomplis! Il se jette sur la cassette, et
                        l'emporte avec cette satisfaction qu'Harpagon seul peut exprimer quand on
                        lui rend son trésor. </p>
                    <p> Renfermé dans son cabinet toute la journée, M. Dabaud ne reparoît que le
                        soir. En vain dans l'aprèsdîner on va frapper à sa porte. La jolie femme la
                        plus capricieuse qui boude contre son amant n'est pas plus inflexible. Enfin
                        la cloche du souper sonne, M. Dabaud se montre, mais il a les yeux hagards,
                        mais il est pâle, mais sa démarche est tremblante, on croiroit voir Isaure
                        sortant du cabinet où elle a trouvé les têtes de toutes les femmes de Raoul
                        Barbebleue, ou le Cimbre fuyant épouvanté à l'aspect de Marius qu'il étoit
                        venu pour assassiner.... Quelques verres de bon vin rétablissent peu-à-peu
                        le calme dans ses esprits, on ose lui parler, on ose lui demander qui l'a
                        mis dans cet état violent. -- Oui, s'écrietil avec ce feu que peut seul
                        donner le véritable sentiment du sublime, le <hi rend="italic"> Moine </hi>
                        a dû être écrit avec la plume de fer que le Diable apporta à <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> . Celle même avec laquelle Mahomet traça
                        les caractères de l'alcoran seroit trop foible pour exprimer de pareilles
                        idées, quoiqu'elle sortit de l'aile de l'archange Gabriel. Est-il possible
                        d'inventer des aventures plus variées, plus merveilleuses, et sur-tout de
                        s'affranchir avec une plus orgueilleuse liberté de l'unité d'action, à
                        laquelle on avoit jadis la bêtise de s'astreindre, parce qu'on ne
                        connoissoit pas le plaisir de lire à-la-fois trois histoires au lieu d'une,
                        ce qui ne laisse pas que de contribuer beaucoup à la clarté. Dans tous les
                        enlèvemens qui se sont faits au monde, sans en excepter même celui d'Hélène,
                        est-il jamais arrivé à personne comme à <hi rend="italic"> Raymond </hi>
                        d'emporter un revenant au lieu de sa maîtresse? Il est vrai qu'il auroit été
                        un peu embarrassé pour s'en défaire, si le <hi rend="italic"> Juif-errant
                        </hi> ne se fût pas trouvé là tout à propos avec <hi rend="italic"> une
                            petite croix de feu au milieu du front </hi> pour le délivrer de
                        l'apparition de toutes les nuits, et cela par un moyen bien simple. Il ne
                        s'agissoit que d'aller déterrer les os de la <hi rend="italic"> Nonne
                            sanglante </hi> dans <hi rend="italic"> la caverne de Linden </hi> au
                        fond de la Bavière, et de les transporter en Espagne dans son portemanteau.
                        Qui a vu ensuite des changemens plus diversifiés que les métamorphoses de
                        cette <hi rend="italic"> Matilde </hi> qui se trouve par les gradations les
                        plus heureuses; novice dominicain, femme, magicienne, et enfin diable en
                        sousordre? Non, non, rien ne peut approcher de tout cela. Et la catastrophe,
                        qui osera désormais entreprendre d'en faire une plus frappante. Inventeraton
                        quelque chose de plus étonnant que le Grand Diable venant achever lui-même
                        l'ouvrage qu'un de ses officiers subalternes a si heureusement commencé? Il
                        faut briser toutes les plumes, renverser toutes les écritoires, la posterité
                        n'a plus rien à dire.... </p>
                    <p> Eh! bien, qu'avez-vous lu? dit Dubert le lendemain dès qu'il aperçut M.
                        Dabaud. -- Ce que j'ai lu! <hi rend="italic"> Le Confessionnal des Pénitens
                            noirs </hi> . Dont le héros, interrompit Dubert, n'est point un pénitent
                        noir, et encore moins un confessionnal; mais n'importe, cela fait un titre
                        bien ronflant, et c'est beaucoup dans un livre. -- Je t'avouerai, reprit M.
                        Dabaud, que j'ai d'abord été effrayé en voyant un jeune homme d'une famille
                        considérable aimer une orpheline, et des parens s'opposer à leur union au
                        premier volume pour y consentir au quatrième; j'ai dit, me voilà encore
                        retombé dans les vieilles aventures; mais j'ai été bientôt rassuré; des
                        moines, des ruines, des poignards, des pélerins, des couvens, des robes
                        ensanglantées, des empoisonnemens sont venus faire disparoitre ma crainte
                        que <hi rend="italic"> tout se passât à l'ordinaire </hi> . Je suis sorti de
                        tout cela pour entrer dans les prisons de l'Inquisition, et j'ai eu, je te
                        l'avoue, comme <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> , l'inquiétude de n'en
                        sortir jamais. -- Mais, dit Dubert, vous avez dû être émerveillé de la
                        dextérité avec laquelle cet honnête <hi rend="italic"> Zampari </hi> trouve
                        le moyen d'être par-tout sans que personne le voie; de parler dans une
                        chambre où il n'y a que deux ou trois Inquisiteurs qui ayent le droit de
                        prendre la parole, sans que personne l'entende, excepté celui à qui il
                        s'adresse; tout cela n'est pas trop clair, non plus que beaucoup d'autres
                        choses que l'on n'explique pas, mais je sens bien que le roman n'en est que
                        plus beau. Il est vrai que peut-être l'auteur nous réserve, comme les
                        journalistes, le mot de l'énigme pour le premier ouvrage qu'il donnera.
                        Tiens, Dubert, dit M. Dabaud avec contentement, cela ne seroit peut-être
                        point si mal vu; tu devrois écrire en Angleterre pour proposer cette
                        nouvelle manière de <hi rend="italic"> dérouler </hi> son intrigue. Il faut
                        cependant que je te confie mon chagrin d'avoir vu paroître quelques
                        personnages auxquels je me suis intéressé, croyant qu'ils alloient servir à
                        de grands événemens, et dont je n'ai pas oui parler dans la suite. -- Mais,
                        répliqua Dubert, ce défaut-là est bien racheté par la manière miraculeuse
                        dont <hi rend="italic"> Zampuri </hi> est empoisonné par <hi rend="italic">
                            Schédoni </hi> qui prédit sa mort avec autant d'audace et de ponctualité
                        que Mahomet annonce cellé de Seïde. Il y a cependant une différence: le
                        spectateur sait quand et comment Omar donne le poison au jeune frère de
                        Palmire, au lieu que personne, pas même l'auteur, n'est instruit de la
                        manière dont <hi rend="italic"> Schédoni </hi> à pu s'y prendre pour
                        empoisonner son ennemi, ce qui sans doute est bien plus beau. Ce pauvre <hi rend="italic"> Zampuri </hi> étoit né sous une étoile malheureuse; car
                        il reçoît un coup de pistolet dans les ruines de Paluzzi, lorsqu'il y avoit
                        mille à parier contre un que le jovial <hi rend="italic"> Paul </hi>
                        n'attraperoit personne; mais aussi, pour s'en venger, le moine courageux,
                        quoique blessé <hi rend="italic"> grièvement </hi> ne pousse pas un cri,
                        laisse ses habits ensanglantés dans le donjon où il renferme <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> et son domestique, ce qui les effraya
                        beaucoup, ainsi que cela devoit être.... -- Tu as raison, mon cher Dubert,
                        le <hi rend="italic"> Confessionnal des Pénitens noirs </hi> , quoique un
                        très-beau roman, ne vaut cependant pas le <hi rend="italic"> Moine </hi> . </p>
                    <p> Et comment trouvez-vous l' <hi rend="italic"> Abbaye de Grasville </hi> ,
                        demanda Dubert, lorsque M. Dabaud eut achevé de la lire. -- Comment je la
                        trouve! sublime, divine. Rien de plus intéressant que le <hi rend="italic">
                            Père Pierre </hi> ; rien de plus naturel que la manière dont il opère
                        tous ses prodiges; rien de plus adroitement et de plus naturellement amené
                        que la présence d'esprit avec laquelle <hi rend="italic"> d'Ollifont </hi>
                        trouve moyen de conduire son bienfaiteur à deux doigts de l'échafaud en
                        tirant de sa poche un faux billet de la banque de Venise, lorsque celui-ci
                        lui présente un pistolet: mais, afin de bien lui prouver qu'il lui a
                        pardonné, c'est lui qu'il choisit pour aller se promener toute les nuits
                        dans <hi rend="italic"> la tour de l'Ouest </hi> ; c'est à lui qu'il confie
                        un secret de la dernière importance pour lui, ainsi que le dit l'auteur. Il
                        est vrai que le <hi rend="italic"> Père Pierre </hi> répond dignement à
                        cette confiance, en ne manquant pas plus à son serment.... -- Que Philoctète
                        à celui qu'il avoit fait de ne pas découvrir les flèches d'Hercule, dit
                        Dubert qui aimoit autant lire Télémaque que le plus <hi rend="italic">
                            enruiné </hi> des romans anglais. </p>
                    <p> Tu en diras tout ce que tu voudras, reprit M. Dabaud, mais enfin je t'assure
                        que j'ai frissonné pendant tout le second volume. -- Et vous avez bâillé aux
                        deux autres, repartit Dubert en riant. -- Te souviens-tu d'un certain
                        souper, où <hi rend="italic"> Alfred </hi> boit un peu plus qu'il ne faut?
                        vient ensuite un coup de tonnerre; puis un revenant dans une salle voisine;
                        puis pendant la nuit <hi rend="italic"> Matilde </hi> aperçoit. ...
                        Lapierre, vous apporterez ce soir votre lit dans ma chambre. .... Tu n'as
                        pas oublié non plus la visite que font les jeunes <hi rend="italic">
                            Masérini </hi> dans ces vieux appartemens ruinés où tout est moisi, où
                        tout se remue au moment qu'on y pense le moins.... Est-ce que je ne vois
                        donc pas quelque chose qui s'agite là-bas dans ce coin... Lapierre, la salle
                        n'est pas assez éclairée, je veux avoir plus de lumières que cela.. Au
                        moment où M. Dabaud finissoit ces paroles, on entendit dans l'antichambre un
                        coup terrible qui fut suivi d'un grand cri et du fracas de plusieurs objets
                        sonores qui sembloient se heurter les uns contre les autres. M. Dabaud
                        tressaillit, se leva avec effroi, et courut en se cachant les yeux se jeter
                        dans les bras de Dubert. Mon ami, lui dit-il tout épouvanté, je suis perdu!
                            <hi rend="italic"> Il vient!... </hi>
                        <ref target="#N01"/>
                    </p>
                    <p> Dubert partit d'un grand éclât de rire; M. Dabaud revenu de sa première
                        frayeur eut enfin le courage de regarder autour de lui, et vit un de ses
                        domestiques qui entroit en tenant sur une assiette les débris de deux ou
                        trois bouteilles et d'une douzaine de verres à liqueur qu'il apportoit pour
                        le dessert. -- Qu'y a-t-il donc? demandatil, encore ému et inquiet de l'air
                        effaré qu'il voyoit au domestique. Le pauvre garçon ne répondoit rien, et
                        avançoit timidement son assiette en montrant les verres mis en mille pièces.
                        Etonné de ce silence, M. Dabaud recommençoit à pâlir. -- Qui est-ce qui a
                        frappé ce coup affreux, qui est-ce qui a jeté ce cri? demanda-t-il d'un ton
                        moitié colère, moitié tremblant. -- Hélas! c'est le vent qui a poussé la
                        porte et cassé les verres; et moi.... -- Et vous, vous êtes un faquin de ne
                        pas savoir qu'il faut fermer doucement les portes dans une maison où on lit
                        les romans anglais. </p>
                    <p> Ah! s'écria le lendemain M. Dabaud avec un transport impossible à rendre,
                        c'est un génie qui a composé l'ouvrage que je viens de lire. Les <hi rend="italic"> Mystères d'Udolphe </hi> ne peuvent être l'ouvrage d'un
                        homme. -- En effet, vous avez deviné juste, ce n'est pas un homme qui les a
                        écrits. -- Ce n'est pas un homme, reprit M. Dabaud avec le plus grand
                        étonnement. -- Non, ce n'est pas un homme. -- Eh! qui est-ce donc? un ange,
                        une divinité? Beaucoup moins et beaucoup plus que tout cela; une femme, une
                        Anglaise. -- Une femme! -- Oui une femme. Vous êtes surpris de voir le beau
                        sexe quitter les rubans roses pour des idées noires! Nous sommes dans le
                        siècle de Protée. -- Une femme! Ah, mon ami, si jamais le ciel daignoit
                        m'accorder une bru pareille!... Mais non, mon imbécille de fils que voila,
                        aimeroit beaucoup mieux, j'en suis sûr, être l'époux d'une petite sotte qui
                        n'a jamais été ni dans la <hi rend="italic"> tour de l'Orient </hi> , ni <hi rend="italic"> sur le rempart du Nord </hi> , ni dans le <hi rend="italic"> salon de Cèdre </hi> que d'aimer une <hi rend="italic">
                            Emilie </hi> qui se promène de châteaux en châteaux pour chercher des
                        aventures, comme jadis les chevaliers errans; pour suivre une <hi rend="italic"> planète brillante </hi> qui se trouve tantôt sur les <hi rend="italic"> tourelles de Blangy </hi> tantôt sur <hi rend="italic">
                            l'aile orientales d'Udolphe </hi> ; pour entendre une musique qui se
                        rencontre par-tout à point nommé; pour voir des lumières, desa ombres; des
                        ruines, des moines, de religieuses, des brigands, des cadavres, des fosses,
                        des poignards, des soldats, des <hi rend="italic"> Condottiéri </hi> , des
                        précipices, des ponts, des montagnes, des croix de bois sur les chemins, des
                        tempêtes, des levers et des couchers du soleil, des ... -- Eh! reprenez
                        haleine, interrompit Dubert; et songez que votre <hi rend="italic"> Emilie
                        </hi> est bien bonne de faire tant de choses pour l'amour d'un <hi rend="italic"> Valancour </hi> qui ne fait rien pour elle, et s'amuse à
                        Paris, tandis que la malheureuse est à <hi rend="italic"> Udolphe </hi> au
                        milieu des signors <hi rend="italic"> Montoni, Verezzi, Orsino </hi> etc.
                        qui, vous en conviendrez, ne sont pas trop bonne compagnie; non plus que les
                        dames qu'ils auroient bien pu se dispenser de faire venir au château,
                        d'autant mieux qu'elle n'y servent à rien. Allons, avouez franchement que
                        votre <hi rend="italic"> Valancour </hi> soutient bien la gloire de son
                        pays, et que son amour ne ressemble pas mal à une gasconnade. --
                        Qu'appelles-tu gasconnade? et les deux coups de feu qu'il reçoit dans le
                        bras, les comptes-tu pour rien? -- Le roman y perdroit trop, car le coup de
                        pistolet aide beaucoup à nouer l'intrigue, reprit gaiement Dubert; tout ce
                        que je regrette, continuatil, c'est de ne pas savoir si ce fut toujours au
                        même bras que les balles le frappèrent. -- Il y a quelqu'un que je plains
                        dans cette histoire, reprit M. Dabaud, c'est ce pauvre <hi rend="italic"> M.
                            Dupont </hi> , il joue un rôle malheureux. Après tous les vers qu'il a
                        faits pour <hi rend="italic"> Emilie </hi> , toutes les chansons qu'il a
                        pris la peine de chanter chaque soir à minuit ..... -- Comment, répliqua
                        Dubert, oubliez-vous donc qu'il a eu le plaisir indicible de la conduire
                        dans les bras de son rival, après lui „avoir montré tous les environs de la
                        ville de Livourne, s'être promené avec elle sur le rivage et sur les quais
                        couverts de peuple. <ref target="N02"/> “ Il est encore plus avancé que <hi rend="italic"> Montoni </hi> qui, selon un vieux proverbe, fait beaucoup
                        de bruit et peu de besogne et finit en <hi rend="italic"> quatre lignes
                        </hi> par tomber entre les mains d'un sous-lieutenant des troupes de Venise,
                        après avoir soutenu; contre une armée, un siége qui sert à faire faire à <hi rend="italic"> Emilie </hi> un voyage au fond de la Toscane, pour
                        essuyer un orage, entendre la dispute de deux scélérats, et dessiner des
                        paysages. Cet endroit-là est en contraste avec le reste du roman, car ce
                        sont de grandes causes qui produisent de petits effets. Tenez, parcourez <hi rend="italic"> les Souterrains de Mazzini </hi> et vous me direz demain
                        de que vous en pensez. </p>
                    <p> Ce que j'en pense, répondit M. Dabaud après les avoir lus; je pense qu'ils
                        tiendront avec tous les autres une place- distinguée dans ma bibliothèque.
                        Comment! sais-tu bien, qu'outre les portes communes à tout le mondé, il y en
                        a, tant en fer qu'en autres matières, trente-neuf qui ne servent qu'à
                        produire des événemens; et, sur ce nombre-là, j'en ai remarqué trois qui,
                        bien différentes de elles qu'on rencontre dans les autres histoires, sont
                        construites de manière à ce qu'on ne puisse les ouvrir qu'en dehors; si bien
                        que lorsqu'on est entré on se trouve... -- Dans-une souricière, dit Dubert.
                        -- C'est cela même, reprit M. Dabaud d'un ton emphatique. As-tu vu rien de
                        plus ingénieux quand on a besoin de retenir un personnage quelque part.
                        Joins à cela 2 tempêtes, 6 cavernes, 7 fuites, 2 méprises, 13 bruits, 10
                        lumières, 5 figures, 3 voix, 13 gémissemens, 19 sons de cloche, 2 couvens, 7
                        escaliers, 2 bandes de voleurs et 17 reconnoissances; tu pourras ensuite te
                        vanter d'en savoir autant que l'auteur et que moi-même. -- Vraiment, s'écria
                        Dubert en riant de toutes ses forces, ce ne seroit pas pour rien que les
                        faiseurs d'événement se donneroient tant de peine, si tout le monde lisoit
                        avec autant de de fruit que vous. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE III. </head>
                    <p> M. Dabaud ne cessoit de parler de ses productions favorites, et vingt fois
                        par jour il témoignoit à Dubert le désir qu'il auroit d'être le héros d'une
                        de ces scènes terribles dont il aimoit tant à lire la description. Vous
                        trembleriez encore plus d'une fois, lui disoit le jeune homme, s'il vous
                        falloit comme <hi rend="italic"> Alfred </hi>
                        <ref target="#N03"/> passer une nuit dans la <hi rend="italic"> tour de
                            l'Ouest </hi> , visiter comme <hi rend="italic"> Ferdinand </hi>
                        <ref target="#N04"/>
                        <hi rend="italic"> les appartemens méridionaux </hi> , ou aller comme <hi rend="italic"> Emilie </hi> avec la vieille <hi rend="italic"> Dorothée
                        </hi> dans la chambre où étoit morte <hi rend="italic"> la marquise de
                            Villeroi </hi>
                        <ref target="N05"/> , d'autant mieux que vous n'auriez pas, comme <hi rend="italic"> Mlle. de Saint Aubert </hi> , la ressource de jouer d'un
                        luth dont les cordes, au bout de <hi rend="italic"> vingt ans </hi> ,
                        rendoient encore <hi rend="italic"> un son grave et plein </hi>
                        <ref target="#N06"/> , quoique, à la vérité, <hi rend="italic"> elles ne
                            fussent pas d'accord </hi> . -- Eh bien je t'assure, répliqua M. Dabaud
                        en prenant un ton martial qui ne contrastoit pas mal avec sa tournure
                        replète, que je passerois une nuit dans la chambre qui <hi rend="italic">
                            termine l'enfilade </hi>
                        <ref target="N07"/> tout comme <hi rend="italic"> le comte de Willefort
                        </hi> , pourvu que mon fils, qui n'auroit pas de peine à être aussi brave
                        que <hi rend="italic"> Henri </hi> , consentît à m'accompagner; et je te
                        jure que le lendemain matin nous ne mettrions pas autant de discrétion à
                        cacher que nous aurions entendu <hi rend="italic"> d'étranges lamentations
                        </hi> , <ref target="#N08"/> sans avoir osé éclaircir d'où elles pouvoient
                        sortir. </p>
                    <p> Cette conversation se renouveloit souvent, et Dubert paroissoit toujours
                        douter de la bravoure de M. Dabaud. La société qui étoit au château partit
                        un jour tout-à-la-fois, et M. Dabaud se trouva seul à souper avec Dubert et
                        son fils. La salle étoit très-grande, et il sembloit qu'on eût fait exprès
                        de l'éclairer fort peu. Il n'y avoit sur la table que deux bougies
                        auxquelles on n'avoit pas fait attention depuis longtemps; les mèches
                        s'étoient alongées, et ne jetoient plus qu'une lueur pâle et terne qui
                        répandoit à fort peu de distance une clarté sinistre. Les coins de
                        l'appartement étoient plongés dans la plus grande obscurité; des glaces
                        placées dans les enfoncemens, réfléchissoient tristement les foibles rayons
                        qui paroissoient expirer en arrivant jusqu'à elles. </p>
                    <p> Assis encore autour de la table sur laquelle ils avoient soupé, M. Dabaud et
                        Dubert étoient placés vis-à-vis l'un de l'autre et s'entretenoient d'une
                        manière très-animée. Retiré à l'une des extrémités, Roger appuyoit sa tête
                        sur ses mains et sembloit avoir une violente envie de dormir. M. Dabaud
                        prétendoit encore que l'arrivée de la <hi rend="italic"> Nonne sanglante
                        </hi> même ne pourroit l'effrayer. Tout en affectant beaucoup de hardiesse,
                        il jetoit autour de lui des regards inquiets, et, s'il avoit osé, il auroit
                        demandé davantage de lumières. La vanité qui l'emportoit sur la crainte ne
                        l'empêchoit cependant pas d'appeler souvent Roger et de le gronder de ce
                        qu'il ne prenoit pas de part à la conversation. Quelqu'un t'a-t-il donné un
                        soporifique aussi violent que celui qu'avoit avalé le domestique de <hi rend="italic"> d'Orméville chez la marquise della Chièsa </hi> , <ref target="#N09"/> lui disoit-il avec humeur. Je crois que le spectre qui
                        effraya si fort <hi rend="italic"> Célestine </hi> , avec sa <hi rend="italic"> simarre rouge </hi> et son réchaud sur la tête, viendroit
                        ici sans réussir à te réveiller. <ref target="#N10"/> Roger demeuroit
                        quelques momens les yeux ouverts, et bientôt ses paupières s'affaissoient de
                        nouveau. </p>
                    <p> Dubert sembloit aussi avoir quelquefois des inquiétudes; il tournoit la tête
                        vers les portes du salon, puis il la retournoit avec précipitation et
                        regardoit M. Dabaud d'un air mal assuré. Dans d'autres momens, il s'arrêtoit
                        subitement au milieu d'une phrase, comme s'il eût entendu quelque bruit;
                        puis il ne reprenoit son discours qu'en hésitant et en parlant plus bas
                        qu'auparavant. Je ne serois pas aussi courageux que vous, dit-il tout-à-coup
                        à M. Dabaud, après avoir écouté long-temps ses fanfaronnades. J'avoue que
                        j'aurois de la peine à aller, comme <hi rend="italic"> Emilie, soulever le
                            voile noir qui couvroit le tableau </hi> , <ref target="#N11"/> ou,
                        comme <hi rend="italic"> Celestine </hi> , chercher dans la bibliothèque le
                        livre qui contenoit la représentation de <hi rend="italic"> l'ermite </hi> .
                            <ref target="#N12"/> -- Eh bien! moi, je ferois encore plus, dit M.
                        Dabaud; j'irois, comme <hi rend="italic"> madame de Sévran </hi> , visiter
                        la chapelle de <hi rend="italic"> dix pieds carrés dédiée au patron du vieux
                            marquis qui avoit genéralement passé pour très-dévot </hi> ; <ref target="N13"/> j'irois même à la petite maison <hi rend="italic">
                            d'Altièri </hi> , dussé-je rencontrer dans les ruines un moine qui me
                        diroit: <hi rend="italic"> La mort est dans la maison. </hi>
                        <ref target="#N14"/> -- Bon! vous parlez de la sorte parce que vous êtes
                        bien certain de ne pas vous trouver dans ce cas-là, et, si on vous prenoit
                        d'après vos paroles, vous seriez fort embarrassé. Pour mieux vous prouver ce
                        que je vous dis, je vais faire une supposition. Vous vous souvenez bien du
                        chevalier de Germeuil? -- Oui, reprit M. Dabaud d'un ton sérieux; c'étoit
                        l'oncle de cette petite fille que mon benêt de fils voudroit épouser, et le
                        frère du président dont j'ai acheté la terre, après qu'il a été guillotiné.
                        -- Justement. Vous m'avez dit souvent que son régiment étoit en garnison à
                        Poitiers, où vous faisiez votre droit. -Tout cela est vrai, repondit M.
                        Dabaud dont le ton devenoit de plus en plus incertain. - Vous eutes dispute
                        avec lui dans un cafe? Oui, répliqua foiblement M. Dabaud. -- Vous vous
                        battites ensemble sur le rempart des capucins? -- Sans doute, ajouta M.
                        Dabaud si bas que Dubert ne l'entendit presque pas. -- Vous le tuates?
                        Hélas! oui, dit en soupirant M. Dabaud qui commençoit à deviner où le jeune
                        homme en vouloit venir. -- Si je ne l'ai pas oublié, dix heures sonnoient au
                        moment où vous lui donnates le coup fatal.. -- Précisément, repartit M.
                        Dabaud en jetant un coupd'oeil sombre vers une pendule qui étoit: dans un
                        des coins du salon. -- Eh! bien, je suppose que dix heures sonnassent, que
                        l'ombre du Chevalier vous apparût et vous invitât à la suivre,
                        obéiriez-vous? -- Mais, mon ami, ce que tu me dis là est impossible! .. (Il
                        regardoit fixement Dubert: en ce moment Roger laissa tomber tout-à-fait sa
                        tête sur la table.) -- Je sais bien que c'est impossible, reprit Dubert, et
                        je veux seulement vous donner un exemple qui soit plus à votre portée.
                        Consultez-vous bien; croyez-vous que vous eussiez le courage de marcher sur
                        les pas du spectre? -- Mais... certainement je l'aurois. -- Bien surement,
                        M. Dabaud? -- Très.... très-surement, mon ami. </p>
                    <p> Comme il achevoit ces paroles, l'horloge du château sonna dix heures: il ne
                        put s'empêcher de tressaillir. Au moment même où le marteau faisoit résonner
                        le timbre pour la dernière fois, M. Dabaud se sentit frapper légérement sur
                        l'épaule, il entendit une voix <hi rend="italic"> sépulcrale </hi> qui lui
                        adressoit ces mots avec un accent traînant et sourd: Eh bien! je te somme de
                        ta parole, suis-moi. Muet de surprise et d'effroi, il pâlit, il frisonna;
                        mais, comme il vit que Dubert n'éprouvoit aucune altération dans ses traits
                        et conservoit le même air de tranquillité qu'auparavant, il crut que son
                        imagination l'avoit égaré, et que le coup qu'il avoit cru recevoir, que la
                        voix qu'il avoit cru entendre n'étoient qu'un effet du délire de son esprit
                        échauffé par la conversation.Il se hasarda à tourner la tête et aperçut
                        derrière sa chaise une grande figure pale et livide dont le visage décharné
                        portoit l'empreinte lugubre de la mort. Ses yeux ternes paroissoient fixes
                        dans leurs orbites, ses joues décolorées étoient creuses et tirées. Sa
                        bouche éprouvoit un mouvement continuel et convulsif, et ses dents
                        craquoient avec violence. Ce fantôme étoit couvert de la tête aux pieds d'un
                        linceul blanc; à la hauteur du sein la toile étoit déchirée et „parsemée de
                        gouttes de sang, qui couloient d'une large blessure qu'on voyoit à son côté“
                            <ref target="#N15"/> gauche: les mains même du spectre étoient
                        ensanglantées. </p>
                    <p> M. Dabaud fit un cri aussi <hi rend="italic"> perçant </hi> , aussi <hi rend="italic"> déchirant </hi> que jamais personne ait pu en faire en
                        pareille occasion. Dubert étonné courut à lui et le saisit dans ses bras en
                        lui demandant ce qui causoit son épouvante. -- Juste ciel! Quoi! tu ne le
                        vois pas? <hi rend="italic"> Tiens-là </hi> . <ref target="#N16"/> -- Vous
                        avez beau me parler comme <hi rend="italic"> Alfred </hi> , je n'y vois pas
                        aussi bien que <hi rend="italic"> Léonard </hi> . De quoi s'agit-il enfin?
                        -- Celui que tu viens de nommer .... (M. Dabaud s'arrêta.) -- Le chevalier
                        de Germeuil? (M. Dabaud ne répondit que par un signe, et mit ses mains
                        devant ses yeux.) -- Votre tête est aussi égarée que celle d' <hi rend="italic"> Emilie </hi> lorsqu'elle croit voir à deux fois
                        différentes l'ombre de son père assise devant elle, pendant qu'elle tire du
                        parquet la liasse de papiers qu'elle brûle après avoir cependant lu une <hi rend="italic"> phrase de la dernière importance </hi> qu'on s'attend en
                        vain à connoître un jour. <ref target="N17"/> . Mais nous sommes ici aussi
                        seuls que la malheureuse <hi rend="italic"> marquise de Mazzini </hi> dans
                        les souterrains <hi rend="italic"> des appartemens méridionaux </hi> , et
                        nous n'y resterons pas <hi rend="italic"> quinze ans </hi> comme elle, <ref target="#N18"/> ainsi, rappelez votre raison. -- Regarde derrière la
                        chaise que je viens de quitter, poursuivit M. Dabaud, et tu verras si j'ai
                        sujet de m'effrayer. (Il prononça ces mots d'une voix tremblante; il vouloit
                        s'enfuir, mais ses jambes plioient sous lui.) -- Tu m'as seul provoqué,
                        reprit le spectre du même ton dont il avoit parlé d'abord, toi seul peux me
                        voir et m'entendre. (Il fit en même temps quelques pas en avant.) -- Tu es
                        donc comme la <hi rend="italic"> Nonne sanglante </hi> qui n'étoit visible
                        que pour <hi rend="italic"> Raymond de las Cisternas </hi> , s'écria Dabaud;
                        je n'ai cependant pas voulu enlever comme lui la nièce de <hi rend="italic">
                            Donna Rodolphe </hi>
                        <ref target="#N19"/> .... Dubert! secoursmoi, secours-moi? .. -- Vous
                        m'inquiétez, lui dit le jeune homme; quel délire subit s'est emparé de vous!
                        Réfléchissez, voyez où vous êtes, et ne vous tourmentez pas par des craintes
                        insensées. Roger, Roger, réveille-toi, ajouta Dubert en secouant vivement
                        son ami. -- Tu vas voir qu'il sera tout comme le garçon de l'auberge de <hi rend="italic"> Ratisbonne que Raymond </hi> avoit fait coucher dans sa
                        chambre, <ref target="N20"/> et que cet horrible spectre l'aura endormi, dit
                        M. Dabaud sans ôter ses mains de devant son visage. -- Ne craignez rien,
                        repartit Dubert en continuant de tirer Roger par le bras. Réveille-toi donc,
                        ajouta-t-il, et aide-moi à rassurer ton père qui se croit environné
                        d'esprits. </p>
                    <p> Des esprits, repartit Roger, en se frottant les yeux! je le crois bien; qui
                        n'en rêveroit pas après les entretiens que vous ne cessez d'avoir ensemble.
                        Mon père, mon père, ajouta-t-il en s'avançant vers lui, ne vous livrez donc
                        pas à des frayeurs ridicules! </p>
                    <p> A demi persuadé par le ton tranquille de Roger, M. Dabaud souleva un peu les
                        doigts et revit le spectre à la même place. -- Le voilà encore, s'écria-t-il
                        vivement; Roger! au nom du ciel, va me chercher le <hi rend="italic"> Grand
                            Mogol </hi> ou le <hi rend="italic"> Juif errant </hi> , ce qui est la
                        même chose, <ref target="#N21"/> il n'y a que lui qui puisse me délivrer. --
                        Il n'est pas besoin de tant de monde, dit lentement le fantôme, et je vais
                        disparoître comme tous les autres: mais „souviens-toi du rempart des
                        capucins de Poitiers. <ref target="#N22"/> Le fantôme s'abyma en prononcant
                        ces mots et fut enveloppé d'une fumée épaisse qui le déroba aux regards de
                        M. Dabaud. <ref target="#N23"/> “ </p>
                    <p> „Il n'y est plus,“ dit M. Dabaud d'un ton de satisfaction, „il a disparu
                        .... Il disoit vrai; tout s'étoit évanoui. <ref target="#N24"/> “ Cette
                        certitude lui rendit du courage; il mena les deux jeunes gens à la place où
                        il avoit vu le spectre s'enfoncer dans le parquet: Voilà, leur dit-il d'une
                        voix encore mal assurée, où je l'ai vu comme je vous vois. </p>
                    <p> Faisant la description exacte du fantôme, il rapporta les paroles qu'il
                        avoit entendues, et répéta l'assurance qu'il lui avoit donnée, qu'il n'étoit
                        visible que pour lui seul. -- Je ne m'étonne plus si nous ne l'avons pas
                        aperçu, dit froidement Dubert, puisqu'il est venu incognito et qu'il vous a
                        parlé aussi discrètement que parle <hi rend="italic"> Zampari à Vivaldi
                        </hi> dans la salle de l'Inquisition. <ref target="N25"/> Sa visite n'étoit
                        que pour vous. Cependant, croyez-moi, asseyez-vous et tâchez de vous occuper
                        d'autre chose. J'aurai soin désormais de mieux choisir nos sujets
                        d'entretien pour l'aprèssouper. En attendant, buvez ceci à la santé de votre
                        belle imagination. </p>
                    <p> M. Dabaud fut bientôt entièrement remis, et, quoiqu'il demeurât convaincu de
                        la réalité de l'apparition, le calme se répandit tellement dans ses esprits,
                        qu'il ne tarda pas à s'endormir sur sa chaise. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE IV. </head>
                    <p> Lorsqu'il se réveilla, il appela, les yeux encore à peine ouverts, Dubert et
                        son fils. Sa voix se répéta au loin sous des voûtes dont les échos
                        grossirent le son en se le renvoyant mutuellement. Etonné de ce prodige, il
                        regarda vivement autour de lui. Suis-je réveillé, s'écria-t-il avec frayeur,
                        ou bien vais-je faire comme <hi rend="italic"> Adeline </hi> dans <hi rend="italic"> l'abbaye de Saint-Clair </hi> , trois <hi rend="italic">
                            rêves </hi> de suite qui m'annoncent l'assassinat de mon père? <ref target="#N26"/> Au lieu d'occuper encore la place où il s'étoit endormi,
                        il se trouvoit étendu sur un banc de bois noir et luisant, au milieu d'un
                        grand emplacement où il ne se rappeloit pas d'être jamais entré. </p>
                    <p> Saisi d'un étonnement inexprimable, il promenoit autour de lui des regards
                        inquiets. „Ce vestibule est d'une forme gothique," s'écria-t-il enfin au
                        bout de quelques momens; „il a de la majesté quoique le dessin en soit un
                        peu lourd. <hi rend="italic"> Voilà </hi> des colonnes de marbre d'Italie
                        dont les chapiteaux tombent en ruine, qui en soutiennent le dôme; et quoique
                        très-élevées, leur diamètre est beaucoup plus grand que ne le comporte cet
                        ordre d'architecture.“ (Il éleva ses yeux vers le dôme.) „Une portion
                        considérable de la coupole offre des restes de peintures à fresque,“
                        continua-t-il, „elles sont presque entièrement effacées; le haut de la voûte
                        représente un ciel d'azur, et la lumière,“ poursuivit-il en se levant,
                        „vient par quatre immenses croisées qui font face aux quatre points
                        cardinaux du monde. </p>
                    <p> Dans le bas,“ reprit-il en faisant le tour du vestibule, „des pilastres
                        d'une dimension semblable à celle des colonnes s'élèvent tout à l'entour le
                        long du mur et marquent des intervalles au milieu desquels il y a des niches
                        qui renferment chacune une statue plus grande que nature. Aux deux
                        extrémités, voilà une immense cheminée“, dit-il en s'approchant et en
                        relevant les pans de son habit, comme s'il y avoit eu du feu; „la proportion
                        semble attester qu'autrefois on menoit dans ces murs une vie douce et
                        hospitalière. Le pavé est composé de carrés de marbre noir et blanc d'une
                        grandeur démesurée“, reprit-il au bout de quelques momens en marchant à pas
                        lents; „et dans le fond, voici une grande porte à deux battans, et de chaque
                        côté s'élève un escalier qui conduit <hi rend="italic"> indubitablement
                        </hi> aux étages supérieurs. <ref target="#N27"/> " </p>
                    <p> Il résulte de tout ceci, ajouta M. Dabaud d'un ton triste, après avoir fini
                        son examen, que je suis dans le vestibule de <hi rend="italic"> l'Abbaye de
                            Grasville </hi> , et que me voilà en butte à toutes les entreprises du
                            <hi rend="italic"> comte d'Ollifont, d'Ebune </hi> et des autres
                        scélérats qui ont empoisonné le vieux marquis de <hi rend="italic"> Masérini
                        </hi> et assassiné son fils <hi rend="italic"> Percival </hi> , là-haut dans
                        une de ces chambres où l'on voit encore <hi rend="italic"> de nombreuses
                            marques de pas d'homme qui se croisent dans tous les sens </hi> . <ref target="#N28"/> Il n'y a pas de doute que je ne sois dans <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> , répéta-t-il après quelques
                        minutes de réflexion; j'entends déjà le tonnerre qui n'y est pas mal commun
                        ... Cependant, comment se peut-il qu'on m'ait transporté sans que je m'en
                        sois aperçu, du centre du département de la Seine inférieure, <hi rend="italic"> dans le Montferrat à peu de distance du Golfe de Génes
                        </hi> , <ref target="#N29"/> à moins que Dubert ne m'ait fait prendre hier
                        au soir un soporifique comme celui que donna au <hi rend="italic"> comte de
                            Lussière </hi> , l'étranger qui le rencontra dans un village voisin du
                        château de la <hi rend="italic"> baronne de Hertzbach </hi> ? <ref target="#N30"/> Je n'ai cependant pas de fille dont <hi rend="italic">
                            Rasoni </hi> soit amoureux, ainsi ce que je vois est tout simplement la
                        suite de notre conversation d'hier, et l'effet d'un délire que je ne dois
                        pas écouter. </p>
                    <p> „Ecoutez, dit une voix. <ref target="#N31"/> Ceci devient extraordinaire,
                        reprit M. Dabaud en prêtant l'oreille. Un gémissement succéda à son
                        discours. -- Je ne suis pas superstitieux“, <ref target="#N32"/> dit encore,
                        M. Dabaud, mais je ne sais comment expliquer tout ce qui m'arrive cette
                        nuit. </p>
                    <p> „Cette nuit,“ dit la voix. <ref target="#N33"/> „Voilà d'indécentes
                        plaisanteries“, reprit M. Dabaud moitié en colère moitié tremblant, „et je
                        saurai découvrir quel est celui qui se les permet. <ref target="#N34"/> ....
                        Que j'ai donc peu de mémoire, s'écria-t-il ensuite. C'est sans doute ce pauvre
                            <hi rend="italic"> M. Dupont </hi> qui se promène dans „un passage
                        pratiqué dans l'épaisseur des murs et venant aboutir au coin du rempart
                        oriental. <ref target="#N35"/> “ Le malheureux a grand tort de se morfondre;
                        il devroit bien voir que je ne suis pas <hi rend="italic"> Montoni </hi> ,
                        et que je ne veux ni conter mon histoire à des scélérats ivrognes, ni
                        arracher des contrats à cette petite <hi rend="italic"> Emilie </hi> que
                        j'aime au contraire de tout mon coeur. <ref target="N36"/> Je serois
                        seulement enchanté si quelqu'un venoit me tirer d'ici. </p>
                    <p> En disant ces paroles, il chercha attentivement une issue, et, outre les
                        deux grands escaliers et la porte à deux battans, il aperçut encore une
                        grille de fer pratiquée sous un portique fort écrasé. On distinguoit à
                        travers les barreaux, et à la lueur d'une lampe suspendue au dôme du
                        vestibule, une colonnade antique qui paroissoit se prolonger bien avant. </p>
                    <p> M. Dabaud n'avoit aucune envie d'essayer d'ouvrir cette grille et de
                        s'enfoncer dans le passage auquel elle servoit d'entrée. Il s'avança donc
                        vers la grande porte; elle étoit soigneusement barricadée, il se disposoit à
                        l'enfoncer, „mais les beautés qu'il y remarqua retinrent son coup; elle lui
                        parut d'ébène tant son poli étoit noir et son grain serré, mais elle n'étoit
                        que de mélèse, et la Provence dans ce temps étoit citée pour ses forêts de
                        ce bois. “ <ref target="#N37"/> Oh! dit-il je ne serai pas plus cruel que le
                            <hi rend="italic"> comte de Willefort </hi> , j'épargneai cette porte en
                            <hi rend="italic"> faveur de son prix de la délicatesse de ses
                            sculptures </hi> . <ref target="N38"/> Ah si j'avois le <hi rend="italic"> myrte d'argent d'Ambrosio </hi> , qui ouvroit si bien les
                        portes, ajouta-t-il, je m'en servirois non pas pour aller <hi rend="italic">
                            dévorer des yeux les charmes d'Antonia </hi> , <ref target="#N39"/> mais
                        bien pour retourner chez moi. Il s'avança en même temps vers un des
                        escaliers; mais, apercevant sur les marches, des pieds d'une grandeur
                        démesurée imprimés dans la poussière, il frissonna et se rapprocha de
                        l'autre qui ne lui inspira pas moins de frayeur, lorsqu'il remarqua sur les
                        pierres qui le composoient plusieurs taches de sang. </p>
                    <p> Je ne passerai point par ici, dit-il en s'éloignant, j'aimerois mieux ouvrir
                        cette grille; dût-elle me conduire dans <hi rend="italic"> les ruines d'une
                            vaste et superbe chapelle </hi> . <ref target="#N40"/> En effet, il
                        marcha droit à la grille. Il essaya de l'ouvrir; „le froid humide qu'il
                        ressentit, <hi rend="italic"> en appuyant ses mains dessus </hi> , pénétra
                        jusqu'à son coeur. La porte céda en faisant entendre un cri aigre qui
                        retentit sous les voûtes. La grille entière s'ébranla, et le frémissement
                        qu'elle éprouva occasionna une vibration sourde à plusieurs des barreaux mal
                        assujettis.“ <ref target="#N41"/>
                    </p>
                    <p> A la foible lueur de la lampe dont les rayons tremblottans se prolongeoient
                        par intervalles sous les portiques, il apercevoit au delà de la grille une
                        longue allée dont la voûte étoit soutenue par de petits piliers placés fort
                        près les uns des autres. A plusieurs fois différentes, il distingua
                        tout-à-fait dans l'éloignement une lumière qui paroissoit et disparoissoit
                        touràtour; elle traversoit quelquefois l'allée sans que personne eût l'air
                        de la porter. Vraiment, s'écria M. Dabaud, voilà la plus singulière lumière
                        que j'aye jamais vue, excepté cependant la <hi rend="italic"> flamme bleue
                            qu'Emilie vit se jouer, paroître et s'évanouir par momens </hi> sur la
                        terrasse. <ref target="#N42"/> .... Par où sortirai-je, grand dieu!
                        répétoit-il tristement, ment, je suis tout aussi bien enfermé qu' <hi rend="italic"> Annette </hi> qui l'étoit souvent, par parenthèse; encore
                        si <hi rend="italic"> Ludovico </hi> venoit me chercher! <ref target="#N43"/> Si je m'enfonce sous ces colonnades, il y a mille à parier contre un que
                        j'arriverai dans une grande chambre voûtée où je serai obligé de passer la
                        nuit, sans même avoir comme <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> un Paul qui me
                        conte le commencement d'une histoire sans m'en dire la fin, et cela pour
                        mieux tenir le lecteur en suspens. <ref target="#N44"/> D'un autre côté si
                        je monte un de ces escaliers, je suis un homme tout aussi perdu que <hi rend="italic"> Percival Masérini </hi> ; <ref target="#N45"/> bien
                        heureux encore, si, avant d'être parvenu en haut, il ne m'arrive pas, ce que
                        je ne dirai point encore, mais enfin ce qui arriva à <hi rend="italic">
                            Ferdinand </hi> dans <hi rend="italic"> la tour méridionale </hi> . <ref target="#N46"/> Il faut pourtant prendre un parti. </p>
                    <p> Sans doute, dit une voix sombre avec un accent sépulcral, et tu n'en as pas
                        d'autre que de franchir la grille. En ce moment M. Dabaud étonné fixa de
                        nouveau ses yeux sur la colonnade, et, à l'aide de cette lueur qui brilloit
                        dans le lointain, il distingua une grande figure qui erroit entre les
                        arcades et marchoit d'un pas grave et mesuré. <ref target="N47"/> La voix
                        souterraine répéta en même temps: Franchis la grille, ou tu vas trouver la
                        mort ici. </p>
                    <p> On peut assurer avec vérité que jamais héros entouré de ruines, poursuivi de
                        spectres, étourdi de voix mystérieuses, ébloui de lumières miraculeuses,
                        assailli d'orages, ou attaqué par des brigands, des Condottiéri et des
                        faux-monnoyeurs, ne fut agité de plus de sentimens à-la-fois que M. Dabaud
                        dans ce moment terrible. </p>
                    <p> Hélas, s'écria-t-il douloureusement, il y a sans doute pour sortir d'ici un
                        chemin plus court que cette maudite colonnade où je vois déjà qu'il va
                        m'arriver toutes sortes d'événemens, mais il faut bien que, comme tous les
                        autres, je me prête à ce qu'on exige de moi pour alonger l'histoire. En
                        prononçant ces mots avec toute la résignation imaginable, il s'avança vers
                        la grille dont l'autre battant s'ouvrit de lui-même à son approche, en
                        faisant entendre <hi rend="italic"> un grincement aigu </hi> ; <ref target="N48"/> il la franchit, elle se referma sur lui aussi vîte que
                        celle du charnier des brigands se referma sur <hi rend="italic"> Hyppolite
                        </hi> et <hi rend="italic"> Julia </hi> , <ref target="#N49"/> on sent que
                        le verrou alla aussi de „lui-même se replacer dans sa gache. “ <ref target="#N50"/>
                    </p>
                    <p> Epouvanté par le fracas horrible que firent, selon l'usage, tous ces
                        différens mouvemens, M. Dabaud voulut retourner sur ses pas, „mais la
                        serrure étoit construite de manière qu'elle ne s'ouvroit qu'en dehors.“ <ref target="#N51"/> Voilà que j'y suis pris aussi moi, s'écria-t-il, et
                        cette grille-ci a été faite par le serrurier des souterrains de Mazzini. Il
                        faut donc bien avancer. A peine avoit-il achevé ces mots que <hi rend="italic"> l'on frappa trois coups </hi> et une voix et prononça ce
                        mot: Conduisez. <ref target="#N52"/> Ah! ah! dit M. Dabaud en lui-même,
                        va-t-on me mener „dans un salon magnifique où l'or brille de toutes parts,“
                        et où je trouverai, comme <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> , un bon
                        souper, une maîtresse, un ami, un père, un beau-père et <hi rend="italic">
                            l'héritier du roi d'Espagne </hi> ? <ref target="#N53"/> Je n'aurai pas
                        trop à me plaindre si les choses tournent de cette manière. Voyons, voyons
                        ce qu'il en arrivera. Mais où diable sont donc ceux qui doivent me
                        conduire?... A ces mots M. Dabaud vit paroître cette même lumière qui
                        n'étoit portée par personne et qui se tenoit à une certaine distance de lui
                        comme pour le guider. Il remarqua plusieurs allées qui se prolongeoient à
                        droite et à gauche et qu'il n'avoit pas aperçues d'abord. Je n'irai point
                        par -là, se dit-il avec un certain air de satisfaction, je me souviens trop
                        bien que <hi rend="italic"> Julie </hi> dit à <hi rend="italic"> Celestine
                        </hi> , en la conduisant parmi les détours d'un souterrain qui ne
                        ressembloit pas mal à celui-ci, qu'il ne falloit pas s'éloigner des piliers,
                        et ces piliers étoient „ des masses informes destinées à soutenir les terres
                        et à prévenir les éboulemens.“ <ref target="#N54"/> „Les uns étoient
                        maçonnés, les autres étoient formés par des roches inégales.“ <ref target="#N55"/>
                    </p>
                    <p> A peine avoit-il fini ce monologue, que la lumière commença à se mouvoir; il
                        la suivit, non sans éprouver toute l'inquiétude qu'on sent dans une pareille
                        situation. „Ce pâle rayon répandoit une lueur tremblante à travers la
                        galerie en grande partie cachée dans l'ombre et montroit les lacunes du
                        pavé, tandis qu'une foule d'objets sans non ne s'apercevoient
                        qu'imparfaitement au milieu de l'obscurité. “ <ref target="#N56"/> Je ne
                        dois pas avoir peur de tout cela, se disoit-il pour s'encourager; <hi rend="italic"> Emilie </hi> en a vu au moins autant que moi en allant
                        visiter le tombeau de son père dans le couvent de <hi rend="italic">
                            Sainte-Claire </hi> , et personne n'a jamais su ce que c'étoit; il est
                        vrai qu'elle méritoit un peu de rencontrer des esprits, puisqu'elle
                        descendoit dans une sépulture au milieu de la nuit, tandis qu'il ne
                        dépendoit que d'elle d'y aller en plein jour, ou bien de se faire
                        accompagner par la <hi rend="italic"> soeur Mariette </hi> qui avoit la
                        bonne volonté de la suivre! <ref target="N57"/>
                    </p>
                    <p> Tout en s'occupant de ces réflexions qui, comme on le voit, n'étoient pas
                        hors de propos, il avançoit toujours sous la colonnade qui commençoit à se
                        rétrécir. Elle se terminoit à une porte ouverte. La lumière la franchit, M.
                        Dabaud alloit la suivre lorsque la même figure qui s'étoit montrée d'abord
                        passa très-près de lui. Il entendit le <hi rend="italic"> frottement d'une
                            robe rasant la terre </hi> , et ne <hi rend="italic"> pouvant contenir
                            son impatience </hi> , il s'élança en criant: <hi rend="italic"> Qui va
                            là </hi> ? <ref target="#N58"/> Empressé d'imiter son modèle, I. </p>
                    <p> fantôme ne répondit pas plus que <hi rend="italic"> Zampari </hi> dans <hi rend="italic"> les ruines de Paluzzi, </hi> et M. Dabaud ne put
                        s'empêcher de dire tout-haut: En vérité, quand les spectres ne servent à
                        rien, ils feroient bien mieux de ne pas se montrer. </p>
                    <p> Il n'avoit pas fait attention que, pendant qu'il s'étoit arrêté, la lumière
                        avoit continué de s'éloigner, et qu'il étoit prêt à la perdre de vue: Je
                        parie, dit-il, que cette lumière va <hi rend="italic"> entièrement
                            disparoître </hi> , comme celle qui guidoit <hi rend="italic"> Ferdinand
                        </hi> dans <hi rend="italic"> le couloir étroit et tournant </hi> . <ref target="#N59"/> Enfin tâchons de la joindre. </p>
                    <p> M. Dabaud eut beau s'élancer dans le corridor et se mettre à courir de toute
                        sa force, la lumière disparut subitement, ainsi qu'il l'avoit prévu, et la
                        porte par laquelle il venoit de passer se ferma avec <hi rend="italic"> le
                            plus horrible </hi> de tous les fracas, ce qui n'est pas peu dire. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE V. </head>
                    <p> Plongé dans un embarras aussi inexprimable que celui où se soit jamais
                        trouvé quelque héros qu'on puisse imaginer, tourmenté d'une frayeur aussi
                        violente que celle qu'ait jamais éprouvée la plus craintive de toutes les
                        héroïnes, M. Dabaud ne savoit à quoi se résoudre; il lui étoit impossible de
                        retourner sur ses pas, il falloit donc ou avancer, ou rester à sa place,
                        parti que ne prend jamais le premier personnage d'un roman, qui, par état,
                        est toujours obligé, comme l'on sait, de courir au devant des aventures. M.
                        Dabaud ne l'ignoroit pas, et cette réflexion le décida à continuer de
                        marcher; au moins avoit-il une raison bonne ou mauvaise, bien d'autres n'en
                        pourroient peut-être pas dire autant. </p>
                    <p> Suivant en <hi rend="italic"> tâtonnant les sinuosités </hi> de ce séjour
                        ténébreux, il entendoit à tout moment le bruit des portes qui se fermoient
                        derrière lui, et croyoit distinguer à ses côtés des gémissemens et des
                        soupirs étouffés. Il s'arrêtoit, écoutoit attentivement: le plus profond
                        silence régnoit, et rien ne troubloit le calme morne dont il étoit
                        environné; s'il recommençoit à marcher, les soupirs et les gémissemens ne
                        tardoient pas à frapper de nouveau ses oreilles. Ces <hi rend="italic">
                            soupireurs </hi> et ces <hi rend="italic"> gémisseurs </hi> sont bien
                        comme tous les autres, s'écria-t-il enfin d'un ton impatient; on les entend
                        quand on désire qu'ils se taisent, et ils se taisent quand on voudroit les
                        entendre. </p>
                    <p> Jamais réflexion n'a arrêté un héros de roman, quoique souvent elle arrête
                        le lecteur, aussi M. Dabaud continua-t-il d'avancer. Bientôt son attention
                        fut distraite par l'accent traînant et monotone d'une voix sourde et lugubre
                        qui paroissoit psalmodier. Hélas, dit-il tristement après avoir écouté,
                        voilà que je m'en vais faire quelque mauvaise rencontre! Si encore j'allois,
                        comme <hi rend="italic"> Emile </hi> , tomber au milieu de <hi rend="italic"> la fête de la vendange </hi> , <ref target="#N60"/> ou comme <hi rend="italic"> Paul </hi> et <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> parmi une
                        troupe de Pélerins qui chantent et font bombance, <ref target="#N61"/> au
                        moins je serois sûr d'avoir un bon souper! mais au contraire je vais arriver
                        chez quelque vilain bandit où je ne trouverai que des aventures, chose dont
                        je me passerois volontiers; enfin pourvu que je m'en tire comme <hi rend="italic"> Raymond de las Cisternas </hi> chez <hi rend="italic">
                            Baptiste </hi> en étouffant mon homme, <ref target="#N62"/> il n'y aura
                        que demi-mal. </p>
                    <p> A mesure que M. Dabaud avançoit, il distinguoit mieux la voix qui lui
                        servoit de guide; elle récitoit lentement et gravement des prières, et
                        souvent elle étoit interrompue par un bruit sourd et étouffé qui ne cessoit
                        que lorsque la voix commençoit à psalmodier de nouveau. Vraiment, dit M.
                        Dabaud, je ne sais plus où j'en suis; si j'entendois de la musique, je
                        n'ignorerois pas que ce seroit ou „les dernières hymnes des Pélerins à
                        Notre-Dame du Mont-Carmel,“ <ref target="#N63"/> ou bien „les moines qui
                        chantent un <hi rend="italic"> Requiem </hi> “ pour l'ame de <hi rend="italic"> M. de Saint-Aubert </hi> comme ceux du „couvent de
                        Sainte-Claire qui est situé sur le rivage de la mer,“ <ref target="#N64"/>
                        ou bien encore <hi rend="italic"> Pauline </hi> qui s'amuse à chanter des
                        romances dans le souterrain du château de <hi rend="italic"> Perkins </hi>
                        en attendant que deux heures sonnent, que la machine s'ébranle, que
                        l'armoire s'ouvre et que les marionnettes de cire commencent leur combat;
                            <ref target="N65"/> mais ceci m'est absolument inconnu, et, si ce n'est
                        pas le <hi rend="italic"> père Pierre </hi> qui dit son bréviaire, tandis
                        que sa <hi rend="italic"> lampe brûle </hi> , que <hi rend="italic"> son
                            crucifix, ses livres de piété et son sable sont devant lui </hi> , <ref target="#N66"/> je ne devine pas qui peut parler ainsi tout haut au
                        milieu de la nuit. </p>
                    <p> En finissant ces mots, M. Dabaud se trouva sur la première marche d'un
                        escalier <hi rend="italic"> en limaçon </hi> , au bas duquel il aperçut une
                        foible clarté. Fort bien, s'écria-t-il, me voilà tout aussi embarrassé que
                        mille autres; descendrai-je ou ne descendrai-je pas? Si encore j'avois avec
                        moi, comme <hi rend="italic"> Emilie </hi> , un <hi rend="italic"> Bernardin
                        </hi> , quoique <hi rend="italic"> sa figure épaisse et difforme fit un
                            objet remarquable </hi> ; mais au moins il avoit une torche, et, dans ce
                        moment-ci, je l'aimerois beaucoup mieux que ses „demi-bottes ou sandales,
                        son sabre qu'il portoit constamment en bandoulière et son bonnet plat de
                        velours noir surmonté d'une courte plume,“ <ref target="#N67"/> qui en
                        vérité ne font rien à la chose. Si cependant, en arrivant au bas de cet
                        escalier, j'allois me trouver comme <hi rend="italic"> Célestine </hi> dans
                        „une salle basse qui eût autrefois servi d'église ou de chapelle secrète;“
                        si j'y rencontrois „des bancs épars, de la poussière jaunâtre, des piliers
                        grossiers et mal taillés, des livres déchirés, des tableaux moisis, des
                        lambeaux d'étoffes noires couverts de croix blanches,“ <ref target="#N68"/>
                        qui m'avertiroit qu'il faut prendre un trousseau de clefs sous le <hi rend="italic"> piédestal d'une statue </hi> , m'arrêter <hi rend="italic"> au septième pilier à gauche </hi> devant <hi rend="italic"> une statue de Saint Roch, et une épitaphe de pierre grise
                        </hi> ? qui me diroit qu'il faut „faire entrer une de mes clefs dans un des
                        yeux d'une tête de mort sculptée au-dessus de l'épitaphe,“ ouvrir une porte,
                        des cendre dans une sépulture, de là dans un souterrain, et arriver ensuite
                        au milieu d'une troupe de faux-monnoyeurs qui me feroient une réception de
                        franc-maçon? <ref target="N69"/> Voilà pourtant à quoi l'on s'expose quand
                        on n'a pas avec soi quelqu'un qui vous guide, fût-ce même un coquin comme le
                            <hi rend="italic"> Jeronimo </hi> qui, en faisant traverser à <hi rend="italic"> Eléonore et à Vivaldi </hi> „un passage étroit et
                        tournoyant pratiqué dans le roc,“ leur disoit, „d'une voix concentrée,“ pour
                        effrayer le lecteur, qu'il les menoit <hi rend="italic"> dans le lieu de
                            leur destination </hi> . <ref target="#N70"/>
                    </p>
                    <p> Saisissant une corde qui servoit de rampe, M. Dabaud descendit avec
                        précaution; „l'escalier étoit roide et trembloit sous lui en plusieurs
                        endroits. <ref target="#N71"/> La voûte étoit si basse qu'il étoit obligé de
                        se courber.“ <ref target="#N72"/> Vraiment, dit-il en lui-même, si <hi rend="italic"> Célestine </hi> descendoit par cet escalier, il ne
                        tiendroit qu'à elle de se donner encore un <hi rend="italic"> coup violent
                        </hi> qui la feroit retomber assise sur une des marches. </p>
                    <p> A peine il achevoit ces mots qu'il compta jusqu'à sept fois le bruit qu'il
                        avoit entendu d'abord, et aussitôt, la voix prononça ce qui suit: </p>
                    <p> „Souverain arbitre des destinées, mon repentir pourra-t-il jamais effacer
                        mes crimes devant ta justice? me pardonneras-tu la mort de l'innocent et mes
                        larmes désarmeront-elles ta rigueur. Mais, tu de sais, grand dieu, je ne
                        suis pas le seul, coupable, et il existe encore un être qui dépouilla la
                        veuve et l'orphelin. Que tes décrets augustes s'accomplissent! qu'il vienne
                        enfin mettre fin à ma pénitence et à mon supplice, qu'il vienne expier
                        lui-même tous les reproches qu'il a à se faire.“ </p>
                    <p> La voix se tut, et M. Dabaud aperçut une lueur qui passoit foiblement par
                        dessous une porte basse et étroite qui n'étoit qu'entr'ouverte. Voilà, dit
                        M. Dabaud quelque chose qui ressembleroit assez aux lumières que voit <hi rend="italic"> Emilie </hi> sous les portes du château d'Udolphe,
                        troisième volume, page 187; mais l'air n'est pas <hi rend="italic"> plus
                            frais </hi> , ainsi je ne suis pas dans le corridor. Après cette
                        réflexion judicieuse que M. Dabaud tiroit, comme on le voit, de celle du <hi rend="italic"> signor Verezzi </hi> , il poussa la porte „qui, à sa
                        grande surprise, s'ouvrit immédiatement. Il découvrit une personne à genoux
                        devant un crucifix,“ et cette personne étoit „un moine vénérable dont les
                        cheveux blancs, la physionomie pâle et mélancolique le frappa de respect.“
                            <ref target="#N73"/> La table sur laquelle il étoit appuyé, étoit
                        couverte d'un tapis déchiré et on y voyoit „une tête de mort, quelques
                        ossemens humains, un grand livre et un sable.“ <ref target="#N74"/>
                    </p>
                    <p> Juste ciel, je suis perdu! s'écria vivement M. Dabaud; voilà qu'un moine va
                        se mêler de mes affaires: il ne me manque plus que de rencontrer des
                        voleurs. J'admire, lui dit le vieillard „d'un air tranquille, la facilité
                        avec laquelle vous associez les moines aux voleurs." <ref target="#N75"/> --
                        Oh, mon père, ce n'est que des moines de roman dont je parle, et vous
                        avouerez qu'il y a terriblement de scélératesse sous les <hi rend="italic">
                            draperies noires et blanches </hi> dont on les entoure, pour faire
                        tableau. Mais vous qui parlez, vous ne ressemblez pas mal à ce vieux
                        religieux que rencontrèrent <hi rend="italic"> Eléonore et Vivaldi </hi>
                        dans le souterrain des Carmélites. Quoiqu'il y ait quelques personnes qui
                        prétendent que vous promettez beaucoup et que vous tenez peu, je vous
                        trouverai, moi, tout aussi utile à mon roman, que votre modèle l'est à celui
                        où on le place, si vous voulez m'ouvrir une porte par laquelle je puisse me
                        sauver, sans m'amuser à regarder, comme <hi rend="italic"> Emilie </hi> „la
                        lune qui brille sur les montagnes,“ sans faire attention „au vent frais et
                        doux, qui, passant à travers la haute cime des palmiers dont les branches
                        flexibles ombrageoient une plate-forme située devant la porte, murmuroit
                        foiblement parmi les arbrisseaux suspendus au milieu des rochers qui
                        environnoient ce lieu sauvage. <ref target="#N76"/> O mon père, si vous
                        voulez me sauver, ne perdez pas de temps.“ </p>
                    <p> „Pauvre innocente! dit le moine d'une voix basse et tremblante; dans cette
                        chambre .... dans cette fatale place.“ <ref target="#N77"/> Pardi, s'écria
                        M. Dabaud presque en colère, lorsqu'il s'agit de me délivrer d'un danger
                        pressant, j'ai bien affaire que vous alliez, m'entretenir d'une idée qui
                        vous passe par la tête et qui ne fait rien à mon histoire. Elle est d'autant
                        plus inutile que vous ne m'expliquerez pas ce que vous voulez dire, ainsi
                        occupons-nous un peu de moi, si vous m'en croyez, et cherchons ensemble les
                        moyens de fuir. Fuir, dit le moine; oh! il faut d'abord, s'il vous plaît,
                        que nous fassions une petite cérémonie préalable sans laquelle deux
                        personnages de roman ne se sont jamais quittés. Je vais vous détailler mes
                        aventures. </p>
                    <p> En finissant ces mots, il prit M. Dabaud par la main et le fit asseoir près
                        de lui sur une natte de paille à moitié pourrie. Je sais bien, lui dit M.
                        Dabaud, qu'il faut que j'écoute l'histoire que vous allez me raconter, c'est
                        l'usage; mais nous commencerons par faire nos conditions. 1. Vous ne serez
                        pas aussi long dans votre narration que l'étoient dans les leurs <hi rend="italic"> Annette </hi> , <ref target="#N78"/>
                        <hi rend="italic"> Pierre </hi>
                        <ref target="#N79"/> ou bien le guide de <hi rend="italic"> Schédoni </hi>
                        qui emploie 28 pages à ce qu'il auroit pu dire dans 12 lignes <ref target="N80"/> ; 2. vous m'expliquerez clairement tout ce qu'il faudra
                        que je sache, et il n'y aura point dans votre discours de ces phrases à
                        double sens qui peuvent servir ensuite à justifier tous les événemens
                        possibles; 3. vous ne serez point interrompu par la cloche du dîner comme
                            <hi rend="italic"> madame de Menon </hi>
                        <ref target="#N81"/> et <hi rend="italic"> Dorothée </hi>
                        <ref target="#N82"/> ; ou par celle qui appelle à la bénédiction de
                        l'Abbesse comme <hi rend="italic"> la soeur Olivia </hi>
                        <ref target="#N83"/> ; ou par celle de vêpres comme <hi rend="italic">
                            Matilde </hi>
                        <ref target="#N84"/> ; parce que toutes ces cloches ne font que retarder
                        inutilement le fil de l'histoire, comme les <hi rend="italic"> épines </hi>
                        et les <hi rend="italic"> clous </hi> qui entrent toujours dans le pied du
                        cheval du domestique de <hi rend="italic"> M. de la Motte </hi>
                        <ref target="#N85"/> ; 4. sur-tout, nous ne sortirons pas d'ici au milieu de
                        votre récit pour aller, comme <hi rend="italic"> Hutner </hi> et <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> , dans une caverne où nous trouvions
                        „des lumières éclatantes qui scintillent des plus brillantes couleurs, des
                        stalactites à surface prismatique, des concrétions, des molécules terreuses,
                        des glaçons alongés, des pierres calcaires, des moffettes, des gaz dangereux
                        à respirer, des larges sillons de pyrites, des roches d'alun, des
                        pierres-ponces,“ et ensuite sortir de là par l'ouverture d'un volcan <ref target="#N86"/> ; tout cela est sans doute très-beau, mais c'est encore
                        plus inutile à l'histoire que les sons de cloche <hi rend="italic"> qui
                            roulent sourdement dans le silence de la nuit </hi>
                        <ref target="#N87"/> dont je vous parlois tout-à-l'heure. </p>
                    <p> Etonné d'une logique aussi péremptoire, le moine regarda M. Dabaud en
                        souriant. Soyez tranquille, lui dit-il, vous ne saurez que ce qu'il est
                        absolument nécessaire que vous sachiez pour que le roman continue: on vous
                        gardera le reste pour la fin. </p>
                    <p> Nous sommes, continua-t-il, dans le château qui devoit être l'héritage du
                        chevalier de Germeuil. (M. Dabaud frémit.) Je savois bien que je vous ferois
                        trembler, mais ce n'est pas encore tout. Il y a aujourd'hui vingt ans que le
                        Chevalier reçut la mort par vos mains. Le duel est un assassinat toléré par
                        les lois des hommes, mais rien ne peut l'excuser aux yeux du souverain juge,
                        et sa colère contre vous n'est pas désarmée. Vos mains sont encore
                        sanglantes. „Remarquez taches, c'est ici que la vérité est empreinte.“ <ref target="#N88"/> (M. Dabaud regarda ses mains et ses habits; il étoit
                        tout couvert de sang.) Voyez donc, mon père, s'écria-t-il brusquement, j'ai
                        l'air d'un roman anglais; mais, je veux être déporté si je conçois comment
                        cela s'est fait. </p>
                    <p> C'est aujourd'hui que l'ombre du Chevalier doit être apaisée, continua le
                        religieux d'un ton <hi rend="italic"> solennel </hi> . Les <hi rend="italic"> dépouilles mortelles </hi> du Président et de son frère sont déposées
                        dans la chapelle de ce château, parmi les <hi rend="italic"> restes inanimés
                        </hi> , de toute leur famille. Ces tristes ombres errent dans les vastes
                        solitudes des appartemens, et à minuit... A minuit! interrompit M. Dabaud;
                        mon père, vous m'effrayez d'avance; c'est à cette heure-là qu'arrivent tous
                        les grands événemens; c'est à minuit que <hi rend="italic"> Célestine </hi>
                        va à la bibliothèque du château de la <hi rend="italic"> baronne de
                            Hertzbach </hi>
                        <ref target="#N89"/> ; c'est à minuit que <hi rend="italic"> Matilde </hi>
                        va faire ses sortiléges dans les caveaux de Sainte-Claire <ref target="#N90"/> ; c'est à minuit que <hi rend="italic"> Dorothée </hi> et <hi rend="italic"> Emilie </hi> vont dans l'appartement de la <hi rend="italic"> feue marquise de Villeroi </hi> au château de Blangy <ref target="#N91"/> ; c'est à minuit que <hi rend="italic"> M. Dupont </hi>
                        et la <hi rend="italic"> signora Laurentini </hi> chantent leurs chansons
                            <ref target="#N92"/> ; c'est à minuit que Sir Charles fait sa promenade
                        nocturne dont les détails sont si intéressans <ref target="#N93"/> ; c'est à
                        minuit que la figure et la lumière se montrent à la fenêtre de la <hi rend="italic"> tour de l'Ouest de l'Abbaye de Grasville </hi>
                        <ref target="#N94"/> ; c'est à minuit que <hi rend="italic"> Julia,
                            Hyppolite </hi> et <hi rend="italic"> Ferdinand </hi> essayent de se
                        sauver du château de Mazzini <ref target="#N95"/> ; c'est à minuit <hi rend="italic"> qu'Adeline </hi> va dans la partie délabrée de l'Abbaye,
                        où elle rencontre une chambre pareille à celle qu'elle à vue dans son rêve,
                        ce qui n'est pas malheureux, d'autant mieux qu'elle y trouve un <hi rend="italic"> vieux poignard rouillé </hi> , comme c'est l'usage, et
                            <hi rend="italic"> un petit rouleau de papier lié avec une ficelle et
                            couvert de poussière </hi> , <ref target="#N96"/> qui contient
                        l'histoire de son père assassiné depuis long-temps, comme c'est encore
                        l'usage. C'est à minuit... Oui, oui, dit le moine en l'interrompant, dans
                        les romans anglais, minuit est la plus belle heure du jour. </p>
                    <p> Mais, continua-t-il en adressant à M. Dabaud un sourire de dédain, tout ce
                        que vous venez de dire là n'est rien auprès de ce qui arrive à minuit dans
                        ce château. Tous les aieux du chevalier de Germeuil sortent de leur tombe et
                        élèvent de concert vers le ciel leur voix plaintive contre vous et contre
                        moi. -- Contre vous, dit M. Dabaud avec surprise; eh! qu'avez-vous de commun
                        avec mon histoire? -- Vous sentez bien que je ne serois pas ici, s'il n'y
                        avoit pas quelques bonnes raisons, répondit le religieux d'un ton capable et
                        discret. Vous serez instruit de tout quand il en sera temps, ajouta-t-il en
                        frappant légérement sur l'épaule de M. Dabaud; en attendant, je suis chargé
                        de vous dire que vous devez aujourd'hui venir avec moi à l'église pour être
                        témoin de cette apparition nocturne, en suite de quoi vous irez passer le
                        reste de la nuit dans la tour du <hi rend="italic"> Sud-Oues </hi> t. -- Du
                        ...? -- Du <hi rend="italic"> Sud-Ouest </hi> . Cela vous étonne? -- Je vous
                        l'avoue. Je connoissois bien la tour de l'Ouest de <hi rend="italic">
                            l'Abbaye de Grasville </hi> , <ref target="N97"/> la tour de l'Est du
                        château de <hi rend="italic"> Lindenberg </hi> , <ref target="#N98"/> la
                        tour du Midi du château de <hi rend="italic"> Mazzini </hi> , <ref target="#N99"/> la tour de l'Orient du château <hi rend="italic">
                            d'Udolphe </hi> , <ref target="#N100"/> la tour du Nord du château de
                            <hi rend="italic"> Blangy </hi> , <ref target="#N101"/> mais la tour du
                            <hi rend="italic"> Sud-Ouest </hi> , mon père, celle-là est nouvelle. --
                        Soyez tranquille; vous verrez qu'elle vaut bien toutes les autres ensemble,
                        repartit le moine d'un ton sérieux et important. -- Quoi! il y a des figures
                        qui se montrent à la fenêtre, des lumières, des bruits, des soupirs, des
                        Nonnes sanglantes, des squelettes, des.. -- Plus que tout cela encore. --
                        Mille douzaine de spectres! et il faudra que j'y passe nuit? -- Vous ne
                        serez pas plus malheureux qu' <hi rend="italic"> Alfred, Ludovico </hi> et
                        tant d'autres. -- Grand dieu, grand dieu! si, en lisant un roman, on avoit
                        encore un peu d'obligation au héros de toute la peine qu'il se donne! </p>
                    <p> En ce moment l'horloge du château sonna onze heures trois quarts. Il est
                        tems de partir, dit le religieux en saisissant sa lampe. A la bonne heure,
                        dit M. Dabaud, mais avez la bonté de mettre de l'huile dans cette lampe,
                        afin qu'elle ne soit pas comme toutes les autres qui n'éclairent jamais qu'à
                        demi. Vous voudrez bien ensuite prendre garde qu'elle ne s'éteigne pas au
                        moment où on en a le plus de besoin, comme il arrive toujours. -- Diable!
                        dit le religieux en secouant la tête, si tous les héros de roman étoient
                        aussi prévoyans que vous, il n'y auroit pas tant d'aventures. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE VI. </head>
                    <p> Dabaud et le moine remontèrent l'escalier. Vous avouerez, mon père, dit M.
                        Dabaud, que voilà un escalier pour le moins aussi <hi rend="italic"> roide
                        </hi> et aussi <hi rend="italic"> tournoyant </hi> que celui par où <hi rend="italic"> Spalatre </hi> fit monter <hi rend="italic"> Eléonore
                        </hi> , en la menant dans cette chambre „vaste et entièrement dégarnie de
                        meubles“ dont „une poussière épaisse couvroit le parquet“ et où „d'épaisses
                        toiles d'araignées flottoient sur les murs?“ <ref target="#N102"/> Le
                        religieux ne répondit rien et fit entrer M. Dabaud dans une grande salle
                        dont „le plafond courbé en voûte étoit soutenu par des colonnes de marbre
                        noir. Les fenêtres de forme gothique étoient ornées d'un encadrement du même
                        marbre; l'ensemble de cette pièce avoit quelque chose de majestueux, de
                        sauvage et de triste. <ref target="#N103"/> A l'extrémité, auprès d'un
                        enfoncement étoit une porte.“ M. Dabaud „s'en approcha et en passant regarda
                        dans l'enfoncement; il y aperçut par terre un grand coffre. Il s'approcha
                        pour l'examiner, et soulevant le couvercle, il vit les restes d'un squelette
                        humain. Son coeur fut glacé d'effroi et il retourna sur ses pas
                        involontairement. Après s'être arrêté quelques instans, ses premières
                        émotions s'apaisèrent Cette curiosité palpitante que les objets de terreur
                        excitent souvent dans le coeur de l'homme le poussèrent à jeter encore un
                        regard sur cet horrible spectacle.“ <ref target="#N104"/> Mon père, dit-il
                        froidement au religieux, faites-moi le plaisir de me dire à quoi sert ce
                        squelette dans ce coffre? Ah! ah! répondit le religieux d'un ton distrait,
                        c'est celui que <hi rend="italic"> M. de la Morte </hi> trouva dans les
                        appartemens, souterrains de l'Abbaye de Saint-Clair; comme il n'y servoit
                        pas à grand'chose on l'a fait apporter ici où il n'est pas beaucoup plus
                        utile: mais il en faut, c'est l'usage. En finissant ces mots, le moine
                        s'avança vers un des angles et frappa „trois coups sur une porte de fer,
                        avec une baguette qu'il avoit à la main; elle s'ouvrit régulièrement sans
                        que personne parût.“ <ref target="N105"/> Mais, lui dit M. Dabaud surpris
                        autant qu'on peut croire, il me semble que vous êtes aussi bien servi que
                        celui qui conduisoit <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> dans les souterrains
                        de l'Inquisition! Il alloit en dire davantage, lorsqu'il fut saisi par „une
                        espèce de brouillard humide et un air glacé qui sortirent par l'ouverture et
                        pensèrent éteindre la lumière.“ <ref target="#N106"/> Avez-vous du <hi rend="italic"> Phosphore </hi> , <ref target="#N107"/> demanda-t-il à
                        son conducteur d'un ton inquiet: nous pourrions en avoir bientôt besoin. --
                        Oui, oui, j'ai tout ce qu'il nous faut, répondit le moine en avançant
                        toujours. </p>
                    <p> Tout-d'un-coup M. Dabaud s'arrêta. „Entendez-vous quelque chose,“ dit-il à
                            <hi rend="italic"> voix basse </hi> au religieux. „J'entends“, comme
                        Spalatro, „ le bruit des vagues,“ répondit-il. „Paix! c'est quelque chose de
                        plus,“ dit M. Dabaud: „ne distinguez-vous pas les murmures de plusieurs
                        voix. Ils gardèrent le silence, ensuite le moine ajouta avec un affreux
                        sourire: Ce sont peut-être les voix des spectres dont je vous ai parlé,
                        Monsieur. Le moine continuoit de prêter une oreille attentive, lorsque M.
                        Dabaud saisit fortement son bras; ses yeux égarés sembloient suivre quelque
                        objet fugitif le long du passage: Ne voyez-vous pas quel-que chose demanda
                        -t -il“d'une voix entrecoupée? -- Allons, dit le moine,“ce n'est pas ici le
                        moment de vous livrer à de pareils verties. -- Ce ne sont point des
                        vertiges. „répondit M. Dabaud “ en frémissant; il est venu devant mes yeux
                        et s'est arrêté là, ensuite il a disparu. Je l'ai vu aussi distinctement que
                        je vous vois. -- Imbécille, „s'écria le moine, “ qui as-tu vu? „ -- Tout
                        beau, mon père, reprit M. Dabaud d'un ton courroucé, je n'ai jamais été
                        votre <hi rend="italic"> intime confident </hi> , je n'ai jamais tué
                        personne pour vous, ainsi parlons honnêtement, s'il vous plaît. -- A la
                        bonne heure, répliqua poliment le moine, mais dites-moi ce que vous avez vu.
                        -- “ Et puis après, il est revenu, et m'a fait signe d'aller à lui avec ce
                        doigt sanglant et s'est glissé au fond du passage; là, il m'a encore fait
                        signe, ensuite il s'est perdu dans les ténèbres. „ -- Qui? demanda de
                        nouveau le moine. -- “J'ai vu cette “épouvantable main...je la vois encore
                        en ce moment... c'est là ...c'est là „ <ref target="N108"/> -- Vous
                        expliquerez-vous enfin, dit sérieusement le religieux. -- Quand <hi rend="italic"> Spalatro </hi> se sera expliqué, répondit M. Dabaud, avec
                        le plus grand sang-froid: qu'il dise ce qu'il a vu, et ensuite je parlerai:
                        car j'ai vu absolument la même chose que lui. -- Mauvaise raison, repartit
                        le moine. -- Mon père, il n'y a point de mauvaise raison dans un roman
                        anglais, et le lecteur est obligé de se contenter de tout ce qu'on lui dit. </p>
                    <p> Sentant bien qu'il n'avoit rien à répondre, le moine voulut continuer à
                        marcher, attendez un peu, dit M. Dabaud en s'arrêtant; nous avons bien
                        autant travaillé que <hi rend="italic"> Hutner </hi> et <hi rend="italic">
                            Sir Charles </hi> ; “ne vous rappelleriez-vous pas (comme le capitaine)
                        que vos voyages vous ont fait contracter l'habitude de porter toujours avec
                        vous une petite bouteille de Rhum. „ <ref target="N109"/> Ce seroit bien le
                        cas d'en boire quelques gouttes. Le religieux se mit à rire, et, sans autre
                        réponse que celle-ci qui est bien commode pour un auteur guand il n'a rien à
                        faire dire à un personnage, il poussa M. Dabaud dans la sacristie. C'étoit
                        un bâtiment octogone, boisé tout autour d'un <hi rend="italic"> chêne aussi
                            noir que l'ébène </hi> . Tous les pans de cette boiserie étoient
                        arrangés en compartimens et disposés en armoires dont plusieurs étoient
                        encore entr'ouvertes; on en voyoit tomber de vieux lambeaux d'ornemens à
                        demi pourris et rongés par les rats. Des feuilles entières de livres chargés
                        d'écritures gothiques se rencontroient sous les pieds à chaque pas; le vent
                        qui passoit par les vitraux <hi rend="italic"> coloriés </hi> presque
                        entièrement rompus, les agitoit et les faisoit tournoyer en leur causant une
                            <hi rend="italic"> frôlement </hi> qui avoit quelque chose de sinistre. </p>
                    <p> Ce qui frappa sur-tout M. Dabaud, ce fut un grand régistre qui étoit posé
                        sur une table; on voyoit auprès un encrier et quelques plumes collées
                        ensemble par l'encre qui s'étoit changée en liqueur <hi rend="italic">
                            glutineuse </hi> . M. Dabaud s'approcha, et, à l'ouverture du régistre,
                        ces mots frappèrent sa vue: <hi rend="italic"> Aujourd'hui 23 août 1776, a
                            été enterré dans cette chapelle le corps de Michel-Isidore, chevalier de
                            Germeuil.... </hi> Il ne poursuivit pas, sa main trembla, il voulut
                        refermer le régistre. Avant qu'il en eût le temps, l'épée d'une statue de
                        Saint Michel qui étoit au-dessus de la table dans une niche, se détacha de
                        la main du céleste guerrier, et tomba sur la page du livre que M. Dabaud
                        tenoit encore: il remarqua avec horreur que cette épée étoit teinte d'un
                        sang qui paroissoit encore frais et vermeil: C'est comme tous les autres
                        poignards, dit-il en saisissant vivement le bras du religieux et en
                        l'entraînant loin du prodige qui l'épouvantoit. </p>
                    <p> Le religieux ouvrit une grande porte à deux battans, souleva les rideaux
                        cramoisis d'une sorte de dais qui étoit attaché au-dessus de la porte et ils
                        se trouvèrent dans l'église. „ Une certaine fraîcheur sinistre se fit
                        sentir; la clarté vacillante de la lampe de l'autel parut expirer et se
                        ranimer tout-à-coup. <ref target="#N110"/> Le plus grand silence régnoit; la
                        décoration de l'autel étoit magnifique. Un grand crucifix d'argent massif
                        enrichi de pierres fines faisoit face à un superbe tableau de Rubens; les
                        murs étoient complétement couverts des chef- d'oeuvres des plus grands
                        maîtres. Particulièrement autour du crucifix brûloient quelques cierges de
                        différentes couleurs <ref target="#N111"/> mais ils étoient si élevés que
                        leurs rayons affoiblis se perdoient graduellement dans les ténèbres.
                        Quelques lampes funèbres suspendues près des châsses vénérables rangées
                        autour de l'église les éclairoient d'une lumière vacillante et faisoient
                        entrevoir la distance des arches qui soutenoient la voûte de cette
                        majestuese et obscure solitude <ref target="#N112"/> . Tout frappoit
                        l'imagination d'idées lugubres, et portoit dans l'ame un saint respect, une
                        terreur sacrée: les rayons solitaires des cierges formoient de grandes
                        masses d'ombres et de lumière d'un effet frappant et sublime. <ref target="#N113"/> M. Dabaud s'arrêta un instant, car il sentoit une
                        impression de sublimité qui alloit jusqu'à l'épouvante. <ref target="#N114"/> Venez, venez, lui dit le religieux, ce n'est pas ici que nous avons
                        affaire. Ils se remirent en marche et le bruit de leurs pas rouloit en échos
                        dans cette vaste enceinte. <ref target="#N115"/>
                    </p>
                    <p> Il le conduisit jusqu'à „une petite chapelle écartée; les murs verds de
                        moisissure, les vitres cassées, les ornemens en lambeaux, annonçoient assez
                        qu'on y venoit rarement <ref target="#N116"/> . Deux ou trois lampes de
                        cuivre attachées à des chaînes de fer en forme de Rosaire pendoient à la
                        voûte recouverte jadis d'une peinture à fresque. <ref target="#N117"/> Une
                        large bande noire faisoit le tour des murailles, et sur cette bande étoient
                        peintes de distance en distance les armoiries de la maison de Germeuil. </p>
                    <p> Vers le milieu de la chapelle „s'élevoit une fenêtre dont les arcades en
                        pointe montroient des fragmens de vitraux rouillés, autrefois l'orgueil de
                        la dévotion monacale. <ref target="#N118"/> L'autel étoit entièrement tendu
                        en noir, les ornemens qui le décoroient étoient chargés d'ossemens et de
                        têtes de mort représentés avec une vérité qui faisoit horreur. Au milieu du
                        sanctuaire on voyoit encore une espèce de banc recouvert d'un tapis noir
                        parsemé de croix blanches. Quatre chandeliers de hauteur d'homme, entourés
                        de crêpes en lambeaux et surmontés de grosses torches de cire jaune,
                        annonçoient assez, par l'ordre dans lequel ils étoient placés autour du
                        banc, qu'on y avoit jadis déposé un cercueil. A quelques pas de là on
                        reconnoissoit l'entrée d'un caveau dont la trappe à moitié levée laissoit
                        apercevoir, un magnifique tombeau de marbre noir ... Tout-à-coup, une voix
                        imposante qui semble sortir du tombeau se fait entendre et dit: Que
                        pensez-vous, citoyen Dabaud, du mystère qui vous environne? -- <hi rend="italic"> Rien </hi> , répondit-il du même ton que <hi rend="italic"> Sir Charles </hi>
                        <ref target="#N119"/> et, si votre tombeau de marbre noir est aussi inutile
                        que celui de <hi rend="italic"> Perkins </hi> , vous auriez bien pu vous
                        éviter la peine de le faire construire d'autant mieux, qu'il ne sert pas de
                        titre à votre roman. <hi rend="italic"> La voix imposante </hi> n'avoit
                        apparemment aucune bonne raison à donner, car elle se tut. M. Dabaud
                        s'adressa alors au moine. Faudra-t-il donc, lui dit-il, que j'aille, comme
                        d'Orméville, passer une nuit là-bas dans ce caveau? mon père, savez-vous
                        bien qu'on n'y entend que , la vibration monotone du balancier de l'horloge,
                        et le chant funèbre de l'office des morts. <ref target="N120"/> Paix, dit le
                        religieux en entrant dans un banc; au même instant minuit sonna. Le
                        vieillard tomba à genoux: M. Dabaud imita son exemple. En un clind'oeil
                        l'église entière fut illuminée: M. Dabaud vit à-la-fois au pied de chacune
                        des statues qu'il avoit remarquées autour, une lumière briller dans une
                        lanterne de verre couleur de sang, ce qui répandoit dans l'édifice une
                        clarté fausse et effrayante. “L'autel trembla et une voix répéta les mots:
                            <hi rend="italic"> souvenez-vous-en </hi>
                        <ref target="#N121"/> . Plusieurs petites cloches commencèrent à sonner
                        d'elles-mêmes et à former un carillon discordant et sinistre. Grand dieu,
                        s'écria M. Dabaud avec l'étonnement de la frayeur; voilà qui est pire que
                        tout ce que j'ai jamais lu. On parle bien quelquefois, et même très-souvent,
                        de la <hi rend="italic"> cloche du dîner </hi> , de celle de <hi rend="italic"> vêpres </hi> , de celle <hi rend="italic"> de matines
                        </hi> ; mais au moins quelqu'un les sonne, et ici voilà des cloches qui se
                        meuvent d'elles-mêmes. Mon père, que signifie tout ceci, demandatil en se
                        tournant du côté de son compagnon. Il fut frappé en ce moment de “ la figure
                        vénérable du moine enveloppé de longues draperies blanches, et dont le
                        capuchon rejeté par derrière faisoit ressortir une figure pâle où l'éclat
                        des flambeaux laissoit voir l'affliction adoucie par la pitié, et quelques
                        cheveux blancs échappés aux ravages du temps <ref target="#N122"/> . „Qu'on
                        juge si sa surprise dut redoubler quand il vit ce peu de cheveux blancs, se
                        dresser entièrement et éprouver une agitation effrayante. </p>
                    <p> Que signifie tout cela, répéta M. Dabaud; quoique ce bon religieux, n'ait ni
                        “une longue robe de fourrure sur laquelle soient tracés en broderie d'or un
                        grand nombre des caractères étrangers et que retienne au-dessous de son sein
                        une ceinture de pierres précieuses dans laquelle soit fixé un poignard:
                        „quoique son cou, sa gorge et ses bras ne soient pas nus: quoiqu'il ne porte
                        pas en sa main une baguette d'or: „quoiqu'il ne jette pas dans les flammes “
                        trois doigts humains et un Agnus Dei <ref target="N123"/> , „je serois tenté
                        de croire qu'il est tout aussi sorcier, tout aussi diable que <hi rend="italic"> Matilde </hi> . Mais, si j'ai deviné, il auroit bien dû
                        aussi se montrer à moi en jolie femme et me jouer de la harpe auprès de mon
                        lit, parce que cela distrait. Cependant, pour m'assurer de ce que je veux
                        savoir, j'aurois bien envie de ... En prononçant ces deniers mots, M.
                        Dabaud“ jeta les yeux sur l'inscription d'un confessionnal placé vis-à-vis
                        de lui et sur lequel étoient écrites en lettres noires ces terribles
                        paroles; <hi rend="italic"> Dieu t'entend </hi> . Il frissonna, cette
                        inscription se grava au fond de son coeur, et il tomba dans une sombre
                        rêverie <ref target="#N124"/> . „Peu-à-peu le même sentiment qui l'avoit
                        animé d'abord vint encore agiter tellement son esprit, qu'il ne put le
                        maîtriser. Se jetant avec violence au cou du moine, il ouvrit brusquement sa
                        robe. On sent bien que le religieux fut trèssurpris de cette incartade:
                        Voulez-vous donc m'étouffer, comme <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> étouffa
                            <hi rend="italic"> Elvire </hi>
                        <ref target="N125"/> , dit-il en se reculant d'un pas. Non, reprit M. Dabaud
                        avec plus de fermeté qu'on n'auroit dû en attendre de lui en cet instant; je
                        veux seulement voir si, comme le <hi rend="italic"> Père Pierre </hi> , vous
                        n'auriez pas sur la poitrine un portrait à l'aide duquel, en y joignant une
                        petite histoire, vous puissiez vous trouver tout-d'un-coup grand-père de qui
                        on voudra <ref target="#N126"/> . Je vous avoue que je me défie toujours de
                        ces moines où de ces nonnes qu'on rencontre comme vous au moment qu'on y
                        pense le moins; ils finissent ensuite par être de la famille. Vous vous
                        souvenez sans doute par quelle heureuse étoile, <hi rend="italic"> Julia
                        </hi> devint l'amie d'une soeur <hi rend="italic"> Cornelia </hi> dans
                        laquelle elle découvre, avec autant d'étonnement que le lecteur, la soeur de
                        son amant, qui ne paroît dans le roman que pour conter ses aventures et
                        recevoir l'extrême onction; ce qui amène au reste une très-belle procession
                        de religienses et de moines, au milieu desquels on découvre le <hi rend="italic"> Père Angelo </hi> amant bien digne de la mourante, car il
                        est tout aussi inutile qu'elle-même <ref target="#N127"/> . Vous n'aurez pas
                        oublié non plus que la soeur <hi rend="italic"> Olivia </hi> , non moins
                        prédestinée que la soeur <hi rend="italic"> Cornélia </hi> , devient, par
                        une reconnoissance, la mère d' <hi rend="italic"> Eléonore </hi>
                        <ref target="#N128"/> ; d'après cela vous ne devez pas trouver mauvais que
                        je cherche à découvrir sur-le-champ si vous n'êtes pas un de mes cousins, ou
                        peut-être même un de mes parens plus proches. </p>
                    <p> De plus en plus étonné de la présence d'esprit de M. Dabaud, le moine étoit
                        embarrassé pour lui répondre, lorsque la couverture <hi rend="italic"> du
                            tombeau de marbre noir </hi> qui étoit à l'entrée du caveau s'agita et
                        se souleva lentement: M. Dabaud en vit sortir un fantôme qui étoit enveloppé
                        de la tête aux pieds d'un long drap blanc; il n'eut pas de peine à le
                        reconnoître pour le même qui lui avoit apparu dans le salon de son château,
                        pour l'ombre dul chevalier de Germeuil. Sa blessureà au côté gauche
                        paroissoit encore, son linceul étoit toujours inondé de sang. Hélas, mon
                        père, s'écria M. Dabaud effrayé en cachant son visage dans <hi rend="italic"> la draperie </hi> du religieux, on diroit que nous sommes devant la
                        sépulture du château de <hi rend="italic"> Wals </hi> , comme <hi rend="italic"> Célestine </hi> ! Le fantôme s'avança d'un pas grave
                        jusqu'au pied de l'autel; il se mit à genoux et poussa un gémissement <hi rend="italic"> plaintif </hi> et <hi rend="italic"> prolongé </hi> ,
                        comme les fantômes n'y manquent jamais. A ce signal plusieurs pierres se
                        soulevèrent dans différens coins de l'église, et des fantômes entourés de
                        suaires, ainsi que le premier, sortirent de terre et comlemencèrent à errer
                        parmi les piliers. Tous se rendirent enfin autour de celui qui les avoit
                        appelés et se mirent regenoux derrière lui, excepté un seul qui se plaça à
                        ses côtés. Le religieuxit à M. Dabaud que c'étoit dl'ombre du Président. </p>
                    <p> Le carillon cessa aussi brusquement qu'il avoit commencé; après un usilence
                        total de quelques minutes, etous les fantômes élevèrent ensemble veeurs bras
                        vers le ciel et crièrent à trois à fois différentes d'un ton traînant et
                        somnbre: Jusriee! Venerance! A chaque reprise ils avoient levé et baissé
                        leurs bras; à la troisième ils les laissèrent tendus vers le ciel et se
                        mirent à chanter. L'orgue placé dans une tribune “ rendit alors des sons
                        solennels, “et toutes les voix s'élevant ensemble donnèrent plus de force et
                        plus “de majesté au chant religieux <ref target="#N129"/> ." Cette musique
                        vaut bien toutes celles dont j'ai ouï parler assez souvent dans les romans
                        que j'ai lus, dit M. Dabaud; mais enfin comment appelleton ce morceau-là?
                        Est-ce une chanson de Gascogne <ref target="#N130"/> ? „ -- Quoi, lui dit le
                        religieux un peu fâché par cette question qu'il n'auroit pas prise pour une
                        mauvaise plaisanterie s'il avoit lu les <hi rend="italic"> Mystères
                            d'Udolphe </hi> , vous ne connoissez pas <hi rend="italic"> l'hymne de
                            minuit </hi> ? -- Je devrois cependant bien le connoître, reprit M.
                        Dabaud honteux de son manque de mémoire, car c'est celui que chante <hi rend="italic"> Eléonore </hi> „en s'accompagnant du luth avec une
                        délicatesse infinie <ref target="#N131"/> ;“ c'est aussi celui que chante
                            <hi rend="italic"> Antonia </hi> „ devant une image de Sainte Rosalie sa
                        patronne <ref target="#N132"/> ;“ en un mot c'est celui qu'on chante toutes
                        les fois qu'un faiseur de roman a besoin de musique pendant la nuit. </p>
                    <p> Lorsque la mélodie fut achevée, les fantômes crièrent de nouveau trois fois:
                        Justice! Vengeance! et „traversant silencieusement des passages étroits et
                        obliques <ref target="N133"/> ,“ ils retournèrent dans les fosses d'où ils
                        étoient sortis. Les pierres s'abattirent avec grand bruit; „une image de la
                        vierge sur laquelle M. Dabaud avoit les yeux fixés, pencha sa tête, s'agita
                        avec violence, les cierges s'éteignirent, et une voix sépulcrale prononça: “
                            <hi rend="italic"> souvenez-vous-en </hi>
                        <ref target="#N134"/> ." </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE VII. </head>
                    <p> Une partie de l'épreuve est finie, dit le moine à M. Dabaud; il ne vous
                        reste plus qu'à passer seul quelques heures dans la tour du <hi rend="italic"> Sud-Ouest </hi> : c'est là où vous apprendrez beaucoup de
                        choses que vous ignorez encore. -- Hélas, dit tristement M. Dabaud, je m'en
                        doute d'avance; ce qu'on trouve dans ces tours se ressemble toujours
                        beaucoup: mais enfin, conduisez-moi, puisqu'il faut bien que je me résigne. </p>
                    <p> Le vieillard prit M. Dabaud par la main, et tous deux marchèrent vers la
                        porte du <hi rend="italic"> Nord </hi> qui s'ouvrit avec un <hi rend="italic"> grincement aigu </hi> , avec un <hi rend="italic"> cri
                            aigre </hi> , en un mot avec tout ce que peut faire une porte en pareil
                        cas. Après avoir descendu quelques marches, ils se trouvèrent dans n une
                        cour immense encombrée de ronces, d'épines, de longues herbes de toute
                        espèce, et convertie en pré sauvage <ref target="#N135"/> ;" ils apercurent
                        devant eux "le portail d'une longue galerie de pierre. L'entrée en étoit
                        obstruée par des fragmens de colonnes et par des arbrisseaux qui avoient
                        pris racine au milieu de cet amas de débris; ils parvinrent à se frayer un
                        passage, mais comme la galerie étoit d'une étendue considérable et que la
                        lumière (de la lune) ne pouvoit y pénêtrer seulement que par le portail et
                        par quelques ouvertures étroites pratiquées dans les murs, ils se trouvèrent
                        bientôt dans une obscurité qui rendoit le chemin extrêmement difficile <ref target="#N136"/> . „Ils arrivèrent cependant à une porte d'une
                        proportion gigantesque; deux fortes tours surmontées de tourelles et bien
                        fortifiées, en défendoient le passage. Au lieu de bannières, on voyoit
                        flotter sur ses pierres désunies <hi rend="italic"> encore </hi> de longues
                        herbes et des plantes sauvages qui, <hi rend="italic"> comme les autres
                        </hi> , prenoient racine dans les ruines et qui sembloient croître à regret
                        au milieu de la désolation qui les environnoit. Du haut de la voûte tomboit
                        une pesante herse <ref target="#N137"/> ".... Après avoir franchi cette
                        première porte, M. Dabaud et le moine se trouvèrent dans "la seconde cour.
                            <hi rend="italic"> Encore </hi> de hautes herbes la couvroient de toutes
                        parts, et ses hautes murailles étoient tapissées de brioine, de mousse, de
                        lierre, et des tours crénelées s'élevoient encore au-dessus <ref target="#N138"/> . Un flambeau brilloit au loin à travers une longue
                        suite d'arcades, et ses foibles lueurs tombant tour-à-tour sur les piliers
                        et sur les voûtes, dessinoient fortement leurs ombres alongées sur le pavé
                        et sur les murs <ref target="#N139"/> . On apercevoit devant soi une masse
                        énorme de bâtimens sans ordre, sans distribution. Elle étoit flanquée sans
                        nulle symétrie de tours inégales en forme comme en hauteur. Une multitude
                        innombrable de petites fenêtres surchargées d'ornemens gothiques attestoient
                        l'antiquité de l'édifice, en même temps que les vitres cassées annonçoient
                        que depuis plusieurs années on en avoit abandonné le séjour aux oiseaux de
                        nuit <ref target="#N140"/> ." Le château "s'élevoit sur une terrasse
                        rustique, ombragée par des arbres très-hauts et très-déployés qui sembloient
                        contemporains du bâtiment et répandoient alentour une ombre romantique <ref target="N141"/> . Le ciel étoit serein et la nuit calme. Des "rayons de
                        la lune tomboient à pic sur les tours antiques du château dont ils
                        argentoient les sommets. On n'entendoit que le bruissement des feuilles
                        agitées par le vent frais de la nuit <ref target="N142"/> ." Parmi la
                        multitude des tours dont le principal corps de logis étoit entouré, on
                        distinguoit aisément à l'une des ailes un pavillon dont le toit terminé en
                        pointe se perdoit dans les nuages. La girouette qui surmontoit le sommet
                        s'agitoit avec violence, et, par ses cris aigres, imitoit le glapissement
                        des hiboux. Audessous étoit placé le timbre de l'horloge qui en ce moment
                        vint à sonner. M. Dabaud "entendit presque aussitôt, dans la partie opposée
                        du bâtiment, un bruit affreux qui ressembloit à un retentissement sonore et
                        aigu de plusieurs armures qui se seroient choquées ensemble et qui se
                        prolongea pendant quelques minutes.... Au même instant une foible lueur
                        brilla à une petite croisée, et bientôt après il aperçut très-distinctement
                        une plus grande clarté qui s'évanouit sur-le-champ... La lumière se montra
                        de nouveau, et il vit alors passer une figure qui portoit une lampe; cette
                        figure disparut aussi vîte que la lumière avoit fait d'abord, et tout rentra
                        dans le silence <ref target="#N143"/> ." Devant quel diable de château
                        m'avez-vous donc amené, s'écria M. Dabaud; il vaut à lui seul tous ceux de
                            <hi rend="italic"> Lindenberg </hi>
                        <ref target="#N144"/> , d' <hi rend="italic"> Udolphe </hi>
                        <ref target="N145"/> , de <hi rend="italic"> Montnoir </hi>
                        <ref target="#N146"/> et même celui de <hi rend="italic"> K*** </hi> en <hi rend="italic"> Westphalie </hi>
                        <ref target="N147"/> . </p>
                    <p> Sans répondre à ce discours, le religieux fixa les regards de son compagnon
                        sur le pavillon où étoit l'horloge, et, prenant le même ton que <hi rend="italic"> Montoni </hi> lorsqu'il prononce: <hi rend="italic">
                            Voilà Udolphe </hi> , il lui dit: Voilà la tour du <hi rend="italic">
                            Sud-Ouest </hi> . Vous n'aviez pas besoin de me le dire, reprit M.
                        Dabaud, je m'en étois bien douté. Qui ne la reconnoîtroit pas aux <hi rend="italic"> glapissemens des girouettes </hi> et au <hi rend="italic"> sommet terminé en pointe </hi> ? Mais, mon père, est- ce que vous ne
                        pourriez donc pas me dispenser d'aller y passer la nuit? -- Sans doute, si
                        nous étions dans tout autre roman, mais, dans un roman-anglais, c'est
                        inévitable. Au reste, tranquillisezvous; vous y entendrez “des tonst plus
                        pleins, plus mélodieux que ceux d'une guitare, et encore plus mélancoliques
                        que ceux d'un luth." Votre oreille y sera aussi charmée par “une voix douce,
                        harmonieuse et tendre, mais dont les sons foiblement articulés ne permettent
                        de rien distinguer qui ressemble à des mots <ref target="#N148"/> . Quoi! la
                            <hi rend="italic"> Signora Laurentini </hi> vient se promener jusqu'icl,
                        demanda vivement M. Dabaud. -- Non, les uns ont cru que c'étoit <hi rend="italic"> Claude </hi> qui jouoit de son chalumeau dont il
                        s'amusoit fort souvent, d'autres ont assuré que c'étoit“ des bergers qui
                        jouoient du flageolet, quoique tout cela ne ressemble ni à un luth ni à une
                        guitare; on a voulu ensuite que ce fût , des concerts d'anges; le <hi rend="italic"> Père Denis </hi> a préntendu que c'étoit un
                        “avertissement du ciel pour annoncer la mort d'un enfant, <ref target="#N149"/> " de manière qu'on ne sait plus à quoi s'en tenir, et
                        que tout le monde ignore quel est le musicien. -- Bah! c'est encore ce
                        pauvre <hi rend="italic"> M. Dupont </hi> qui chante des <hi rend="italic">
                            chansons de Gascogne </hi> , dit M. Dabaud. Mais, vou-même, ajouta-t-il
                        par réflexion en se retournant du côté du moine, qui êtesvous, mon père? --
                        Je suis italien, comme vous avez dû vous en douter. (M. Dabaud fronça le
                        sourcil.) -- Et quel est votre nom? -- Mon nom n'est point <hi rend="italic"> Montoni </hi>
                        <ref target="#N150"/> , ni <hi rend="italic"> Schédoni </hi>
                        <ref target="#N151"/> , ni <hi rend="italic"> Rasoni </hi>
                        <ref target="#N152"/> , mais je m'appelle <hi rend="italic"> Falconi </hi> .
                        (M. Dabaud secoua la tête.) Mon père, reprit-il gravement au bout de
                        quelques instans, je suis fâché d'être obligé de vous le dire, mais quand on
                        est italien, qu'on qu'on est moine et qu'on a un nom en oui, on est
                        inévitablement un coquin... Aussi ne suis-je pas trop honnête homme, reprit
                        le religieux en souriant, et, quand je serai prêt à mourir, comme <hi rend="italic"> Rasoni </hi>
                        <ref target="#N153"/> , comme <hi rend="italic"> Vincent </hi>
                        <ref target="#N154"/> , comme <hi rend="italic"> Eburne </hi>
                        <ref target="#N155"/> , comme la soeur <hi rend="italic"> Agnès </hi>
                        <ref target="#N156"/> , comme <hi rend="italic"> Schédoni </hi>
                        <ref target="#N157"/> , comme le <hi rend="italic"> lord Chatam </hi>
                        <ref target="#N158"/> , je compte bien vous faire appeler pour vous raconter
                        des choses qui vous surpendront: mais, en attendant, il faut, s'il vous
                        plaît, que nous allions à la tour du <hi rend="italic"> Sud-Ouest </hi>
                        ..... -- Mais, mon père..... -- Mais, si vous réistez encore, je m'en vas
                        prendre les grands moyens, et le tonnerre , .. Le religieux n'avoit pas
                        achevé ces mots, lorsque M. Dabaud vit “les lueurs “bleues d'un éclair qui
                        sillonnoient le “sol entre les touffes des arbres <ref target="#N159"/> . „
                        Il frisonna, comme on le pense bien, eta voulut essayer de fléchir le moine.
                        Pointp de prières inutiles, s'écria celui-ei; obéissez, ou je vous détache
                        tous les tonnerres de <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> .
                        Connoissant l'étendue de cette menace. M. Dabaud promit de se résigner; il
                        ne pouvoit cependant s'empêcher de faire encore quelques représentations.
                        Nous perdons du temps,“ lui disoit le religieux, et des conversations ne
                        valent pas des aventures. Avançons, avançons. -- Au moins, dites-moi dans
                        quel château nous sommes. -- C'est encore là une question indiscrète; pourvu
                        qu'il y ait des ruines, des spectres et une tour portant le nom d'un des
                        trente-deux points de la rose des vents, voilà tout ce que vous avez droit
                        d'exiger.. -- Je vous avoue pourtant ... -- En voulez-vous savoir davantage,
                        je vais vous contenter. Regardez sur votre droite, vous apercevrez
                        “tout-à-la-fois, le détroit de Mes“sine, la rive de Calabre qui se trouve
                        “en face, et une foule de sites sauvages et pittoresques de la Sicile;
                        l'Etna, couronné de ses neiges éternelles “et se perdant dans les nues, la
                        ville de “Palerme et ses brillantes pyramides se font aussi distinguer <ref target="#N160"/> . „D'un côté vous verrez “la mer, de l'autre le
                        Piémont, dont la perspective se couronne dans le lointain par le sommet
                        majestueux des Alpes <ref target="#N161"/> ." Par ici vous remarquerez “ les
                        plaines “du Languedoc rougies de grappes “purpurines, plantées de mûriers,
                        d'a“marchers ét d'oliviers qui s'étendent “à l'ôrient et au nord: Au sud ta
                        „Méditerranée claire comme un cristal, bleue comme le ciel qu'elle réfléchit
                        et portant une foule de voiles blanches que frappe le soleil “ (quand il
                        paroit) dont le mouve“ment vivifie la scène <ref target="N162"/> . „Par là
                        vous apercevrez la charmante perspective des bords du Golfe de Naples, les
                        barques innombrables, les “félouques ainsi que les gros vaisseaux “qui
                        voguent au loin vers l'extrémité de l'horizon. „Vous verrez aussi “le Vésuve
                        et jusqu'au lac Campanella couronné par des montagnes “qui s'élèvent en
                        amphithéâtre et se “perdent parmi les nuages azurés <ref target="#N163"/> .
                        Vous avez à votre droit en une saillie de cette chaine des Alpes qui
                        “couronne l'amphithéâtre dont Nice est environné; les vertes collines “qui
                        descendent jusqu'au rivage, la ville et son ancien château, et les “vastes
                        eaux de la Méditerranée, “avec les montagnes de Corse, à la “plus grande
                        distance <ref target="#N164"/> . Sur notre gauche est la <hi rend="italic">
                            campagne </hi> d'Italie où les rivieres, les cités, les “bois, toute la
                        prospérité de la culture s'entremêlent dans une riche confusion.
                        L'Adriatique borne l'horizon. Le Pô et la Brenta après “avoir fécondé toute
                        l'étendue du “paysage, y viennent décharger leurs “fertiles eaux <ref target="#N165"/> . Devant vous est “le grand lac de Constance entouré
                        “de tous côtés de villages, de vignes “et de paysages charmans. La ville “de
                        Lindau s'élevant du milieu des “eaux et vous donnant une foible “image de la
                        superbe dominatrice de “la mer Adriatique, borne agréablement votre vue.
                        Vous apercevez “de loin le Rhin, qui, sortant du milieu des montagnes de
                        l'Appenzel et “du Tyrol .... <ref target="#N166"/> " </p>
                    <p> Le moine vouloit encore poursuivre; M. Dabaud impatienté lui mit la main sur
                        la bouche en lui disant avec humeur: Mon père, mon père, vous parlez comme
                        une géographie ou un voyage, et je peux voir beaucoup plus à mon aise tout
                        ce que vous me décrivez là, dans un très-bel optique qui est dans mon
                        château, où j'aimerois mille fois mieux aller passer le reste de la nuit que
                        dans votre chienne de tour, où je n'ai pas d'affaires au reste. -- Mille
                        autres qui n'y en avoient pas plus que vous y sont bien allés, reprit le
                        religieux; allons, allons, citoyen Dabaud, venez vîte, le lecteur attend des
                        aventures. </p>
                    <p> Le pauvre homme ne marchoit qu'à contre-coeur; cependant il arriva peu-à-peu
                        au bas d'un péristile dont il monta les marches le plus lentement qu'il put.
                        Une grande porte se présentoit, le moine saisit la poignée qui étoit une
                        tête de lion en bronze et un des battans s'ouvrit sans effort. En ce moment
                        l'horloge du château sonna une heure. Hélas, s'écria M. Dabaud, je ne suis
                        pas le seul à plaindre! Voilà ce malheureux <hi rend="italic"> Raymond de
                            las Cisternas </hi> qui va passer un aussi vilain moment que moi. La <hi rend="italic"> Nonne sanglante </hi> lui fait maintenant sa visite
                        ordinaire <ref target="#N167"/> . Oui, mais à deux heures, il en sera quitte
                        pour un serrement de main et un baiser, un peu froid. à la vérité; et qui
                        sait ce qui m'attend, pendant tout le reste de la nuit que je dois finir
                        la-haut? </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE VIII. </head>
                    <p> Qu'on essaye de se figurer quel fut a-l'étonnement de M. Dabaud lorsqu'il se
                        trouva positivement dans le même vestibule où il s'étoit réveillé d'abord. </p>
                    <p> La grille du fond étoit fermée comme il l'avoit laissée, et cette porte par
                        où il venoit de passer, oette porte que le vieilland avoit ouverte sans
                        difficulté, étoit la même grande porte de bois qu'il avoit secouée avec
                        tant, de violence sans pouvoir, faire céder les calenats et les verroux dont
                        elle étoit chargée. </p>
                    <p> En vérité, mon père, dit- il au oine, avec un ton dhumeur qui étoit
                        peut-être bien pardonnable, dites-moi done pourquoi, s'il faut absolument
                        que je monte dans cette maudite tour, on a commencé parme faire prendre un
                        chemin qui n'y conduisoit guère: car enfin la promenade que nous avons faite
                        ensemble n'a servi jusqu'à présent qu'à me causer des peurs efroyables dont
                        je me serois bien passé. -- Vous vous plaignez précisément dei ce qu'il ya
                        de plus beau dans votre histoire, répondit le moine, c'est d'avoir un grand
                        nombre d'aventures inutiles qui étonnent celui qui les lit. Le héros n'est
                        plus rien dans un roman, c'est le lecteur qui est tout: pourvu qu'il
                        frisonne et qu'il soit en suspens, les personnages ont beau faire tout ce
                        qu'ils veulent, peu importe. Au surplus, voila l'escalier par où vous devez
                        monter. </p>
                    <p> Cette phrase fit beaucoup plus d'impression sur l'esprit de M. Dabaud que
                        tout le reste de la harangue; il regarda l'escalier dont on lui parloit,
                        c'étoit positivement celui qui étoit taché de sang. Mon père, avec votre
                        permission, je ne monterai point, s'écria-t-il en se reculant. Cet escalier
                        est tout aussi sanglant que celui de la <hi rend="italic"> tour de l'Orient
                        </hi> où <hi rend="italic"> Emilie </hi> alla chercher <hi rend="italic">
                            madame Montoni </hi>
                        <ref target="#N168"/> . -- Eh! bien? -- Eh! bien, moi je n'ai pas de tante
                        là-haut et je n'ai pas besoin d'y aller. -- Insensé! vous ne savez pas ce
                        que vous y trouverez. -- Peut-être “quelque chose qui aura la forme
                        humaiene, mais qui restera sans mouvement; “des habits noirs et longs comme
                        ceux “que <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> souleva avec la pointe de “son
                        épée en prenant la torche <ref target="#N169"/> ;" une partie de
                        l'habillement d'un moine bien ensanglanté! mais je n'ai pas affaire de tout
                        cela. Quand bien même je rencontrerois comme <hi rend="italic"> Emilie </hi>
                        "un vieil uniforme de soldat sous lequel seroient entassées des armes; à
                        terre dans un coin bien obscur <ref target="#N170"/> ,„ cela, me seroit
                        encore aussi inutile qu'à elle, ce qui n'est cependant pas peu dire. -- Tout
                        ce que vous me représenterez peut être fort juste, mais ce n'est pas des
                        raisons qu'il nous faut, c'est des événemens, et, pour en avoir, vous allez
                        monter dans la tour du <hi rend="italic"> Sud-Ouest </hi> . -- Vous y
                        viendrez sans doute avec moi? -- C'est e qui ne m'est pas permis; ce qui
                        fait peur à un seul ne feroit pas peur à deux. -- Vous viendrez au moins
                        jusqu'à “l'extrémité de la galerie qui “se termine par un escalier vaste et
                        “antique duquel on descend dans un “très-spacieux péristile <ref target="N171"/> . „Ce fut jusques-la que <hi rend="italic"> madame de
                            Menon, Emilie </hi> qui étoit une blonde intéressante, et <hi rend="italic"> Julia </hi> sa cadette qui “avoit un caractère plus vif,
                            <ref target="#N172"/> „ accompagnèrent <hi rend="italic"> Ferdinand
                        </hi> . -- C'est vrai, mais cependant je ne ferai aucun pas de plus avec
                        vous, et c'est ici que nous devons nous quitter. -- Comment pénétrerai- je
                        dans les appartemens, si personne ne m'ouvre les portes? -- Tout est ouvert,
                        “tout est “resté comme il étoit le jour de l'en“terrement <ref target="#N173"/> du chevalier de Germeuil. C'est par cet escalier qu'on
                        le transporta tout sanglant dans sa chambre; c'est par cet escalier qu'on
                        descendit son cercueil pour aller le déposer dans le tombeau de ses pères. </p>
                    <p> M. Dabaud avoit tremblé à chaque phrase du religieux, mais que devint-il
                        lorsqu'il le vit s'approcher lui-même dee l'autre escalier, sur les marches
                        duquel on distinguoit des pas d'hommes empreints dans la poussière. Mon
                        père, mon père, où diable allez-vous donc, lui demanda-t-il d'un ton
                        effrayé. Je vais auprès du <hi rend="italic"> gros canon sur le rempart du
                            haut </hi>
                        <ref target="#N174"/> , répondit le moine en montant quelques degrés d'un
                        pas grave et mesuré. M. Dabaud restoit immobile; il regardoit les gouttes de
                        sang, le voit les pieds et les reposoit à terre sans oser les appuyer sur
                        les marches. Après quelques instans de réflexion, il se tourna encore du
                        côté du religieux. Mais si cependant, lui dit-il d'un ton tremblant, il
                        alloit m'arriver-la même chose qu'à <hi rend="italic"> Percival Masérini
                        </hi> . Il monta, comme moi, tout seul par un grand escalier pour arriver à
                        la <hi rend="italic"> tour de l'Ouest </hi> , et “depuis on ne le revit
                        jamais <ref target="#N175"/> .“ Deux ou trois grands vauriens l'attendoient
                        en haut et le firent périr après l'avoir tenu, je ne sais combien de temps
                        edsns un tombeau. Peut-être .... -- Tranquillisez- vous, reprit
                        flegmatiquement le religieux: je vous jure que vous n'avez aucun danger à
                        redouter de la part des hommes, et que demain vous descendrez de la tour
                        sans avoir éprouvé le moindre mal. On a encore besoin de vous pour achever
                        l'histoire. En finissant ces mots, le vieillard l'engagea à monter et
                        continua lui-même d'avancer. M. Dabau “ entendit ses pas pressés. Il en
                        écouta les sons qui s'affoiblissoient à chaque instant, le calme
                        mélancolique de la “nuit cessa enfin d'en être interrompu <ref target="N176"/> . </p>
                    <p> Sa frayeur redoubla quan il se trouva seul il n'osoit se résoudre à suivre
                        les ordres qu'on lui avoit dinnés, il regardoit autour de lui, il appeloit
                        le moine les échos l'effrayoient encore en répondant à ses cris. Il étoit
                        plongé dans ces mortelles indécisions, lorsqu'il entendit cette même voix
                        qui lui avoit déjà parlé dans de vestibule lui adresser ces mots d'un ton
                        encore plus terrible que jamais: Monte, ou prépare-toi à mourir. </p>
                    <p> Au même moment un coup de tonnerre affreux fit mugir sourdement les voûtes,
                        la grille de fer fut agitée, les vitres éprouvèrent une vibration <hi rend="italic"> prolongée </hi> . Epouvanté par cette menace et par
                        l'avertissement surnaturel qui l'accompagnoit, M. Dabaud rassembla son
                        courage et commença à monter. Il est singulier, dit-il entre ses dents, que
                        le tonnerre soit toujours si bien d'accord avec tout le monde pour
                        tourmenter les malheureux qui, comme moi, sont obligés de chercher des
                        aventures. </p>
                    <p> Le tremblant M. Dabaud évitoit d'arrêter ses regards aucun objet; il croyoit
                        trouver à chaque pas de nouveaux sujets d'effroi. Les murailles étoient
                        tapissées de grandes cartes de géographies et d'arbres généalogiques où le
                        nom du chevalier de Germeuil se faisoit distinguer par les lettres rouges
                        avec lesquelles il étoit écrit. Voilà furieusement de sang, disoit M.
                        Dabaud; quand on fit un roman anglais, on se figure être sur un champ de
                        bataille.... Son attention fut distraite par des lampes qu'il remarqua de
                        distance en distance. Elles paroissoient prêtes à s'éteindre et se
                        rallumoient par intervalles. Il faut, s'écria M. Dabaud, que ceux qui sont
                        chargés d'éclairer les vieux châteaux à aventures soient bien fripons ou
                        bien mal payés, car, depuis que je lis des <hi rend="italic"> Rattcliffades
                        </hi> , je n'ai pas encore vu une lampe qui éclairât comme il faut. </p>
                    <p> Quoique M. Dabaud s'occupât de ces réflexions, elles ne fixoient pas
                        tellement son esprit qu'il ne pensât aussi à un objet qu'il regardoit comme
                        fort important: Après avoir monté un certain nombre de marches, il s'arrêta
                        tout-à-coup, et si brusquement que quelqu'un qui l'auroit vu auroit deviné
                        sans peine qu'il étoit pénétré de quel-que grande idée. Il jeta un
                        coupd'oeil en arrière, comme s'il eût voulu compter le nombre des marches
                        qu'il avoit parcourues, et, lorsqu'il fut apparemment bien sûr qu'il ne se
                        trompoit pas, il appela de toutes ses forces le religieux. Pendant quelques
                        momens ses cris furent inutiles; mais enfin le bon père reparut encore sur
                        le haut du palier. </p>
                    <p> Irai-je plus loin? lui dit M. Dabaud, d'un, ton troublé. -- Comment,
                        répondit le moine avec étonnement; je vous croyois déjà dans la <hi rend="italic"> tour du Sud-Ouest </hi> , pourquoi tardez vous si
                        long-temps? -- Mon père.... mon père, „c'est que je suis à la seizième. --
                        Quoi! que voulez-vous dire? -- Auriez-vous donc déjà oublié la mésaventure
                        de ce pauvre <hi rend="italic"> Ferdinand </hi> lorsqu'il parvint à la
                        seizième marche de l'escalier de la <hi rend="italic"> tour méridionale
                        </hi> ?“ Par une suite de “l'ébranlement qu'il venoit de, donner aux pierres
                        disjointes, les marches inférieures se rompirent, et il „resta suspendu sur
                        le point où il se trouvoit à dix ou douze pieds de “terre, ayant au-dessous
                        de lui un “monceau de pierres et de décombres, et de plus“ une épée dans “la
                        main droite et dans la gauche une lampe sombres et sépulcrale qui ne manqua
                        pas de tomber et de s'éteindre, comme font toutes les lampes, si bien-que
                        l'infortuné resta pendant plus d'une heure au millieu “d'une nuit profonde
                        et en proie aux “térrers résultantes des apparitions “mystérieuses de
                        lumières, de ces bruits soudains et nocturnes les “pas inconnus répétés par
                        les échos “dont retentissent les voûtes de cette “antique habitation <ref target="#N177"/> . „Vous voyez bien que si malheureusement. .. -- Le
                        sujet de votre frayeur n'est peut-être pas si déraisonnable, mais je vous
                        promets que l'escalier est solide, et je vous engage à ne pas vous arrêter
                        davantage; avancez et ne redoutez plus rien. En achevant son discours, le
                        religieux lui fit de nouveau un petit signe de tête et disparut. </p>
                    <p> Parvenu au haut de l'escalier, M. Dabaud se trouva dans une espèce
                        d'antichambre spacieuse;“elle “étoit entièrement tapissée de drap “noir et,
                        selon toutes les apparences, “elle avoit servi autrefois pour une “chapelle
                        ardente. On y voyoiten“core dans des lanternes de verre “noir des morceaux
                        de cierges iné“galement brûlés. Au milieu il y “avoit deux tréteaux a côté
                        desquels “étoit une grande plume noire <ref target="N178"/> ..„ Sur ces
                        tréteaux étoit un lit de parade en velours noir brodé d'argent. Tout autour
                        étoient de grands candélabres sur lesquels il y avoit des torches allumées.
                        Le parquet étoit parsemé de branches de cyprès et d'herbes odoriférantes
                        entièrement desséchées. Quelques lustres entourés de crêpes pendoient à la
                        voûte, et de larges écussons en broderie étoient attachés en divers
                        endroits. Une figure pâle et livide étoit étendue sur le lit, ses mains
                        jointes, entre lesquelles étoit placé un petit crucifix, étoient dressées
                        sur sa poitrine. Le linceul qui la couvroit étoit taché de sang; en un mot
                        c'étoit encore l'ombre du chevalier de Germeuil. </p>
                    <p> M. Dabaud poussa un eri terrible et s'élança dans l'escalier pour s'enfuir,
                        mais il ne put descendre que deux ou trois marches; une grille de fer, qu'il
                        n'avoit pas aperçue en montant et qui s'étoit fermée sur lui, ne lui
                        laissoit aucun espoir de se sauver. Ill secoua inutilement: Hélas, dit-il en
                        voyant le peu de succès de ses efforts, cette grille- ci est encore
                        construite comme la porte du donjon où <hi rend="italic"> Ferdinand </hi>
                        étoit renfermé <ref target="#N179"/> , et me voilà obligé de rester ici. A
                        peine achevoitil ces mots, qu'il entendit le bruit d'une marchepesante
                        accompagnée d'un cliquetis d'armes et d'éclats de voix qui paroissoient
                        s'approcher de lui.“ Voilà sans doute qu'on relève „la garde s'écria-t-il,
                        on bien le “Signor et tous les Signors et bien d'autres qui se battent!
                        parce que Montoni auroit avalé un grand verre de poison, s'il ne se fût pas
                        servi habituellement d'une coupe de "verre de “Venise dont la propriété
                        connu étoit “de se briser en recevant une liqueur “empoisonnée <ref target="#N180"/> . Les <hi rend="italic"> Signors </hi> n'ont jamais
                        trop bon ton, et sur-tout quand ils sont ivres et qu'ils se chamaillent,
                        sans qu'eux-mêmes sachent à quoi cela mène, ainsi je crois qu'il est plus
                        prudent de remonter, vu que les spectres, pas même la Nonne sanglante n'ont
                        jamais tué personne; quoique cependant le pauvre <hi rend="italic"> Raymond
                        </hi> n'ait pas été trop bien traité en voyageant avec elle sur le chemin de
                            <hi rend="italic"> Rosenwald </hi> à <hi rend="italic"> Ratisbonne </hi>
                        , car après des vents déchaînés qui mugissoient horriblement, des éclairs
                        „qui brilloient en se croisant, un ton“nerre qui grondoit, et sur -tout “un
                        craquement épouvantable qui vint terminer bien douloureusement ses
                        in“quiétudes, son essieu se rompit, sa “voiture se brisa en mille pièces, et
                        sa “tête en tombant frappa contre une “pierre où il resta étendu sans
                        mouvement et sans aucune apparence de vie <ref target="#N181"/> ." Il est
                        vrai qu'il s'étoit avisé de débiter des douceurs à son <hi rend="italic">
                            aimable revenant </hi>
                        <ref target="#N182"/> , et, quand on conte fleurette à une femme, c'est lui
                        donner beaucoup de droits. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE IX. </head>
                    <p> Après cette réflexion, qui seroit un peu longue si elle n'étoit pas
                        trèsjudicieuse, comme on le voit, M. Dabaud rentra dans l'antichambre, et ce
                        fut avec toute la surprise qu'on peut imaginer, qu'il remarqua que la figure
                        étendue sur le lit de parade avoit disparu. Parbleu, s'écria-t-il, voilà qui
                        n'est pas mal singulier; cette figure a disparu aussi subitement que celle
                        que virent <hi rend="italic"> Alfred </hi> , <hi rend="italic"> Matilde
                        </hi> . <hi rend="italic"> Agnès </hi> et <hi rend="italic"> Léonard </hi> ,
                        dans cette chambre, où tout annonçoit „qu'un mort avoit été exposé avec
                        “l'appareil funèbre <ref target="#N183"/> . Encore si celle-ci m'avoit
                        laissé comme l'autre une chaine d'argent à laquelle étoit“ “suspendue une
                        clef d'or tachée de “sang <ref target="#N184"/> , „j'irois à l'exemple de
                            <hi rend="italic"> Matilde </hi> visiter les armoires qu'il y aura
                        surement dans toutes ces chambres. </p>
                    <p> Plus expéditif que beaucoup d'autres héros, M. Dabaud marchoit même en
                        réfléchissant, et il étoit déjà tout près d'une porte qui n'étoit fermée que
                        par un rideau extrêmement bien travaillé. Il le souleva et se vit dans un
                        salon dont l'ameublement formoit un parfait contraste avec celui de
                        l'antichambre qui le précédoit; M. Dabaud “ s'arrêta un moment pour
                        “contempler les restes de magnificence qu'on y voyoit encore: unet
                        “tapisserie somptueuse, de grands sofas de velours avec des carreaux “brodés
                        d'or, un plancher incrusté “de marbres rares et orné au milieu “d'un superbe
                        tapis. Les fenêtres “étoient colorées, et de grands miroirs de Venise
                        réfléchissoient de “tous côtés ce riche appartement. “Ils avoient autrefois
                        réfléchi des fêtes brillantes <ref target="#N185"/> ; du centre du pla“fond
                        représentant une scène de l'Armide du Tasse, descendoit une “lampe d'argent
                        d'une forme étrus.. Des bustes d'Horace, “que.. d'Ovide, d'Anacréon, et de
                        Tibulle, “et de Pétrone ornoient les encoignures <ref target="#N186"/> .
                        Trois ou quatre tables de jeu placées dans les coins eétoient encore
                        couvertes de fiches et de cartes; on n'avoit même pas dérangé les siéges qui
                        étoient autour. </p>
                    <p> En face de la porte étoit une niche chargée d'ornemens dorés et de
                        sculptures. Un pavillon d'un travail exquis étoit au-devant; des rideaux de
                        taffetas couleur de rose tomboient avec grâce, et à chaque coin étoient
                        placés des glands en argent destinés àm les relever. Il y avoit déjà
                        quelques minutes que M. Dabaud considéroit les différentes parties de ce
                        salon, lorsque, ne voyant, n'entendait rien qui pût lui inspirer de la
                        terreur, il s'assit surs un des fauteuils magnifiques dont il étoit entouré.
                        Je doute, dit-il en s'y arrangeant avec complaisance, que, de tous les
                        fauteuils que j'ai vus dans les romans, aucun valût celui-ci. Je n'en
                        excepte pas le <hi rend="italic"> fauteuil de fer </hi> qu' <hi rend="italic"> Emilie </hi> trouva dans la chambre <hi rend="italic">
                            au-dessus du portail </hi>
                        <ref target="#N187"/> ; ni le fauteuil <hi rend="italic"> tout doré </hi>
                        qu' <hi rend="italic"> Henri </hi> trouvoit si ressemblant à ceux du Louvre.
                        et au sujet duquel, le Comte son père promet une histoire qu'il ne raconte
                        pas <ref target="#N188"/> ; ni <hi rend="italic"> le grand fauteuil dont les
                            bras étoient rompus </hi> , qu' <hi rend="italic"> Adeline </hi> trouva
                        dans les appartemens déserts de l' <hi rend="italic"> Abbeye de Saint-Clair </hi>
                        <ref target="#N189"/> ; ni même <hi rend="italic"> le fauteuil de cuir </hi>
                        sur lequel la goutte retenoit le cousin de <hi rend="italic"> Bidermann
                        </hi> “ cloné les trois “quarts de l'année <ref target="#N190"/> . Cette
                        dissertation sur les fauteuils alloit peut-être conduire M. Dabaud encore
                        bien loin, lorsque héreusement pour ceux qui n'aiment pas les dissertations,
                        il aperçut près de lui, sur une table de <hi rend="italic"> bois de cèdre
                        </hi> , quelques livres qui attirèrent son attention. Fort bien, dit-il en
                        lui-même, voilà des livres qui sont un vrai guet-à-pens. Un pauvre
                        malheureux qui est condamné comme moi à passer la nuit pour attendre les
                        spectres et les événemens; croit trouver en lisant, un remède: contre la
                        peur: point du tout, il ne rencontre que des histoires qui servent encore à
                        l'effrayer; telles que, par exemple, le conte provençal que <hi rend="italic"> Dorothée </hi> avoit prêté à <hi rend="italic"> Ludovico
                        </hi> quil lut après avoir <hi rend="italic"> mouche sa lampe </hi>
                        <ref target="#N191"/> ou bien <hi rend="italic"> le volume de romances
                            espagnoles </hi> qu' <hi rend="italic"> Antonia </hi> prit dans <hi rend="italic"> la petite bibliothèque d'Elvire </hi> , et qu'elle lut
                        aussi après avoir <hi rend="italic"> mouché sa bougie </hi>
                        <ref target="#N192"/> . Quant à moi, ajouta-t-il en élevant la voix, je
                        déclare bien formellement que je ne lirai rien, fût-ce même le manuscrit que
                            <hi rend="italic"> Célestine </hi> alla chercher à minuit dans la
                        bibliothèque, et où elle trouva, ainsi qu'elle auroit dû s'y attendre, une
                        histoire et une représentation qui l'effrayèrent si fort, que,“sans songer
                        même à reprendre sa lampe, “elle s'élança vers la porte et parcourut dans
                        les ténèbres plusieurs “appartemens <ref target="#N193"/> .„ </p>
                    <p> Pour éviter la tentation de lire un des livres desquels il ne se défioit
                        peut-être pas sans sujet, M. Dabaud turna ses regards du côté de la niche;
                        il considéroit avec plaisir l'élégance des ornemens qui la décoroient. Au
                        bas des rideaux qui arrivoient presque jusqu'à terre on voyoit sortir les
                        coins d'un tapis qui paroissoit d'un ouvrage merveilleux. En admirant tous
                        ces détails, M. Dabaud sentoit le plus vif désir de savoir à quel usage
                        pouvoit être destinée cette niche placée dans un salon de compagnie. Si
                        j'étois par-tout ailleurs, dit-il en se levant, je n'hésiterois pas à
                        relever le rideau, je serois bien certain de découvrir des objets agréables
                        à la vue; mais dans la tour du Sud-Ouest il ne peut y avoir derrière un
                        rideau n qu'une figure de cire re“présentant un cadavre rongé des “vers <ref target="#N194"/> , „ou bien“un cadavre “étendu sur une couchette basse
                        et tout inondée de sanf ainsi que le “plancher <ref target="#N195"/> „ou
                        bien“ une niche “remplie d'ossemens humains <ref target="N196"/> ,„ et tout
                        cela n'est pas fort ragoûtant à voir... Ainsi, le plus prudent est de
                        s'eloigner. Prenant une résolution courageuse, M. Dabaud fit quatre pas vers
                        la porte: au moment de sortir, il ramena encore ses yeux vers la niche.
                        Cependant, dit-il. avec d'air d'une réflexion r profonde,: si je n'y regarde
                        pas, le lecteur ne saura pas ce qu'il y a dedans ... mais, ne seroit-ue pas
                        par hasard encore l'ombre de ce chevalier de Garmeuil qui se trouve
                        par-tout?“ S'il alloit en“core sortir de son tombeau au milieu de cette nuit
                        silencieuse! S'il “s'échappoit encore des liens de la mort et qu'il vint
                        encore présenter à mes Grand “yeux sa figure irritée!. “dieu! qu'est-ce que
                        ceci? „ </p>
                    <p> “Ses yeux fixés sur la niche “avoient vu le rideau s'agiter doucement en
                        avant. en arrière <ref target="#N197"/> .„ Y auroit-il quelque brigand caché
                        ici, comme dans l'appartement de <hi rend="italic"> la marquise </hi> au
                        château de <hi rend="italic"> Blangy </hi>
                        <ref target="#N198"/> , s'écria-t-il d'une voix qu'il croyoit fort rassurée et
                        qui n'étoit rien moins que cela. Personne ne répondit.“ Ce “n'étoit que le
                        vent, dit-il en reprenant courage. Il se promena encore en long et en large
                        dans le salon; mals un sentiment involontaire de crainte d'inquiétude et de
                        curiosité conduisoit toujours ses regards vers l'alcove. Il s'en approcha
                        “en hésitant <ref target="#N199"/> . Il se rappela soudain l'horreur qu' <hi rend="italic"> Emilie </hi> avoit éprouvée en découvrant madame Montoni
                        mourante dans une tour à Udolphe <ref target="#N200"/> . Il s'arrêta avant
                        de “monter quelques marches qui conduisoient à la niche; “trois fois, il
                        „avança la main pour tirer le rideau; “trois fois il la retira prêt à y
                        toucher <ref target="#N201"/> . Pauvre lecteur, disoit-il en lui-même, il
                        est sur les épines, il attend bien impatiemment que je lui apprenne ce qu'il
                        y a dans cette nihe; mais .... terreurs absurdes s'écria-t-il tout-à-coup,
                        honteux de sa “foiblesse <ref target="N202"/> . Je suis sûr que c'est tout
                        bonnement <hi rend="italic"> mademoiselle Flore </hi> qui s'est cachée ici
                        pour m'épier comme elle épioit <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> ; allons,
                        allons, soyons aussi courageux que le prieur des Dominicains de Madrid,
                        quoique aucun lutin ne se mêle de nos affaires. </p>
                    <p> „Il monte les marches avec vivacité: Fantôme ou Diable qui, que tu “sois, je
                        te tiens <ref target="#N203"/> , s'écria-t-il en tirant brusquement un des
                        glands d'argent qui tomboient du baldaquin. Il fit un cri d'horreur, le
                        voile s'échappa de ses mains: Ce n'étoit pas une peinture qu'il avoit vue
                            <ref target="#N204"/> . Grand dieu! grand dieu, dit-il en s'éloignant
                        tont tremblant d'épouvante, on imagine bien aisément. qu'un si hideux objet
                        ne se regarde pas deux fois <ref target="#N205"/> ; oh le sein d'un ami pour
                        y “reposer ma tête! le cordial de quelques accens pour revivifier mon ame
                            <ref target="#N206"/> ! Me voilà aussi attrapé qu' <hi rend="italic">
                            Emilie </hi> et, quoiqu'il n'y ait pas quatre gros volumes à mon
                        histoire comme à la sienne, le lecteur attendra au moins aussi long-temps
                        pour savoir ce que j'ai vu. Juste ciel, ajoutoit-il en retournant avec
                        effroi ses yeux du côté de la niche; comment est-il possible qu'on place des
                        objets semblables derrière un rideau, sur-tout quand ils ne doivent servir
                        de rien au cours des événemens. </p>
                    <p> S'élançant par une autre porte que celle par où il étoit entré, il se trouva
                        dans une salle beaucoup plus grande et ornée beaucoup plus simplement que la
                        première: tous les meubles consistoient en bancs de chêne qui en faisoient
                        le tour, une chaire à prêcher “et un grand tableau encadré en “bois
                        représentant l'un des mystères “de la religion catholique <ref target="#N207"/> . „Ah, ah, dit M. Dabaud, si je ne me trompe, cette
                        salle ressemble à celle du monastère ou le duc de Luovo entra avec tous ses
                        gens en poursuivant <hi rend="italic"> Julia </hi> . Si encore j'entendois
                            <hi rend="italic"> de longs et bruyans éclats de rire </hi> ,
                        j'ouvrirois <hi rend="italic"> la porte du fond </hi> , et je trouverois <hi rend="italic"> une table couverte de plats exquis, de verres et de
                            bouteilles vides et pleines </hi>
                        <ref target="#N208"/> , le tout pour avoir le plaisir de dire du mal des
                        moines, ce qui n'est pas peu dans un roman anglais. </p>
                    <p> L'effroi de M. Dabaud n'en avoit pas été moins vif, quoiqu'il n'eût pas duré
                        long-temps, et il savoit bien qu'une fois entré dans les <hi rend="italic">
                            appartemens abandonnés </hi> , les surprises et les secousses sont si
                        fréquentes qu'il ne faut pas trop s'arrêter à chaque émotion que l'on
                        éprouve; aussi commençatil à considérer plus attentivement qu'il ne l'avoit
                        fait d'abord l'endroit oùil se trouvoit. Cette salle seroit inutile, dit-il,
                        si elle ne renfermoit pas autre chose que ce que je vois, et il n'y a rien
                        d'inutile dans <hi rend="italic"> la tour du Sud-Ouest </hi> . Il eut
                        bientôt lieu de sentir combien sa remarque étoit judicieuse, car il aperçut
                        dans un coin “de grands tableaux presque tout “effacés. Un seul avoit un peu
                        plus “résisté aux ravages du temps. C'étoit “un portrait en pied qui
                        représen“toit un homme vêtu à la française, “d'une taille ordinaire et d'une
                        fi“gure agréable. L'accablement de la “douleur se peignoit sur son visage
                        “et dans son attitude: il s'appuyoit “sur un mausolée <ref target="#N209"/>
                        . „On se doute que c'étoit le chevalier de Germeuil. M. Dabaud fit la
                        grimace et examina “d'autres portraits couverts comme “celui-là de poussière
                        et de toiles “d'araignées <ref target="#N210"/> . Parmi ces derniers il
                        reconnut celui du Président qui étoit peint en grande robe de palais et
                        plusieurs autres parens du Chevalier sous divers costumes singuliers. Cette
                        vue n'avoit rien de flatteur pour lui et il se seroit éloigné s'il n'eût été
                        retenu par un tableau placé au-dessous des autres. Il représentoit une jeune
                        personne charmante. Des „boucles de cheveux bruns jouoient „négligemment sur
                        son front découvert; son nez étoit presque aquilin. “Ses lèvres sourioient,
                        mais c'étoit avec „mélancolie; ses yeux bleus se levoient au ciel avec une
                        langueur „aimable, et l'espèce de nuage répandu sur toute sa physionomie,
                        sembloit exprimer la plus vive sensibilité <ref target="#N211"/> . Diable,
                        dit M. Dabaud, qui avoit bonne mémoire, qu'est-ce que peut faire ici le
                        portrait de <hi rend="italic"> la marquise de Villeroi </hi> ? Mais non,
                        ajouta-t-il en l'examinant de plus près, cette jolie personne tient sur son
                        coeur un médaillon qui, autant que j'y puis voir, ne ressemble pas mal à mon
                        pendart de fils. Je voudrois bien savoir qui est-ce qui a pu placer le
                        portrait du citoyen Dabaud fils dans <hi rend="italic"> la tour du Sud-Ouest
                        </hi> ; c'est ce qu'il faut éclaircir sur-le-champ. </p>
                    <p> Le tableau étoit un peu élevé; en regardant autour de lui, M. Dabaud
                        découvrit dans un coin la seule chaise qui se trouvât dans toute la salle,
                        il courut la chercher pour monter dessus; mais, quelle fut sa surprise,
                        lorsqu'en revenant à la place qu'il avoit occupée d'abord, il retrouva bien
                        la même jeune personne, mais ce n'étoit plus la même peinture. Au lieu de ce
                        visage si frais et si vermeil qui l'avoit séduit, il n'avoit plus sous les
                        yeux qu'une figure pâle et inondée de larmes. Ces beaux cheveux dont il
                        avoit admiré l'élégante distribution retomboient en désordre sur une robe
                        simple et modeste qui remplaçoit la parure recherchée dont il avoit été
                        frappé. L'accent du visage étoit changé; il ne respiroit plus que la
                        tristesse et le malheur, mais il conservoit encore ce caractère inaltérable
                        de douceur et de bonté qui le distinguoit. On ne pouvoit regarder la jeune
                        personne sans être attendri, elle pressoit toujours contre son coeur le même
                        médaillon, et ses beaux yeux baignés de pleurs fixoient le ciel avec une
                        expression angélique. </p>
                    <p> Pardi, s'écria M. Dabaud avec surprise, celui-là est nouveau; personne ne
                        s'étoit encore avisé de montrer la lanterne magique dans aucune tour ni de
                            <hi rend="italic"> l'Est </hi> ni de <hi rend="italic"> l'Ouest </hi> ,
                        et ce bon père avoit bien raison, quoiqu'il fût un moine, de me dire que la
                            <hi rend="italic"> tour du Sud-Ouest </hi> valoit à elle seule toutes
                        les autres. On auroit peut-être droit de penser que M. Dabaud plaisantoit;
                        il étoit au contraire fort ému et trouvoit d'autant plus de charmes à
                        contempler le tableau, qu'il avoit très-distinctement reconnu le portrait de
                        son fils sur le médaillon. “Toutàcoup il crut entendre un profond “soupir
                        poussé tout auprès de lui. “Il étoit debout et déjà il se disposoit à
                        prendre le flambeau sur la “table. Ce bruit imaginaire l'arrêta: il retira
                        son bras et s'appuya “sur le dos de la chaise. Tremblant “il écoute: il
                        n'entend rien. </p>
                    <p> “Bon dieu, se dit-il, que pouvoit “être ce bruit? me suis-je trompé, “ou
                        l'ai-je réellement entendu?..... Ses réflexions furent interrompues „par le
                        son d'une voix venant du “côté de la porte, et si foible qu'on “avoit peine
                        à l'entendre; on auroit „éru que quelqu'un parloit tout-bas. “Les alarmes de
                        M. Dabaud augmentèrent..... Bientôt après le loquet „se leva et la porte
                        commençant à “se mouvoir en avant et en arrière “s'ouvrit très-lentement.
                        Sur le seuil M. Dabaud aperçut une grande “figure élancée, enveloppée d'un
                        grand “Schall qui la couvroit de la tête aux „pieds. </p>
                    <p> “Cette vision enchaina ses jambes. “Il resta comme pétrifié au milieu de “la
                        chambre. La figure, d'un pas, “lent et grave, s'approcha de la table.
                        Lorsqu'elle fut auprès, une “bougie prête à finir jeta une lueur “pâle et
                        bleuâtre <ref target="#N212"/> . Vis-à-vis étoit „une armoire au-dessus de
                        laquelle “étoit placé un cadran, dont l'aiguille “indiquoit deux heures
                        moins quelques minutes. Dieux s'écria M. Dabaud , l'heure approche et le
                        tapage “va commencer <ref target="#N213"/> . La figure leva “son bras droit
                        qu'elle dirigea vers le “cadran,....et it quelques pas de “plus vers M.
                        Dabaud. Demain matin, lui dit-elle, demain matin, nous “nous reverrons. M.
                        Dabaud frémit à “ces paroles. Nous nous reverrons! “dit-il enfin en
                        hésitant; où-nous reverrons nous? La figure d'une main “désigne <ref target="#N214"/> l'armoire qui s'ouvre et laisse apercevoir un grand
                        salon au milieu duquel on voit une table chargée d'un excellent dîner. C'est
                        fort bien, dit M. Dabaud en se frottant les mains, le lieu de votre
                        rendez-vous est beaucoup mieux choisi que celui qu' <hi rend="italic">
                            Elvire </hi> indiqua à sa fille <hi rend="italic"> Antonia </hi> . Mais,
                        finissons la scène: “Qui verrai-je? La figure “de l'autre main leva le <hi rend="italic"> schall </hi> qui lui “couvroit la tête. Grand dieu! c'est
                        elle-même! M Dabaud "fit un cri et tomba sans mouvement sur le parquet <ref target="#N215"/> , pour donner le temps à la figure de disparoître. </p>
                    <p> Elle ne manqua pas d'en profiter, et quand M. Dabaud se releva, il ne trouva
                        plus personne. Parbleu, dit-il avec un mouvement d'humeur contre lui-même,
                        j'aurois bien mieux fait de ne pas avoir si grand peur; peut-être sauroisje
                        à présent où est allée cette jeune personne qui est positivement l'original
                        du tableau que j'admirois tout-à-l'heure. Seroit-ce donc aussi un revenant?
                        j'en aurois bien du regret, et j'avoue que je voudrois la rencontrer encore
                        une fois, fût-ce même au milieu d'un bois, après un orage terrible, comme
                            <hi rend="italic"> les jeunes Masérini </hi> trouvèrent <hi rend="italic"> Agnès </hi>
                        <ref target="#N216"/> ; ou même dans une caverne de voleurs au mteu de la
                        forêt de Strasbourg <ref target="#N217"/> ; ou même dans une maison située ,
                        dans une “bruyère à trois lieues de Paris, comme celle où <hi rend="italic">
                            M. de la Motte </hi> arriva si à propos pour être chargé d' <hi rend="italic"> Adeline </hi>
                        <ref target="#N218"/> ; ou enfin de telle manière que ce pût être, pourvu
                        cependant que notre reconnoissance fût aussi naturelle et aussi bien amenée
                        que celle de tous les héros de romans anglais, qui ne manquent jamais
                        d'arriver à point nommé à l'endroit où l'on seroit tenté de croire qu'ils se
                        sont donné rendez-vous. Cependant, ajouta M. Dabaud par réflexion, quoique
                        j'aye éprouvé une grande frayeur, elle n'étoit cependant pas aussi terrible
                        que celle que m'a causéel'objet renfermé dans la niche du salon. </p>
                    <p> Il songeoit encore à la jeune femme qu'il avoit aperçue, lorsqu'un fracas
                        horrible se fit entendre dans un des appartemens voisins; il sembloit qu'on
                        renversât à-la-fois un amas considérable de vieilles armures, et qu'on les
                        heurtât avec violence les unes contre leautres. Ah! ah! dit M. Dabaud avec
                        plus de tranquillité qu'on ne pourroit le croire, voilà sans doute le <hi rend="italic"> Père Pierre </hi> qui s'amuse avec ses <hi rend="italic">
                            attirails de guerre, ses épées, ses boucliers, ses casques, ses
                            cuirasses, ses armes à feu </hi> , son <hi rend="italic"> tambour </hi>
                        , sa <hi rend="italic"> trompette </hi> et ses <hi rend="italic"> autres
                            instrumens belliqueux </hi>
                        <ref target="#N219"/> ; je me garderai bien d'aller le troubler. </p>
                    <p> A peine M. Dabaud achevoit-il ces mots, qu'il entendit“ un cri aigu comme
                        “celui d'une porte qu'on ouvre avec “précaution; à ce bruit succéda ce“lui
                        de pas graves et pesans que les “voûtes des corridors trahissoient par “une
                        répercussion sourde et prolongée. Un frottement de chaînes ne “tarda pas à
                        anoncer l'arrivée d'un “fantôme <ref target="N220"/> . „Je suis perdu,
                        s'écria M. Dabaud, voilà <hi rend="italic"> Rasoni </hi> déguisé en ermite
                        qui va me causer autant d'épouvante qu'à Celestine; encore heureux s'il se
                        conduit envers moi comme envers elle, et s'il se borne à me faire plus de
                        peur que de mal. </p>
                    <p> M. Dabaud fut interrompu par une voix qui s'écria avec l'accent de la
                        “surprise: <hi rend="italic"> Grands dieux! c'est lui! </hi> “Il lui sembla
                        reconnoître cette “voix <ref target="#N221"/> . „Persuadé qu'elle sortoit de
                        quelque com de la chambre, il regarda soigneusement autour de lui, mais ses
                        recherches furent inutiles; il étoit absolument seul. Je serois bien
                        curieux, dit-il tout haut, de savoir qui a parlé. Je ne serois pas étonné
                        quand ce seroit ce <hi rend="italic"> Zampari </hi>
                        <ref target="N222"/> qui se mêle toujours de la conversation de tout le
                        monde. Tes doutes vont être éclaircis, dit une autre voix qui ne surprit pas
                        moins M. Dabaud que la première. Une porte s'ouvrit aussi-tôt et il vit
                        défiler devant lui une “foule de gens vêtus de longues robes noires; leur
                        tête étoit couverte “d'un voile de la même couleur, dont “le tissu leur
                        permettoit de distinguer à travers, mais sans qu'il fût “possible
                        d'entrevoir leur figurer. <ref target="#N223"/> "Ces messieurs, ne me sont
                        pas inconnus, dit M. Dabaud, ils ont <hi rend="italic"> l'uniforme de la
                            maison </hi> . “Les gens voilés s'écrièrent l'un après l'autre en
                        défilant: <hi rend="italic"> Grands dieux </hi> ! <hi rend="italic"> c'est
                            lui </hi>
                        <ref target="#N224"/> . Vraiment, dit M. Dabaud, je me rappelle ce jeu-là!
                        j'y ai joue souvent étant au collège, sinon qu'au lieu de parler, nous
                        passions le long d'un rideau derrière lequel étoit une chandelle. </p>
                    <p> Il est vraisemblable que, même en trouvant la plaisanterie de M. Dabaud
                        très-mauvaise, les <hi rend="italic"> gens voilés </hi> ne purent se
                        dissimuler qu'elle étoit assez bien fondée, car ils se retirèrent tous sans
                        dire un seul mot. </p>
                    <p> Je crois, ajouta M. Dabaud quand il fut seul, que maintenant je puis bien
                        passer dans un autre appartement, car j'ai eu assez d'aventures dans
                        celui-ci. En disant ces mots, il s'avança vers une porte qui étoit ouverte
                        vis-à-vis de lui. </p>
                    <trailer> Fin du Tome premier. </trailer>
                </div>
            </div>
            <div type="group">
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE X </head>
                    <p> Après avoir soulevé la portière, M. Dabaud se trouva dans un appartement
                        “spacieux et fort élevé; les fenêtres gothiques en étoient hautes, et “son
                        air lugubre n'étoit pas propre “à dédommager <hi rend="italic"> M. Dabaud
                        </hi> de la “position écartée où il se trouvoit <ref target="#N225"/> . “Il
                        étoit décoré de deux grands por“traits en pied; l'un représentoit “ <hi rend="italic"> Lancelot du Lac </hi> , armé de toutes “pièces, et
                        l'autre la belle <hi rend="italic"> Géneviève </hi> , “femme <hi rend="italic"> d'Artur </hi> , roi d'Angleterre, et fondateur de la
                        table ronde.“ <ref target="N226"/> La vue de ces tableaux fit naître au
                        moins autant de réflexions à M. Dabaud, qu'elle en avoit inspiré à <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> , mais il se rappela bien vîte que ce
                        n'étoit pas uniquement pour réfléchir qu'il étoit dans la <hi rend="italic">
                            tour du Sud-ouest </hi> . </p>
                    <p> Il jeta d'abord les yeux sur les meubles qui l'entouroient, et, voyant leur
                        magnificence et l'abandon dans lequel il paroissoit qu'on les avoit laissés,
                        il ne put s'empêcher de dire en soupirant: Il est singulier que dans tous
                        les châteaux, on voie tranquillement se gâter des ameublemens qui ont coûté
                        si cher, et cela uniquement pour effrayer les pauvres diables qui, comme
                        moi, sont obligés par quelques circonstances fâcheuses à venir dans les
                        tours, <hi rend="italic"> de l'Est, de l'Ouest, du Septentrion, du Midi, du
                            Sud-ouest </hi> , du .. M. Dabaud alloit sans doute pousser encore bien
                        loin son énumération, lorsqu'il remarqua tout - d'un- coup n dans “un
                        enfoncement de forme gothique “une armoire très - ancienne et une “toilette
                        ornées de figures dorées, “noircies par l'humidité. De loin on “les auroit
                        prises pour un tombeau “surmonté d'un <hi rend="italic"> sarcophage </hi> .“
                            <ref target="#N227"/> Quand j'essayerois d'ouvrir cette armoire, dit -
                        il, ma peine seroit inutile, il faut d'abord que “le chapiteau co“rinthien
                        d'une des colonnes s'écroule “avec un fracas épouvantable“ et que la clef
                        s'offre à mes yeux dans une <hi rend="italic"> main de marbre </hi>
                        <ref target="#N228"/> ; le tout précédé d'un “ coup de tonnerre affreux qui
                        “retentisse long - temps dans l'atmosphère“ et suivi d'un n second coup “de
                        tonnerre semblable au premier.“ <ref target="#N229"/>
                    </p>
                    <p> En attendant ce prodige sur lequel il avoit bien droit de compter, M. Dabaud
                        examinoit soigneusement l'armoire; il fut distrait de cette contemplation
                        par le son d'une trompette qui paroissoit venir de la cour, où plusieurs
                        personnes avoient l'air de se parler d'une manière confuse. Bon! s'écria -t
                        - il; voilà bien autre chose maintenant! On va sans doute faire le siége de
                        ce château comme de celui <hi rend="italic"> d'Udolphe </hi> . Cette idée
                        fit sur lui une vive impression, en songeant à toutes les scènes qu'il
                        auroit à essuyer. Et si l'on m'envoie en Toscane, disoit-il en soupirant,
                        que ferai-je chez <hi rend="italic"> Marco </hi> , moi qui ne sais pas
                        dessiner! J'aurai cependant le plaisir de faire la description de dix
                        paysages différens et de voir les jeunes filles de ce pays-là qui ont, à ce
                        qu'on prétend, <hi rend="italic"> un air arcadien </hi> qui s'accorde
                        parfaitement avec leur vêtement qui est “un jupon court “d'un joli vert,
                        bordé d'un ruban blanc; “ <hi rend="italic"> item </hi> des corsets sans
                        manches rattachés aux épaules avec des fleurs ou “des noeuds de ruban; <hi rend="italic"> item </hi> des cheveux flottant en grosses boucles et
                        parsemés de fleurs; <hi rend="italic"> item </hi> un petit chapeau de paille
                        derrière la tête, qui, “mis un peu de côté, donne à tout “l'ensemble un air
                        de gaieté et de finesse“ <ref target="#N230"/> ! Sans contredit, quand on
                        joint à cela le bruit du canon, un orage superbe, l'histoire de quelques
                        assassinats étrangers au reste, la dispute de deux brigands, deux ou trois
                        levers du soleil, autant de clairs de lune, de la musique, des danses et une
                        fête champêtre, il y a bien de quoi faire un voyage de plusieurs jours. </p>
                    <p> M. Dabaud ne se lassoit point de récapituler les motifs qui devoient
                        l'engager à supporter patiemment son sort, s'il lui en arrivoit autant qu'à
                            <hi rend="italic"> Emilie </hi> ; mais, comme depuis un moment il
                        croyoit entendre un léger froissement qui l'inquiétoit, il se mit à en
                        chercher la cause. Il ne tarda pas à distinguer dans un des coins de
                        l'appartement un homme vêtu d'une courte jaquette “rayée de noir et
                        d'écarlate; il avoit “un grand manteau noir qui l'enveloppoit entièrement:
                        sous ce manteau qui fut rejeté en arrière, M. Dabaud vit plusieurs poignards
                        de “grandeur différente pendus à la cein“ture“ de l'homme qui avoit sur sa
                        tête“ une petite cape italienne ornée de “plumes noires.“ <ref target="#N231"/> Hélas! s'écria-t-il douloureusement, que va-t-il encore
                        m'arriver? Voilà un des soldats de <hi rend="italic"> Montoni </hi> , et
                        cette visite-la n'est pas d'un trop bon augure. </p>
                    <p> Sans faire attention au discours de M. Dabaud qu'il entendit ou qu'il
                        n'entendit pas, le <hi rend="italic"> Condottiéri </hi> le regarda d'un air
                        menaçant, tira un pistolet de sa poche, l'arma, fit partir le coup, et M.
                        Dabaud vit une petite clef d'or “tachée de sang“ <ref target="#N232"/> , qui
                        vint tomber à ses pieds. Lorsque la fumée de la poudre fut dissipée, il
                        chercha en vain l'homme qu'il venoit d'apercevoir; selon la coutume de
                        toutes les figures, il avoit disparu. </p>
                    <p> Million de gémissemens! s'écria M. Dabaud, si cet honnête brigand n'étoit
                        venu que pour me donner cette petite clef d'or, il auroit beaucoup mieux
                        fait de la laisser à la serrure que de m'effrayer de la sorte. -- Mais le
                        lecteur n'auroit pas été surpris, répondit uhe voix, si on avoit fait ce que
                        vous dites. -- Oh! je me tais, et vous avez raison, repartit M. Dabaud en
                        ramassant la petite clef-d'or et en se tournant du côté d'où la voix avoit
                        paru sortir. </p>
                    <p> S'avançant vers l'armoire, il posa la petite clef d'or dans la serrure. et,
                        comme il s'y étoit attendu, cette clef entra parfaitement. Il attendit le
                            <hi rend="italic"> craquement </hi> des ressorts, il les sentit céder,
                        mais il essaya en vain de tirer à lui un des battans. Sa curiosité
                        s'augmentoit encore par ces difficultés; il tournoit autour de l'armoire, et
                        l'examinoit soigneusement. Enfin, en regardant entre le panneau de derrière
                        et la cloison, il crut distinguer une apparence d'ouverture. Encouragé par
                        cette découverte, il dérangea l'armoire et s'aperçut bientôt qu'il ne
                        s'étoit pas trompé, la porte se trouvoit par derrière. Voyez, dit-il d'un
                        ton vainqueur, ce que c'est que d'avoir lu des <hi rend="italic">
                            Rattcliffaides </hi> , on dépiste adroitement une <hi rend="italic">
                            ouverture secrète </hi> , et je me vante qu'il y en a peu d'aussi bien
                        cachées que celle - ci. </p>
                    <p> “L'intérieur de l'armoire étoit orné “de figures d'or d'une assez grande
                        pro“portion, costumées à l'antique.“ <ref target="#N233"/> Le premier tiroir
                        qu'il ouvrit contenoit des poignards tachés de sang, non tachés de sang,
                        rouillés, non rouillés, de toutes les formes et de toutes les tailles. Le
                        second étoit rempli de robes de moine et de voiles de religieuses. Le
                        troisième ne renfermoit qu'une multitude innombrables de petites bouteilles
                        soigneusement étiquetées; c'étoit la collection complète de tous les poisons
                        et les soporifiques imaginables. Dans le quatrième, il y avoit des linceuls,
                        déchirés, tachés de sang, des draps mortuaires, des chaînes, des torches en
                        cire jaune et en résine, des lanternes sourdes, et tout ce qu'il faut pour
                        les apparitions. Le cinquième étoit destiné à conserver une quantité de
                        lampes, en cuivre, à l'antique, faites en urne sépulcrale etc. Chacune de
                        ces lampes avoit une vertu particulière; les unes étoient construites de
                        manière à n'éclairer qu'à demi, à ne répandre que de pâles rayons etc. les
                        autres possédoient un certain charme talismanique qui faisoit qu'au moment
                        où celui qui les portoit en avoit le plus de besoin. elles s'échappoient
                        toujours de sa main et s'éteignoient en tombant. M. Dabaud ne fit
                        qu'entr'ouvrir le sixième tiroir, parce qu'il fut effrayé d'y voir toutes
                        les pièces nécessaires pour former un squelette; ces pièces étoient à vis,
                        et, dans un instant, on pouvoit s'en servir. Dans le septième tiroir, il y
                        avoit la carte de toutes les routes écartées de l'univers, ouvrage
                        indispensable pour les enlèvemens; d'autant mieux qu'on y avoit marqué avec
                        le plus grand soin les petites maisons propres à servir de refuge; on avoit
                        joint à tout cela une provision de mouchoirs pour mettre sur la bouche des
                        patiens, enfin quelques masques et des sommes d'argent considérables
                        destinées à payer des chevaux de poste. Le huitième tiroir contenoit les
                        plans nécessaires pour bâtir un vieux château avec les portes secrètes, les
                        trappes, les escaliers dérobés, les eorridors, les salles, les colonnades,
                        les chapelles, les tours, les remparts, les terrasses, les souterrains qui
                        sont de sa dépendance. On indiquoit par un postscriptum le nom de tous les
                        fripiers d'Europe chez lesquels on pouvoit trouver un assortiment de vieux
                        meubles et de vieux tableaux; on donnoit l'adresse d'un ouvrier fameux par
                        son habileté à faire des figures en cire, et on finissoit par une longue
                        énumération de points de vue propres à être placés autour du château, quand
                        il seroit bâti. Le neuvième tiroir contenoit un livre fait en forme
                        d'almanach militaire: c'étoit la liste de toutes les troupes de brigands, de
                        moines, de contrebandiers, d'inquisiteurs de pélerins, etc. placés chacun
                        selon leur grade et leur emploi. Près de ce livre étoit un cahier de musique
                        ou l'on avoit noté avec le plus grand soin <hi rend="italic"> l'hymne de
                            Minuit, l'hymne de vépres, l'hymne des Pélerins, le Requiem, le Chant
                            des morts </hi> , etc. ete. Dans le dixième tiroir, M. Dabaud trouva un
                        grand arbre généalogique dont les noms étoient mobiles; de manière qu'avec
                        un léger travail on parvenoit en un clin- d'oeil à rendre proches parens
                        tous les héros d'un roman; ce qui devenoit très - commode, lorsqu'on
                        arrivoit à la fin du dernier volume. Le onzième tiroir étoit plus
                        considérable que les autres, et il renfermoit un manuscrit énorme où étoient
                        scrupuleusement expliquées toutes les meilleures dimensions pour creuser des
                        fosses, construire des cercueils, bâtir des cachots etc. Plusieurs planches
                        placées à la fin donnoient les dessins les plus variés des tombeaux et des
                        sarcophages dont on pouvoit avoir besoin. </p>
                    <p> Ravi d'une extase sublime à la vue de tant de merveilles M. Dabaud tomba à
                        genoux devant l'armoire et s'écria avec un élan que ne peut ni rendre ni
                        sentir celui qui n'a pas lu les romans anglais: O trésor inestimable! non,
                        toutes les richesses des deux mondes ne suffiroient pas pour vous payer! </p>
                    <p> Lorsque ce premier mouvement d'enthousiasme fut passé, M. Dabaud, remarquant
                        qu'il avoit encore un tiroir à visiter, se releva avec empressement et se
                        hâta de l'ouvrir. Le premier objet qui frappa ses regards fut une liasse de
                        papiers. C'étoit une longue histoire écrite par un malheureux prêt à mourir,
                        et dont les endroits intéressans étoient tronqués par les ravages du temps,
                        ou par des larmes, ou par toute autre raison bonne ou mauvaise, suffisante
                        néanmoins pour empêcher le lecteur d'être instruit de ce qu'il ne doit pas
                        savoir encore. M. Dabaud qui sentit que cette histoire, loin de rien
                        éclaircir, ne feroit que l'entrainer dans de nouveaux embarras, jeta le
                        manuscrit de côté en disant: Je suis bien sûr que cette relation ne vaut pas
                        celle qu' <hi rend="italic"> Adeline </hi> trouva dans la partie isolée de
                        l'abbaye de SaintClair, ou eelle que <hi rend="italic"> James Kiston </hi>
                        avoit écrite sur un <hi rend="italic"> très-petit drap du lin le plus fin
                            avec un clou </hi> trempé dans le sang qu'il s'étoit tiré du bras. <ref target="#N234"/> Ce qui me paroît le plus étonnant là - dedans, ajouta
                        M. Dabaud par un de ces mouvemens de réflexion qui l'animoient quelquefois,
                        ce n'est pas l'histoire, quoiqu'elle soit assez extraordinaire, mais c'est
                        l'adresse avec laquelle <hi rend="italic"> James Kiston </hi> a pu faire
                        tenir un récit de 66 pages sur un <hi rend="italic"> très-petit drap </hi> ,
                        les écrire avec un clou, et trouver dans ses veines assez de sang superflu
                        pour suffire à la composition de son poëme. </p>
                    <p> Comme M. Dabaud ne se livroit à ses pensées que pour lui seul, il n'étendit
                        pas davantage son discours et continua son examen. Une bourse de velours
                        frappa sa vue; s'apercevant qu'elle contenoit n quelque chose de “plus fort
                        que des pièces de mon“noie, il se mit à l'examiner. Au “fond de la bourse
                        étoit un petit “paquet; il l'ouvrit: c'étoit une petite “boîte d'ivoire au
                        fond de laquelle “étoit le portrait d'une.... dame “Il tressaillit <ref target="#N235"/> . Il le saisit avec vivacité et en contempla les traits
                        “avec une extrême attention. Il re“présentoit une femme à l'âge de “vingt -
                        deux ans. Sur cette figure “étoient empreintes les traces d'une “profonde
                        mélancolie. La dignité, le “courage et la résignation étoient “exprimés dans
                        ses regards dirigés “vers le ciel. A voir cette tête pleine “de grâce et de
                        sensibilité, on eût “jugé que celle que représentoit le “portrait avoit
                        éprouvé les chagrins “les plus déchirans <ref target="#N236"/> .“ La même
                            <ref target="#N237"/> , s'écria M. Dabaud que j'ai vue dans le grand
                        salon. </p>
                    <p> Tout en disant ces mots, il déployoit un paquet de lettres attachées
                        ensemble par un ruban sur lequel étoient brodés un U. et un G. c'étoit des
                        lettres de femme; M. Dabaud fut d'abord enchanté de l'écrifure et après en
                        avoir parcouru deux ou trois, il fut encore plus charmé du style. Celle qui
                        écrivoit paroissoit être une jeune personne qui se plaignoit à son amant de
                        la rigueur qu'on employoit contre elle. Sur le revers d'une de ces lettres
                        on voyoit ces lignes:“ <hi rend="italic"> Qui que “vous soyez, si le vice ou
                            le crime n'ont “point endurci votre ame, si l'infortune a des droits sur
                            votre coeur </hi>
                        <ref target="#N238"/> , cherchez dans le tiroir secret qui “est au - dessous
                        des autres et vous “connoîtrez mon persécuteur.“ </p>
                    <p> Quel est-il ce monstre-là, dit M. Dabaud presque en colère; il doit être
                        plus criminel que <hi rend="italic"> Montoni </hi> , que <hi rend="italic">
                            Schédoni </hi> , que <hi rend="italic"> Rasoni </hi> , que <hi rend="italic"> Mazzini </hi> , que <hi rend="italic"> d'Ollifon </hi> t,
                        que <hi rend="italic"> Perkins </hi> , que <hi rend="italic"> Ravillon </hi>
                        , que <hi rend="italic"> Montalte </hi> , que <hi rend="italic"> la Motte
                        </hi> , tout ensemble; car je donnerois sans balancer <hi rend="italic">
                            Emilie, Celestine, Eléonore, Sabina, Julia, Matilde, Adeline </hi> et
                        toutes les autres pour cette malheureuse jeune personne qui m'intéresse
                        tout-à-fait. </p>
                    <p> Le tiroir étoit déjà ouvert, mais M. Dabaud qui étoit toujours tout entier à
                        ce qu'il faisoit, n'y regarda qu'après avoir fini son discours. Qu'on juge
                        s'il dut être surpris et honteux à- la- fois, en reconnoissant sa propre
                        ressemblance. Je voudrois bien savoir, dit - il d'un ton encore troublé, qui
                        a mis mon portrait dans une armoire secrète de la <hi rend="italic"> tour du
                            Sud-ouest </hi> ? et quant à celle qui se plaint de moi, si je pouvois
                        deviner quels sont les reproches qu'elle me fait.... Il n'eut pas le temps
                        d'achever, une voix douce qui paroissoit ne pas devoir être éloignée lui
                        adressa ces mots: Vous retrouverez votre victime, et alors souvenez - vous
                        de votre promesse. </p>
                    <p> Curieux de voir celle dont l'organe flatteur produisoit une vive impression
                        sur son ame, il chercha autour de lui et n'aperçut rien du tout. “Vis - à -
                        vis de l'armoire étoit une “grande glace. Il y porta ses regards. “Toute la
                        chambre s'y répétoit, mais “l'obscurité lui permettoit à peine de
                        “distinguer les objets... Il soupira; quelqu'un soupira auprès de lui. Il
                        “frissonna, il s'imagina que ce pouvoit être“ la jeune personne qu'il
                        cherchoit, “et se convainquit bientôt “après qu'il s'étoit trompé. Il
                        entendit soupirer de nouveau. -- Certainement, dit-il, ce n'est pas un
                        “songe. Un troisième soupir se fit “entendre.“ <ref target="#N239"/>
                    </p>
                    <p> Manche de poignard! s'écria M. Dabaud impatienté en se retournant vers
                        l'armoire pour continuer ses recherches, on n'a jamais soupiré trois fois de
                        suite sans rien dire; parlez ou montrez- vous. Au même instant, il aperçut
                        dans la glace“ une figure “humaine pâle et décharnée qui le “contemploit
                        avec un affreux sourire “et qui prononça distinctement d'un “ton lugubre:“
                            <hi rend="italic"> Ne cherchez pas plus loin </hi> . <ref target="#N240"/>
                    </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XI. </head>
                    <p> M. Dabaud fut épouvanté, mais cependant bien moins qu'il ne l'avoit été
                        après avoir ouvert le rideau de la niche du salon.“Il hasarda d'élever “une
                        seconde fois la vue, l'effrayant “objet avoit disparu. Reprenant un “peu
                        courage“ <ref target="#N241"/> , quand il se vit seul, il osa réfléchir sur
                        l'apparition dont il venoit d'être témoin. Cette <hi rend="italic"> figure
                            humaine </hi> se moque de moi, dit-il au bout de quelques momens en se
                        rapprochant de l'armoire, on ne m'a pas donné cette petite clef d'or pour
                        rien, et je suis sûr que j'ai encore bien des choses intéressantes à
                        découvrir. </p>
                    <p> Il remarqua en ce moment un tiroir qui étoit plus caché que les autres, et,
                        en l'ouvrant, il trouva, d'abord un paquet enveloppé dans un sac de velours
                        noir. La couleur de l'enveloppe ne l'encourageoit pas trop à l'ouvrir, il le
                        tâta long-temps avant de se décider, cependant la curiosité l'emporta, et il
                        dénoua, d'une main un peu tremblante à la vérité, les cordons de tresse
                        d'argent qui fermoient le sac. </p>
                    <p> Il n'y avoit dedans“ qu'un morceau de ruban dont le reste paroissoit avoir
                        été arraché par force“ <ref target="#N242"/> Au bas pendoit une croix sur
                        laquelle des gouttes de sang se faisoient remarquer. M. Dabaud la
                        reconnoissant pour celle que le Chevalier de Germeuil meuil portoit encore
                        le jour de sa mort, la jeta loin de lui avec horreur. </p>
                    <p> Il trouva aussi dans le tiroir , un „petit rouleau de parchemin, qui, “bien
                        qu'un peu effacé par le temps „pouvoit encore se lire avec facilité. “Il
                        étoit écrit en français. Quelle fut “la surprise de M. Dabaud lorsqu'il “vit
                        au bas la signature du chevalier. Une foiblesse soudaîne s'empara de tous
                        ses sens. Il tomba „dans un fauteuil; <ref target="#N243"/> mais il ne tarda
                        pas à se rappeler que cet écrit n'étoit là que pour être lu, et il commença
                        à le dérouler. Quel dommage, dit - il, qu'au lieu d'une nuit, je ne ois pas
                        obligé de rester quelque temps dans la <hi rend="italic"> tour du Sud-ouest
                        </hi> . J'aurois avec ce manuscrit, de l'occupation pour quatre nuits, comme
                            <hi rend="italic"> Adeline </hi> qui mit ce temps-là à lire celui
                        qu'elle avoit trouvé au milieu d'un amas “confus de choses qui sembloient
                        être “de vieux meubles“ <ref target="#N244"/> . Cette <hi rend="italic">
                            Adeline </hi> savoit au moins tenir le lecteur en suspens, et elle étoit
                        bien plus digne de figurer dans une <hi rend="italic"> Rattcliffade </hi>
                        que cette petite innocente de <hi rend="italic"> Matilde </hi> qui lit tout
                        d'une haleine le manuscrit qu'elle trouve dans l'armoire <hi rend="italic">
                            ornée de figures dorées noircies par l'humidité </hi> . <ref target="#N245"/> Au reste voyons ce que celui-ci contient:“Dieu.... </p>
                    <p> Au moment où M. Dabaud approchoit le parchemin de ses yeux pour déchiffrer
                        un mot qui étoit un peu raturé, „il crut entendre pousser près „de lui un
                        profond gémissement ... “il tourna la tête et une figure “dont il ne pouvoit
                        distinguer exactement la forme sembla traverser „une partie obseure de la
                        chambre. <ref target="#N246"/> Ah! ah! dit - il avec étonnement, voilà une
                        figure dont on ne me donnera sans doute pas plus l'explication que de celle
                        que voit Adeen lisant le manuscrit de son père! Comme il finissoit ces mots
                        en souriant, “il aperçut indistinctement “une figure d'homme penchée
                        directement au-dessus de son épaule. La “lampe éclairoit foiblement, et la
                        terreur dont M. Dabaud fut frappé, „le rendit muet et immobile,.. “Tandis
                        qu'il étoit plongé dans cet état de stupeur, il entendit dans “la chambre,
                        un petit mouvement qui fut suivi d'un profond silence: il “leva les yeux, la
                        figure avoit disparu <ref target="N247"/> . </p>
                    <p> Par le <hi rend="italic"> visage de cadavre </hi> que découvrit le pêcheur
                            <hi rend="italic"> Marco Torma </hi> dans le sac de l'homme qui logéa
                        dans sa cabane <ref target="#N248"/> , s'écria M. Dabaud, que veulent done
                        dire toutes ces figures? il y en a toujours quelques-unes qui viennent
                        troubler ainsi ceux qui, comme moi, lisent les vieux manuscrits. Est-ce que
                        je suis destiné à avoir autant d'aventures que <hi rend="italic"> Sabina </hi>
                        <ref target="#N249"/> ? Au moins ne suis-je pas disposé à faire commé-elle
                        des voyages sans fin, uniquement pour trouver des événemens! En attendant
                        poursuivons notre lecture: </p>
                    <p> “Dieu tout-puissant! où est ô mon “dieu ton tonnerre pour écraser ceux “qui
                        dégradent ta céleste image? Mon frère! ma nièce!“je vous vois, je vous
                        “serre dans mes bras. -- Hélas! ce „ne sont que de vains fantômes. Mon
                        “imagination seroit-elle d'accord avec „mes bourreaux pour me persécuter?
                            <ref target="#N250"/> “Mon frère! puisses-tu jouir plus long-temps que
                        moi d'une exisence dont la faux terrible de la mort vient briser tous les
                        liens pour ton frère malheureux! ... puisses - tu donner des larmes à ma
                        mémoire et venir quelquefois visiter les lieux tristes où je rendis le
                        dernier soupir! ... </p>
                    <p> M. Dabaud entendit un nouveau mouvement, et il vit une nouvelle figure pâle
                        et décharnée qui traversoit à pas lents le fond de la chambre. Celle-ci
                        n'avoit ni le linceul ensanglanté ni rien du costume ordinaire, mais elle
                        étoit couverte d'une longue robe de palais, et sa tête étoit chargée d'une
                        énorme perruque dont les cheveux noirs comme l'ébène, hérissés et sans
                        poudre donnoient encore à son visage livide et jaune un aspeet plus
                        effrayant. Elle s'avança vers, une “large alcove au fond de laquelle
                        s'élevoit , un lit dont la forme et les “colonnes dorées annonçoient en même
                        „temps la richesse et la vétusté <ref target="#N251"/> ; elle en souleva les
                        rideaux qu'elle attacha avec des bandelettes de crêpe. M. Dabaud ne douta
                        pas que ce ne fût l'ombre du président; il alloit poser le papier et
                        s'enfuir, lorsque le fantôme lui fit agréablement signe de rester et de
                        continuer: il s'abyma en même temps dans le plancher au pied du lit, “en
                        laissant après lui une „odeur forte et une fumée épaisse <ref target="#N252"/> . </p>
                    <p> Presque aussi effrayé par cette apparition que par l'objet qu'il avoit vu
                        dans la niche du salon, M. Dabaud essaya cependant de se remettre et
                        poursuivit sa lecture. </p>
                    <p> “Ursule! fille d'un frère chéri, tu n'es encore qu'un enfant ... mais l'âge
                        du bonheur viendra aussi pour toi.... puissent tes beaux jours n'être
                        troublés par aucun orage ... puisse une voix bienfaisante te parler
                        quelquefois d'un oncle qui veillera sur son Ursule du séjour où son ame va
                        s'envoler ..., Oui, chère enfant, oui, si le bras terrible de l'infortune
                        s'appesantissoit jamais sur toi, je pardonnerois à mon meurtrier même, si
                        c'étoit lui qui te rendoit ta félicité, si c'étoit lui qui te tendoit une
                        main secourable pour te retirer du précipice ... mais malheur à celui qui te
                        dépouilleroit de ton héritage, malheur à celui qui aggraveroit pour toi les
                        coups du sort, mon ombre vengeresse le poursuivroit jusqu'aux enfers. </p>
                    <p> M. Dabaud ne put s'empêcher de réfléchir un peu sur ce dernier paragraphe.
                        Comme il étoit plongé dans sa méditation, il entendit encore un dérangement
                        dans la chambre, et, portant ses yeux vers le lit, il apereut une jeune
                        personne qui „ à la blancheur d'une peau satinée, joignoit “cette coupe de
                        figure enchanteresse “dont le pinceau de Raphaël a embelli l'image des
                        créatures célestes, „Ses beaux cheveux bouclés par la “nature, ses yeux
                        bleus où se peignoit la douce sensibilité de son “ame, ses grandes paupières
                        qu'abaissoient timidement la candeur et la modestie, son front découvert qui
                        servoit de trône à la candeur, enfin son sourire angélique en faisoient “une
                        de ces beautés idéales jusqu'à “ce jour et que les esprits exaltés „ont
                        placées dans les régions imaginaires <ref target="#N253"/> . Son corsage
                        avoit la lé„géreté aérienne des nymphes. Quand „elle sourioit, elle eût pu
                        servir de “modèle pour peindre la jeune soeur d'Hébé <ref target="#N254"/> .
                        M. Dabaud, la vit se “lever d'un petit autel où elle venoit „de faire sa
                        prière; la ferveur de la “dévotion étoit peinte dans ses traits “lorsqu'elle
                        leva les yeux et les porta “au ciel avec une expression pathé“tique. Ses
                        beaux cheveux étoient “négligemment serrés dans un réseau “de soie, et
                        plusieurs tresses qui s'étoient échappées, venoient tomber “sur son cou et
                        autour de son-vi „sage, qu'un voile ne couvroit point “alors; la draperie
                        légère de ses ha„bits, son air, son attitude la rendoit telle qu'on nous
                        représente les “nymphes de la Grèce <ref target="#N255"/> . </p>
                    <p> Reconnoissant la figure du portrait, ne doutant pas que ce ne fût celle dont
                        la voix l'avoit charmé, M. Dabaud se leva et voulut aller vers elle. A peine
                        eut - il fait un pas, qu'il la vit s'enfoncer doucement dans le parquet. A
                        mesure qu'elle disparoissoit une autre figure sortoit de terre, et fait
                        abymée dans l'ouverture, le fanlorsque la jeune femme se fut tout - àtôme se
                        trouva de même tout - à - fait hors du plancher. Vraiment, dit M. Dabaud en
                        riant sous cape, je n'avois pas encore vu de <hi rend="italic"> figures
                        </hi> jouer à ce jeu-là! .. S'il s'étoit abandonné à la gaieté pour un
                        instant, il ne tarda pas à éprouver un mouvement de frayeur inexprimable,
                        lorsque, pour la quatrième fois, il reconnut qu'il avoit devant lui l'ombre
                        du chevalier de Germeuil. Ce terrible spectre toujours acharné à le
                        persécuter le regarda avec une expression sombre et lui dit avec un sourire
                        amer et sardonique: „Souviens - toi du rempart „des capucins de Poitiers! Ah
                        grand dieu, s'écria M. Dabaud en retombant sur son fauteuil presque sans
                        connoissance, voilà que le chapitre finit!.. <ref target="#N256"/>
                    </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XII. </head>
                    <p> L'ombre fit trois fois le tour du lit, poussa trois soupirs et trois
                        gémissemens, leva trois fois les mains vers le ciel, se promena trois fois
                        du septentrion au midi, et sortit de la chambre par la porte qui donnoit
                        dans la salle des portraits, en poussant de longues plaintes qui se
                        répétèrent dans tout le château. </p>
                    <p> En fixant le pan de muraille que le dérangement de l'armoire avoit mis à
                        découvert, M. Dabaud remarqua une petite bibliothèque où il y avoit encore
                        quelques livres épars sur des ayons et si couverts de moisissure “que les
                        titres inscrits sur le dos des “volumes étoient à peine lisibles. <ref target="#N257"/> Ayant remarqué l'Arioste sur une ta-il blette. Ah!
                        s'écria-t-il, si <hi rend="italic"> Emilie </hi> étoitd ici, comme elle
                        seroit contente! , Il“voulut enlever ce volume, mais il “étoit tellement
                        collé contre le panneau du lambris qu'après quelquesl “efforts, le panneau
                        vint avec le li-d “vre et découvrit une petite porteu “qui sembloit avoir
                        été clouée à dessein d'en défendre l'ouverture“ <ref target="#N258"/>
                        Diable, dit M. Dabaud, si pareille aventure n'étoit pas arrivée à <hi rend="italic"> Sabina </hi> dans le château de <hi rend="italic">
                            Montnoir </hi> , je ne saurois qu'en croire; mais au moins je voudrois
                        bien que quelqu'un me dît avec quelle colle ces livres sont si bien attachés
                        qu'ils enlèvent des pans de boiserie plutôt que de céder; tail est vrai
                        qu'il le faut bien pour qu'on oitécouvre la porte qui est cachée derrière. </p>
                    <p> Tout en disant ces mots, M. Dabaud s'occupoit des moyens d'ouvrir l'armoire,
                        et, se rappelant d'avoir vu li-dans la cheminée de la grande salle une paire
                        de pincettes, il courut la chercher, “ l'enfonça dans une fente „attenante à
                        la fermeture de la porte, „et, au moyen de deux ou trois sac„cades données
                        de toute sa force, „les cloux sautèrent et la petite porte „fut ouverte. Le
                        premier objet qu'il „tira de cette cachette fut <hi rend="italic"> une
                            ordonnance des manoeuvres </hi> ; il voulut en ouvrir les feuillets,
                        mais ils „étoient fortement collés ensemble „par une substance gluineuse
                        dont “la reliûre étoit aussi imprégnée. Le “second article fut <hi rend="italic"> une paire de gants “blanes </hi> tachés de la même
                        substance; “en troisième lieu, il tira, <hi rend="italic"> une épée </hi>
                        “dont la lame étoit rouillée, et la “poignée de très - belle agate incrustée
                        dans de l'or. <ref target="#N259"/> Il la considéra un moment, et, autant
                        que sa mémoire put lui en retracer le souvenir, il crut la reconnoître pour
                        celle dont le chevalier de Germeuil s'étoit servi en se défendant contre
                        lui. Il la remit à sa place avec effroi, referma la petite armoire avec
                        précipitation et s'écria tristement: Hélas, si je n'avois pas été trop
                        curieux, je n'aurois pas trouvé cette épée et l'objet horrible qui est dans
                        la niche du salon. </p>
                    <p> “En se promenant dans la chambre, „ses yeux se fixèrent machinalement „sur
                        le portrait de <hi rend="italic"> Lancelot </hi> . Une „petite trace verte
                        qu'il vit sur la „bordure dorée qui lui servoit d'encadrement la lui fit
                        observer avec plus “d'attention. Il s'aperçut alors que sa„dans trois
                        endroits de ce adre, se „trouvoit une charnière en cuivre doré „et ouvragé
                        comme la bordure... Après de longues perquisitions, il „trouva enfin une vis
                        au milieu d'une „petite rosace en cuivre; il essaya de „la tourner avec une
                        pièce de mon„noie; elle céda bientôt à ses efforts, la rosace entière se
                        détacha, le tableau roula sur ses gonds et laissa “voir une petite porte
                        fermée par deux “verroux." <ref target="#N260"/> C'est bon, dit M. Dabaud en
                        refermant le tableau, voilà tout ce que j'en veux savoir; si je m'avisois
                        d'ouvrir ces verroux je trouverois un <hi rend="italic"> escalier pratiqué
                            dans l'é-e paisseur de la muraille, </hi> puis <hi rend="italic"> une
                            porte de fer inutile </hi> , puis <hi rend="italic"> une porte preille à
                            la précédente </hi> , puis un <hi rend="italic"> long souterrain </hi>
                        encore inutile, malgré <hi rend="italic"> sa porte garnie d'énormes barres
                            de fer fixées par trois cadenats </hi> , puis encore un souterrain, et
                        pour le coup, celui - là n'est pas inutile, car il renferme une machine dont
                        aucun mécanioien n'a-u voit encore eu l'idée. En quittant cette machine
                        énorme qui est sans contredit fort importante, car elle fait ouvrir une
                        armoire et mouvoir deux fantoccini en cire, je me trouverois encore dans un
                        troisième souterrain; j'y ferois deux ou trois tout qui ne me conduiroient à
                        rien, et je reviendrois auprès de l'escalier; là je dérangerois quelques
                        pierres, je passerois par une <hi rend="italic"> excavation étroite </hi> au
                        bout de laquelle seroit <hi rend="italic"> une grille fermée par deu verroux
                        </hi> et j'arriverois dans <hi rend="italic"> un petit caveau creusé dans un
                            tuf très-in, dont les parois seroient blanes et recouverts ld'une
                            efflorescence semblable à du salpêtre </hi> . J'y trouverois <hi rend="italic"> un cadavre desséché qui auroit conservé toures ses formes
                        </hi> , il seroit <hi rend="italic"> nu, assis et attaché à un rocher par
                            une ceinture et un collier de fer </hi> , et, à la fin de l'histoire, il
                        se trouveroit le bisaïeul d'un des personnages. <ref target="#N261"/> Comme
                        je n'ai pas besoin de son <hi rend="italic"> manuscrit sanglant </hi> pour
                        grossir mon volume, j'aime beaucoup mieux rester ici et ne pas faire une
                        promenade nocturne qui ne me serviroit pas plus qu'elle ne sert à <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> . En finissant ces mots, M. Dabaud se
                        retourna vers l'intérieur de la chambre et s'avança vers le lit. “Il avoit
                        été autrefois très-riche et très-élégant, mais il tomboit presque en
                        “lambeaux. Le dais pesant et élevé “qui le surmontoit sembloit prêt à
                        “s'abattre à chaque instant sous le “poids des années. La garniture, autant
                        qu'on en pouvoit juger, étoitsi “de velours jadis cramoisi, et les rideaux
                        entièrement élimés, étoient “rongés en plusieurs endroits par les “vers <ref target="#N262"/> . Ils venoient jusqu'en bas “en façon de tente et ils
                        étoient restés à demi tirés comme on les avoit “laissés sans doute vingt ans
                        auparavant. On avoit jeté sur le lit un “grand drap de velours noir qui le
                        “couvroit tout entier, et tomboit jusqu'à terre“ <ref target="#N263"/> . </p>
                    <p> On voyoit encore près de là, sur une petite table, un crucifix d'argent qui
                        devoit avoir été présenté au blessé dans ses derniers momens. Aux pieds du
                        crucifix étoit un livre de prières ouvert à l'endroit de la recommandaode
                        l'ame des agonisans. Un coussin de damas vert sur lequel s'étoit agenouillé
                        le ministre qui avoit récité les prières, étoit resté au pied de la table,
                        et on distinguoit encore bien clairement l'empreinte de ses genoux. </p>
                    <p> Il paroissoit que rien n'avoit été dérangé depuis la mort du Chevalier, et
                        que M. Dabaud étoit le seul être vivant qui eût pénétré dans la solitude de
                        ces appartemens abandonnés. </p>
                    <p> “Pendant que ses regards erroient “sur la couverture du lit, il crut y
                        “apercevoir un mouvement“ <ref target="#N264"/> . Hélas, dit-il, si <hi rend="italic"> Dorothée </hi> étoit ici, je lui prendrois bien le bras
                        sans parler comme <hi rend="italic"> Emilie </hi> , car j'ai aussi grand
                        peur qu'elle... Mais bon!“ c'est le vent “qui souffle, j'ai laissé toutes
                        les portes ouvertes.... A peine eut-il “ahevé ces mots que le manteau
                        “s'agita plus violemment. Honteux de “sa terreur il se rapproche du lit; il
                        “veut s'assurer que le vent seul avoit “causé sa crainte: il regarde entre
                        “les rideaux! la couverture s'agite en-i “core, s'écarte, et laisse
                        voir.....“ <ref target="N265"/> Au moment où M. Dabauid alloit distinguer
                        l'objet qui causoit sa frayeur, il sentit sur sa main un froid glacial et
                        une légère pression. Empressé de savoir ce qui lui causoit une surprise si
                        subite, il baissa les yeux et aperçut un bras long, jaune, sec et décharné
                        qui sortoit de dessous la couverture et s'avançoit pour le saisir.... “Il
                        “s'arrêta interdit, épouvanté et resta immobile comme une statue. Sa
                        respiration devint courte et entrecoupée, une sueur froide couloit sur son
                        front, toutes ses facultés sembloient suspendues“ <ref target="#N266"/> .
                        Par la <hi rend="italic"> statue de Saint Roch </hi> et <hi rend="italic">
                            l'épitaphe de pierre grise </hi> qui étoit au <hi rend="italic">
                            septième pilier </hi>
                        <ref target="#N267"/> , s'écria-t-il en faisant un saut au milieu de la
                        chambre, c'est encore pire que ce que vit <hi rend="italic"> Emilie </hi> ,
                        et je crois bonnement que j'ai été plus épouvanté qu'après avoir levé le
                        rideau de la niche du salon, quoique cependant l'objet que j'y ai découvert
                        fût terriblement effroyable. </p>
                    <p> M. Dabaud parloit encore lorsqu'il entendit assez près de lui les sons
                        harmonieux d'une mandoline maniée par une main savante qui en faisoit
                        résonner les cordes avec un accent triste et mélancolique. Après avoir
                        préludé quelques momens. avec un goût “exquis et qui prouvoit un talent
                        consommé“ <ref target="#N268"/> , une voix mélodieuse vint se mêler à
                        l'instrument, et chanta avec une expression touchante et sublime blime un
                        air langoureux qui tira des larmes des yeux de M. Dabaud, quoique cependant
                        ce ne fût pas <hi rend="italic"> l'hymne de minuit </hi> . </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XIII. </head>
                    <p> On chanta trois couplets “dont le “dernier fut suivi de la répétition “d'une
                        partie de l'air embelli de toutes les richesses d'une admirable exécution,
                        après quoi succéda le silence <ref target="#N269"/> . Il est singulier,“ dit
                        M. Dabaud “d'entendre de la musique pendant la nuit dans un château où
                        depuis tant d'années on “n'a rien entendu qui ressemble à de “l'harmonie!“
                            <ref target="#N270"/> Mais, ajouta-t-il au bout de quelques momens, si
                        cette chanteuse étoit une diablesse comme cette <hi rend="italic"> Matilde
                        </hi> qui joue de la harpe dans la cellule du révérend père prieur des
                        Dominicains de Madrid <ref target="#N271"/> , ou une religieuse qui court
                        les champs, comme la <hi rend="italic"> Signora Laurentini </hi>
                        <ref target="#N272"/> , je serois aussi fâché de l'avoir écoutée, que la <hi rend="italic"> marquise de Mazzini </hi> le fut en entendant le luth et
                        la voix de <hi rend="italic"> Julia </hi> qui avoient amené à ses pieds <hi rend="italic"> Hyppolite, comte de si-Vereza </hi> : tandis que “le
                        soleil envidit ronné de nuages d'or se plongeoit dans la mer profonde, dont
                        la sur“face polie répétoit tous les feux de “l'astre du jour qui terminoit
                        sa carrière, et qu'un vaste rideau de pourpre enveloppoit une partie de
                        l'horizon“ <ref target="N273"/> . </p>
                    <p> Telles étoient les réflexions de M. Dabaud.“ Elles furent interrompues par
                        “un murmure plaintif qui paroissoit “partir de quelque endroit peu éloigné.
                        Il prêta l'oreille et n'entendit “plus rien. Après quelques minutes, “le
                        même murmure recommença. Ce “bruit ressembloit au gémissement “foible et
                        prolongé d'un être souffrant“ <ref target="#N274"/> . Qui êtes-vous? dit M.
                        Dabaud qui n'aimoit pas à rester en suspens. Suis-je auprès de la <hi rend="italic"> chambre des tortures </hi>
                        <ref target="#N275"/> , ou bien êtes - vous cette <hi rend="italic">
                            Marianne </hi> qui avoit <hi rend="italic"> un bras aussi blanc que le
                            plus bel albâtre </hi> , et qui venoit pleurer sur les marches de la
                        fontaine de Bologne, tandis que <hi rend="italic"> l'horloge de
                            Sainte-Pétronille </hi> sonnoit onze heures du soir? <ref target="#N276"/> Je vous dirai que vous auriez beaucoup mieux fait de rester à pleurer
                        dans votre chambre puisque vous ne veniez là que pour chercher <hi rend="italic"> Hubert de Sévrac </hi> , et le conduire à une grande
                        aventure où l'on auroit un peu besoin du peloton de fil d'Ariadne. Etes-vous
                            <hi rend="italic"> Louisa Bernini </hi> , première femme du <hi rend="italic"> marquis de Mazzini </hi> , qui faisiez entendre <hi rend="italic"> distinctement des gémissemens plaintifs et prolongés
                        </hi> ? <ref target="#N277"/> Je vous dirai que vous auriez beaucoup mieux
                        fait de vous sauver quinze ans plutôt par cette même caverne où vous vous
                        échappates avec <hi rend="italic"> Julia </hi> et <hi rend="italic">
                            Hyppolite </hi> . puisqu'il étoit si facile au premier venu d'entrer
                        dans votre cachot. Il est vrai que si vous aviez pris ce parti-là, vous
                        n'auriez pas servi à effrayer <hi rend="italic"> Ferdinand </hi> , ses
                        soeurs, douze ou quinze domestiques et peut-être deux ou trois mille
                        lecteurs. </p>
                    <p> Quoique M. Dabaud eût l'air de ne pas mettre beaucoup d'intérêt à la
                        découverte de l'objet qui gémissoit de la sorte, il ne cherchoit pas moins
                        avec empressement les moyens de dissiper son incertitude. Déjà depuis
                        quelques momens il promenoit ses regards autour de la salle, lorsque trois
                        accords vigoureusement frappés sur la mandoline, à une petite distance l'un
                        de l'autre, attirèrent son attention. Il lui sembla qu'ils partoient d'un
                        des coins de l'appartement; il s'avança et vit “à la gauche du lit une porte
                        artistement faite et qu'il étoit d'autant plus difficile de remarquer,
                        qu'elle étoit cachée par la tapisserie „ <ref target="#N278"/> . Cette porte
                        étoit entr'ouverte: M. Dabaud avoit bien envie de la pousser tout-à-fait et
                        de savoir ce que contenoit ce nouvel appartement, mais la crainte de
                        rencontrer quelque objet de terreur le retenoit encore. Par la petite tour
                        d'Eléonore qui “s'élevoit de l'un des angles du bâtiment et paroissoit comme
                        suspendue sur les vastes précipices d'une “montagne de granit“ <ref target="#N279"/> , s'écria-t-il enfin, serois - je donc “ agité par une
                        timidité bien naturelle à mon sexe,“ comme <hi rend="italic"> Célestine,
                            Léonora et la Baronne </hi> devant <hi rend="italic"> le Tombeau de la
                            biche </hi> ! <ref target="#N280"/> Non, non, entrons avec le même
                        courage qu'avoit <hi rend="italic"> Don Carlos </hi> , lorsqu'avec <hi rend="italic"> Dupré </hi> il vint à bout de mettre en déroute toute la
                        sainte Inquisition de Madrid, <ref target="N281"/> ce qui n'est pas mal pour
                        deux hommes, dont un à la vérité, étoit le fils de Philippe Il, roi
                        d'Espagne. </p>
                    <p> En ce moment on recommença à chanter à demi - voix, mais d'une manière si
                        douce et si foible qu'il falloit être bien près pour distinguer les sons
                        charmans qui agitoient tendrement l'air. Transporté de plaisir, M. Dabaud
                        “écoutoit sans oser faire un mouvevement, et respiroit à peine dans “la
                        crainte de perdre un son de ce “chant sublime“ <ref target="#N282"/> . Ne
                        pouvant enfin se contenir davantage, oubliant qu'il alloit peut-être
                        chercher lui-même un spectacle aussi effrayant que celui de la niche du
                        salon, il poussa la porte et se trouva dans un petit cabinet entouré de
                        tableaux et de gravures. Auprès d'une des fenêtres, qui étoient fermées par
                        des volets de bois d'ébène, on voyoit un chevalet sur lequel étoit <hi rend="italic"> un dessin représentant une danseuse </hi> , ah! dit M.
                        Dabaud, ce desin ressemble bien à celui dont la “main d'Eléonore avoit tracé
                        les lignes. C'est une copie d'après des “bas - reliefs trouvés à Herculanum,
                        “et, quoique ce soit une copie, on “y retrouve les traits hardis d'un génie
                        original“ <ref target="#N283"/> . Cette figure <hi rend="italic"> avec ses
                            jolis accessoires </hi> , ajouta M. Dabaud est le portrait de la <hi rend="italic"> signora Herminie </hi> , dame de Venise, dont Emilie, qui
                        dessinoit quand elle n'avoit pas d'aventures à essuyer, fit un <hi rend="italic"> dessin agréable </hi> . Voilà bien son voile qui “retombe
                        négligemment par derrière, “son luth qu'elle tient avec grâce; voilà bien“
                        les fleurs et le feuillage “placés dans de grandes caisses pournombrager les
                        jalousies, qui forment “un dôme au-dessus d'elle“ <ref target="#N284"/> .
                        Cetter signora me plaisoit tout - à - fait, et-j'ai vivement regretté
                        qu'elle ne parûtt qu'une seule fois: pour chanter un air dont on auroit pu
                        se passer, sans que, pour cela, le château d'Udolphe cessât d'être <hi rend="italic"> isolé, vaste et massif, et le de dominer toute la contrée
                        </hi> . </p>
                    <p> M. Dabaud cherchoit celle qui avoit chanté; mais il remarqua dans un coin un
                        secrétaire dont les pieds étoient sculptés en pieds de griffon. Quelques
                        ornemens de cuivre doré sur lesquels on voyoit des taches de verd de gris,
                        se faisoient distinguer sur le <hi rend="italic"> noir mélèse </hi> dont ce
                        meuble étoit composé. La table recouverte d'un maroquin noir étoit chargée
                        d'une écritoire faite en vase antique, d'un canif, d'une règle, de quatre
                        plumes et de papiers épars parmi lesquels il y en avoit de tachés d'encre. </p>
                    <p> Ce n'étoit rien de tout cela qui occupoit M. Dabaud; il examina ceependant
                        encore un petit oratoire dans et lequel une seule personne pouvoit se mettre
                        à genoux. A la rigueur on se itseroit arrangé deux, mais on auroit nété un
                        peu gênés. Vingt-deux images entourées de cadres noirs formoient la
                        chapelle; au bas étoit un appui garni en velours cramoisi attaché avec
                        trente - quatre clous dorés, dont sept avoient la tête cassée. Trois livres
                        de rières de différentes grandeurs étoient ouverts à la page O de l'office
                        des morts. On avoit placé sur le tapis travaillé en fleurs et en personnages
                        un riche coussin de velours vert qui étoit destiné à se mettre à genoux. </p>
                    <p> Robe de moine! s'écria M. Dabaud tout-à-fait en colère contre lui-même, ne
                        voilà - t-il pas que le mauvais exemple m'emporte! Je viens ici pour y
                        chercher quelque chose qui m'intéresse beaucoup, et je commence, commeil
                        tous les autres, par faire une description qui a l'air d'un inventaire ou
                        d'und procès-verbal. </p>
                    <p> En disant ces mots il se tourna enfin vers une fenêtre qui étoit en face de
                        la porte par laquelle il étoit entré et il aperçut une femme assise.“Elle
                        tenoit encore son luth, mais n'en tiroit plus de sons et paroissoit
                        insensible à tout ce qui l'entouroit “ <ref target="#N285"/> . Elle étoit
                        vêtue comme celle du portrait, comme celle que M. Dabaud avoit aperçue;
                        seulement un long voile blanc tomboit jusque sur son sein. Oui, dit M.
                        Dabaud en lui - même, voilà bien “sa robe flottante, sa taille svelte; “sa
                        beauté est adoucie, mais non entièrement voilée par l'étoffe transparente
                        qui couvre son visage“ <ref target="#N286"/> , il ne me reste plus qu'à lui
                        parler. Tout en cherchant à ranimer sa hardiesse, M. Dabaud considéroit le
                        luth de la musicienne; “il étoit espagnol et “d'une grandeur remarquable“
                            <ref target="#N287"/> . Voilà, dit-il, où j'aurois dû porter d'abord mes
                        regards, sans m'occuper de tant de choses qui m'étoient indifférentes. </p>
                    <p> Quoique cette remarque fût peut-être très - juste, elle ne servoit en rien à
                        diminuer l'embarras de M. Dabaud, et il ne savoit comment s'y prendre pour
                        aborder la jeune personne qu'il croyoit reconnoître et qui étoit toujours
                        immobile. S'il pouvoit m'arriver tout - d'un - coup, disoit - il, une de ces
                        aventures merveilleuses qui font faire si vîte connoissance, je ne me
                        plaindrois pas de celle - là; fût- ce même ce qui arrive à <hi rend="italic"> d'Orméville </hi> avec <hi rend="italic"> Célestine </hi> dans les
                        ruines de Tivoli <ref target="#N288"/> , ou à <hi rend="italic"> Valancour
                        </hi> dans les Pyrénées <ref target="#N289"/> , ou à <hi rend="italic">
                            Sinclair </hi> près du château de <hi rend="italic"> Montnoir </hi>
                        <ref target="#N290"/> ; tous trois en sont quittes pour une bonne blessure,
                        mais au moins ils entrent dans la maison de leur belle sans avoir la peine
                        de se faire présenter, ce qui est bien plus commode. </p>
                    <p> Je voudrois au surplus, ajouta-t-il, que quelqu'un me dît de quelle manière
                        il faut parler à ceux que l'on rencontre dans la tour <hi rend="italic"> du
                            Sud-ouest. </hi> Je ne sais pas quel titre on doit donner à un revenant,
                        et aucun roman anglais ne me fournit de règle à ce sujet..... M. Dabaud
                        tenoit sa main sur son front et paroissoit réfléchir profondément. Si la
                        dame qui étoit devant lui avoit eu les nerfs aussi sensibles que beaucoup
                        des dames qui ne sont pas dans la tour du <hi rend="italic"> Sud-ouest </hi>
                        , elle auroit été effrayée du mouvement brusque que lui causa la joie
                        d'avoir trouvé ce qu'il cherchoit. Par la petite croix d'or du grand
                        Inquisiteur de Madrid, qui brisa en mille morceaux le miroir d'acier
                        constellé que <hi rend="italic"> Matilde </hi> avoit donné à <hi rend="italic"> Ambrosio </hi>
                        <ref target="N291"/> ,s'écria-t-il dans son transport; ai-je donc oublié que
                        j'ai mon discours tout fait, et qu'il ne me reste plus qu'à le prononcer. </p>
                    <p> Pour lors, prenant son chapeau dans sa main, il s'avança vers la dame, et,
                        quand il fut auprès d'elle, il la salua profondément: puis il lui adressa
                        ces paroles d'une voix encore un peu en-tremblante: </p>
                    <p> „Agnès, Agnès (ou tout autre nom que tu puisses avoir)„tu es à moi; „Je suis
                        à toi pour la vie. “Tant qu'une goutte de sang restera dans mes „veines,
                        „Mon coeur, mon ame, tout mon être est à toi <ref target="#N292"/>
                    </p>
                    <p> A peine achevoit-il sa harangue, qu'il entendit un bruit horrible. Le luth
                        tomba sur le parquet et se brisa en mille pièces, les habits de la jeune
                        femme disparurent en lambeaux, son voile s'enleva brusquement, et M. Dabaud
                        aperçut un squelette entièrement décharné qui conservoit cependant encore
                        ses yeux dont“ les deux prunelles fixées obstinément sur lui “étoient
                        creuses et sans couleur <ref target="#N293"/> . </p>
                    <p> “Immobile, pâle, presque privé de “sentiment, l'infortuné M. Dabaud “n'avoit
                        même pas la force de fer“mer les yeux pour se dérober au “spectacle qui le
                        tourmentoit. Il res“toit au milieu du cabinet, tous ses “membres couverts
                        d'une sueur froide “étoient agités par un tremblement “qu'il ne pouvoit
                        vaincre <ref target="#N294"/> . Le ter“rible spectre le regarda pendant
                        “quelques minutes en silence; quel“que chose de pétrifiant étoit dans “son
                        regard“ <ref target="#N295"/> . A la fin, M. Dabaud entendit une voix
                        sépulcrale prononcer ces mots: </p>
                    <p> “Dabaud, Dabaud, tu es à moi! „Je suis à toi pour la vie. „Tant qu'une
                        goutte de sang restera dans tes veines, Ton coeur, ton ame, tout ton être
                        est à moi. </p>
                    <p> Le spectre <hi rend="italic"> répétoit les propres expressions </hi> de M.
                        Dabaud <ref target="N296"/> . Tout-à-coup il se leva de dessus sa chaise et
                        s'élança vers M. Dabaud en lui tendant les bras.“ Toutes les facultés
                        physiques du malheureux avoient été jusqu'à ce moment suspendues, son “ame
                        seule étoit vivante. Les yeux du spectre avoient sans doute la “même vertu
                        que ceux du serpent à sonnettes, car M. Daband s'étoit en vain efforcé d'en
                        détourner ses regards <ref target="#N297"/> . Cependant, à ce nouveau
                        surcroît de terreur, “son sang recommença à circuler,“ il s'élança hors du
                        cabinet en criant: Non, tu ne “saisiras pas ma main de tes doigts “glacés,
                        et, de tes lèvres plus glacées “encore, tu ne presseras pas les miennes “
                            <ref target="#N298"/> . Rayon de lampe! ajouta-t-il quand il se vit seul
                        dans un autrep appartement, je mourois de peur que ce fantôme ne me traitât
                        comme la <hi rend="italic"> Nonne sanglante </hi> traitoit ce pauvre <hi rend="italic"> Raymond </hi> : mais cependant, quoiqu'il a fût bien
                        laid, il n'étoit pas encore sia horrible que ce que j'ai vu dans la niche du
                        salon. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XIV. </head>
                    <p> Revenu de sa première frayeur, M. Dabaud fut fort étonné de voir que,
                        quoiqu'il eût pris pour sortir la même porte par laquelle il étoit entré, il
                        ne se trouvoit plus dans la chambre du la chevalier de Germeuil; mais au
                        contraire dans un endroit où il n'étoit jamais venu. C'est singulier, dit-il
                        avec étonnement; dans ces vieux châteaux on a si bien l'art de cacher les
                        ouvertures que me voilà arrivé dans un appartement, en passant par la porte
                        qui donnoit dans un autre; car assurément il n'y avoit dans le petit cabinet
                        d'autre issue que celle par où j'y ai pénétré d'abord. </p>
                    <p> Tout en disant ces mots, il cherchoit à éclaircir un mystère si singulier;
                        qu'on juge si sa surprise redoubla lorsqu'après avoir fait dix fois le tour
                        de la chambre, il s'aperçut qu'il n'y avoit aucune espèce de porte ni de
                        fenêtre.“Il visita tous les coins “examina scrupuleusement les cloisons “et
                        les parquets, rien ne lui donna “lieu de soupçonner qu'il y eût d'ou“verture
                        cachée. La plus grande sim“plicité régnoit par - tout, on avoit “évité de
                        placer dans l'ameublement “la moindre corniche, le moindre ornement qui pût
                        masquer une issue; “tout étoit absolument uni, tout étoit “d'une blancheur
                        éblouissante, sur la“quelle on auroit pu aisément dis“tinguer la fente la
                        plus légère et la “plus artistement ménagée“ <ref target="#N299"/> . </p>
                    <p> M. Dabaud ne pouvoit en croire ses yeux. Eh! par où suis - je entré,
                        s'écrioit-il d'une voix qui devenoit plus foible à chaque tour de chambre
                        qu'il faisoit. J'ai beau, comme <hi rend="italic"> Ferdinand </hi> ,
                        “frapper de tous côtés, mais particulièrement dans la partie méridionale,“
                        je ne rencontre point“ de “surface qui rende un son moins “absorbé que celui
                        d'une muraille“ <ref target="#N300"/> . S'il y a une porte ici, elle est
                        tout aussi bien cachée que celles qui étoient pratiquées , dans les cellules
                        des prisonniers de l'Inquisition et par lesquelles,, les ministres de mort
                        pouvoient se rendre auprès de leurs victimes sans être aperçus, <ref target="#N301"/> ainsi que <hi rend="italic"> Zampari </hi> se rendit
                        auprès de <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> pour lui montrer un poignard sur
                        lequel il y avoit encore des gouttes de sang quoiqu'on ne s'en fût pas servi
                        depuis l'année 1a. </p>
                    <p> Hélas, ajoutoit-il dolemment, mes voilà donc condamné à mourir de faim,
                        ainsi que ce malheureux <hi rend="italic"> James Kiston </hi> , quoique je
                        n'aye pas eu comme lui la bêtise de me fier au <hi rend="italic"> Lord
                            Chatam </hi> , qui étoit sans doute un bien mau-il vais comédien <ref target="#N302"/> ; ou comme cette pauvre <hi rend="italic"> Agnès </hi>
                        dans les caveaux de d l'abbaye de Sainte-Claire, quoique je n'aye pas mis de
                        lettre d'amour sous le pied de la statue de Saint Dominique, quoique mon
                        fils me soit venu en tout bien et en tout honneur, quoique je ne l'aye pas
                        gardé pendant deux mois mois dans mes bras, mort et enveloppé de linges,
                        enfin devenu <hi rend="italic"> une masse informe et dégoutante </hi> ,
                        ainsi que le dit Agnès elle-même en contant son histoire, selon l'usage <ref target="#N303"/> . </p>
                    <p> Comme il continuoit toujours ses lamentations et ses recherches, il entendit
                        une voix qui lui dit d'un ton qui n'avoit rien de sinistre: Ne crains rien,
                        il se trouve toujours des portes quand on en a besoin; souviens-toi plutôt
                        de la trappe que trouve <hi rend="italic"> la Motte </hi> "dans le cabinet
                        éclairé seulement d'une fenêtre et dans le même état que l'appartement qu'il
                        avoit traversé, excepté qu'il n'y avoit pas même des fragmens de meubles.
                            <ref target="#N304"/>
                    </p>
                    <p> Tranquillisé par un exemple qui étoit bien fait pour lui donner de
                        l'assurance, M. Dabaud se souvint aussi que <hi rend="italic"> Julia </hi>
                        n'avoit jamais manqué de portes toutes les fois qu'elles lui avoient été
                        nécessaires dans les cavernes sou terraines <ref target="#N305"/> , et,
                        attendant patiemment la nouvelle aventure qui devoit le tirer de là, il
                        s'assit sur un grand fauteuil pour récapituler plus à son aise tous les
                        événemens qui lui étoient arrivés en si peu de temps. Plusieurs lui
                        laissoient encore par le souvenir une forte impression, mais aucun ne le
                        faisoit tressaillir autant que l'image de la découverte horrible qu'il avoit
                        faite dans la niche du salon. </p>
                    <p> Depuis un instant le calme qui régnoit autour de lui n'étoit troublé par
                        aucun bruit, lorsqu'il entendit un léger frottement qui paroissoit venir du
                        plafond. Il v porta les yeux et aperçut un grand panier qui descendoit à
                        l'aide d'une grosse corde. Bientôt il posa à ou-terre, et deux hommes en
                        sortirent. Ils étoient grands, robustes et bienfaits, les traits durs et le
                        teint hâlé <ref target="#N306"/> . Leur figure étoit audacieuse; ousleurs
                        cheveux noirs, coupés fort “courts se boucloient sur leur cou; au lieu d'un
                        habit de chasseur, ils “étoient revêtus d'un uniforme militaire usé: leurs
                        sandales étoient „lacées sur des jambes nerveuses, et “de courts hauts de
                        chausse tenolent „à leur ceinture. Ils avoient sur la tête une espèce de
                        bonnet de cuir, par„qui ressembloit beaucoup au casque des Romains; mais
                        leurs sourcils qui se fronçoient au - dessous, eussent „plutôt indiqué deux
                        des Barbares „qui conquirent Rome que deux de “ses généreux soldats <ref target="#N307"/> . Ils avoient “chacun un baudrier de cuir auquel “étoit
                        suspendu un large coutelas et “une paire de pistolets <ref target="#N308"/>
                        . </p>
                    <p> Porte de fer! s'écria M. Dabaud, ceux-ci ne sont pas des, revenans; mais il
                        me semble que les faux-monnoyeurs de <hi rend="italic"> Célestine </hi> ,
                        les brigands du <hi rend="italic"> Moine </hi> , les deux troupes de bandits
                        des <hi rend="italic"> Souterrains de Mazzini </hi> , les voleurs de <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> , les contrebandiers des <hi rend="italic"> Mystères d'Udolphe </hi> réunis tous ensemble ne sont pas
                        si terribles que ces deux coquins-ci. Prenant l'air le plus honnête qu'il
                        lui fut possible, M. Dabaud s'approcha d'eux, leur offrit la main pour
                        sortir du panier et leur dit d'un ton doux: Citoyens, vous avez là une
                        singulière voiture! peut - on vous demander d'où vous venez comme cela? --
                        “De la forêt “de Strasbourg! -- Vous marchez bien “armés,“ reprit M. Dabaud.
                        -- “Il “est vrai; mais il est nécessaire de “prendre des précautions pour
                        traverser la forêt, elle n'a pas une très“bonne réputation, je vous assure
                            <ref target="#N309"/> .“ </p>
                    <p> Une nouvelle idée vint occuper M. Dabaud; quoiqu'il ne parlât qu'avec la
                        plus grande timidité aux deux nouvoaux venus qu'il croyoit aussi scélérats
                        que les deux hommes qui poursuivirent si long temps <hi rend="italic">
                            Eléonore </hi> et <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> parmi“ les arides et
                        sourcilleuses montagnes de San Nicolo,“ sans qu'on ait jamais su qui ils
                        étoient, sans qu'on en ait entendu parler depuis <ref target="N310"/> , il
                        ne put cependant résister à sa curiosité. Nous ne sommes pas ici, dit-il,
                        auprès du <hi rend="italic"> gigantes </hi> que Velino qui par “les masses
                        saillantes des rochers qui s'élèvent der“rière lui et les noirs précipices
                        dont “il est environné, forme un contraste “avec le <hi rend="italic">
                            Majella </hi> couronné de neige “à sa cime:“ Nous ne voyons pas le <hi rend="italic"> Monte-Salviano </hi> “ couvert de sauge et couronné par
                        une forêt de châtaigniers,“ ni le <hi rend="italic"> Monte-Gorno </hi> “
                        qui“ “est une image du scélérat, orgueilleux, “épouvanté, menaçant et
                        horrible “ <ref target="#N311"/> , ainsi j'espère que ces messieurs seront
                        honnêtes. </p>
                    <p> Citoyens, ajouta-t-il en les regardant fixement, oserois - je vous demander
                        si l'un de vous deux ne seroit point mon fils? -- A propos de quoi nous
                        faites-vous cette question? -- C'est que le <hi rend="italic"> Duc de Luovo
                        </hi> trouva un jour dans une caverne son fils <hi rend="italic"> Ricardo
                        </hi> qui s'étoit mis à la tête d'une bande de .... de messieurs comme
                        vous,“après “s'être échappé de la maison paternelle et avoir passé quelques
                        années dans les brillantes et honteuses al“ ternatives du désordre et du
                        liber“tinage, étalant dans toutes les cités de l'Italie et de la Sicile ...
                            <ref target="#N312"/> “ - Eh bien que veut dire ce verbiage? interrompit
                        un des grands hommes. -- Ce pauvre <hi rend="italic"> Duc de Luovo </hi> ,
                        reprit M. Dabaud, ayant rencontré de la sorte un fils dont on n'avoit jamais
                        parlé auparavant, et dont il n'est plus question dans la suite de
                        l'histoire, j'étois curieux de savoir si quelque heureux hasard ne
                        m'ameneroit point aussi un enfant dont je n'aurois pas soupçonné l'existence
                        jusqu'à présent. </p>
                    <p> Sans répondre à M. Dabaud, un des grands hommes le prit par la main, le fit
                        asseoir dans le grand fauteuil où il étoit d'abord, et alla se placer
                        derrière avec son compagnon. Que ferons - nous de cet étranger?
                        demanda-t-il. -- Mais, répondit l'autre, si nos camarades n'étoient pas à la
                        caverne, nous le poignarderions. -- Ils ne la quittent jamais avant quatre
                        heures, et il seroit peut-être encore temps de les avertir. -- C'est qu'il
                        pourroit bien y avoir quelques domestiques endormis à deux ou trois portées
                        de fusil d'ici, et, demain matin, que leur répondrions - nous quand ils nous
                        demanderoient leur maître? -- Tu as raison; mais n'as-tu pas la petite
                        bouteille dans ta poche? -- Sans doute. -- A la bonne heure.“Allons le
                        re“trouver de peur qu'une trop longue “absence ne lui fasse naître des
                        soupçons <ref target="#N313"/> .“ </p>
                    <p> Ces drôles-là, dit M. Dabaud tout bas, sont encore plus impudens ou plus
                        bêtes que <hi rend="italic"> Claude </hi> et <hi rend="italic"> Baptiste
                        </hi> qui ne s'étoient mis que sous la fenêtre de <hi rend="italic"> Raymond
                        </hi> , aussi n'auront - ils pas le droit de se plaindre, si je finis par en
                        étrangler quelqu'un. Si encore c'étoit <hi rend="italic"> un clou </hi> qui
                        m'eût arrêté par mon habit, comme <hi rend="italic"> Blanche </hi> , <ref target="#N314"/> pour me faire entendre leurs complots, il n'y auroit
                        pas trop de leur faute, mais ils ne devront s'en prendre qu'à eux-mêmes de
                        ce qui pourra leur arriver. </p>
                    <p> Allons, citoyen, dit un des deux brigands en revenant auprès de M. Dabaud,
                        “soyez joyeux comme nous. „Pour vous ranimer ne prendriez-vous “pas avec
                        plaisir un bon verre d'excellent vin qui m'a été laissé par „feu mon père
                            <ref target="#N315"/> ? Donne, donne, ajouta - t - il en parlant à son
                        camarade qui tira de sa poche une bouteille <hi rend="italic"> goudronnée en
                            jaune </hi> . Ils en versèrent dans un gobelet d'étain et le présen-d
                        tèrent à M. Dabaud. “A l'odeur et à la couleur il vit que c'étoit du
                        „Champagne, mais quelques grains de poussière qui flottoient sur la surface,
                        le convainquirent, comme il en étoit certain déjà, que le vin étoit „altéré
                            <ref target="#N316"/> . </p>
                    <p> Citoyens, dit-il en posant le verre sur une table, je ne suis pas aussi
                        nigaud que <hi rend="italic"> la baronne de Lindenberg </hi> , je ne bois
                        pas avec des gens qui ne boivent pas eux- mêmes du vin qu'ils me présentent.
                        -- Vous avez bien tort reprit l'un des voleurs, car en quelques minutes vos
                        yeux se seroient appesantis, votre tête se seroit <hi rend="italic">
                            renversée sur vos épaules </hi> et vous auriez dormi <hi rend="italic">
                            d'un profond sommeil </hi>
                        <ref target="#N317"/> ; mais puisque cette proposition ne vous convient pas,
                        je vais vous en faire une autre: voulez-vous venir avec nous? "vous
                        participerez par portions égales aux captures que l'on fera, en partageant
                        comme les autres le danger et en obéissant au chef de la compagnie <ref target="N318"/> . -- Quelles offres me faites-vous là, dit M. Dabaude
                        étonné. -- Celles que <hi rend="italic"> M. Milverne </hi> et <hi rend="italic"> Félix </hi> acceptèrent; ils nous ont un peu trahis, mais
                        ils s'y sont pris d'une manière si nouvelle que nous leur pardonnons. --
                        Quoi! vous voudriez que je me fisse voleur! -- Non pas voleur tout-à-fait,
                        mais contrebandier. Nous sommes "des pirates qui depuis plusieurs années
                        cachons notre butin sous les voûtes du château," parce que "ce bâtiment est
                        près de la mer et parfaitement convenable „à nos desseins <ref target="N319"/> . Nous avons un magasin considérable de marchanendises anglaises; afin
                        que les agens du Pouvoir-exécutif ne les découvrent lapas, nous faisons
                        croire que le châesteau est fréquenté par des revenans, et, comme nous avons
                        découvert,, le „chemin secret de l'appartement du „Nord, nous venons de
                        temps en temps faire un tour ici pour effrayer ceux qui seroient tentés de
                        s'y promener. -- Mais vous n'avez donc pas peur des esprits, dit M. Dabaud.
                        -- Oh! les esprits font leurs affaires et nous faisons les nôtres. Chacun a
                        les siennes dans un vieux château ruiné. Enin voulez - vous venir avec nous
                        de bonne grâce, ou bien nous allons vous lier les bras, vous mettre unm
                        “bâillon dans la bouche et vous entraîner par le passage, comme <hi rend="italic"> Ludovico </hi> , de-là nous vous mettrons dans un <hi rend="italic"> petit vaisseau </hi> , et nous vous me-ai nerons <hi rend="italic"> en Roussillon </hi>
                        <ref target="#N320"/> . -- Citoyens, es votre compagnie me seroit fort
                        agréable, répliqua poliment M. Dabaud, mais votre voiture .... -- Oh! qu'à
                        cela ne tienne; nous nous en servons, parce qu'il vaut autant descendre duM
                        plafond dans un panier, que de tomber des nues par la trappe d'un
                        souterrain: mais il y a dans ce château,le comme dans tous les autres, des
                            <hi rend="italic"> portes masquées </hi> et des escaliers <hi rend="italic"> pratiqués dans l'épaisseur des murs </hi> . Vous allez
                        voir qu'il ne nous manquera rien. </p>
                    <p> Le brigand <hi rend="italic"> s'avança vers un trumeau </hi> .... Oui, dit
                        M. Dabaud d'un ton vainqueur, vous allez, comme <hi rend="italic"> Julie,
                            toucher un bouton caché, et </hi> .... <ref target="#N321"/> -- Fi donc,
                        interrompit le voleur d'un air dédaigneux; ce que vous dites là est trop
                        commun; nos moyens sont plus brillans. Il posa en même temps le doigt sur
                        une araignée peinte si artistement sur la muraille qu'elle avoit l'air
                        naturelle. -- J'y suis, reprit M. Dabaud qui étoit un peu honteux de n'avoir
                        pas deviné, la glace va <hi rend="italic"> s'enfoncer dans la cloison </hi>
                        <ref target="#N322"/> . Le voleur ne répondit rien, fit un petit sourire de
                        mépris et pressa doucement l'araignée. Le bruit d'un ressort se it entendre,
                        et un pan entier de la boiserie qui disparut laissa voir à-lafois quinze
                        escaliers <hi rend="italic"> rapides et étroit pratiqués dans l'épaisseur du
                            mur </hi> . M. Dabaud fut atterré par ce spectacle inattendu. Par la
                        barbe du père <hi rend="italic"> Ansaldo grand pénitencier du couvent des
                            Pénitens noirs de Santa Maria“ del Pianto </hi>
                        <ref target="#N323"/> , s'écria-t-il, en voilà au moins pour trois romans,
                        quoique à la vérité cinq par chacun soit une“ portion bien médiocre. Mais,
                        ajouta-t-il en se rapprochant d'une des ouvertures, pour descendfe par ce
                        degré <hi rend="italic"> en limaçon </hi> , il nous faut une lumière. --
                        Vous êtes bien embarrassé, reprit le second voleur; croyez-vous que nous
                        n'avons pas tous nos meubles? voilà <hi rend="italic"> une lanterne sourde
                        </hi> . -- Fort bien, dit M. Dabaud, descendons; car il me tarde de
                        m'éloigner de l'objet hideux qui est dans la niche du salon. </p>
                    <p> “La foible lumière qui les guidoit, leur montra autour d'eux les murailles
                        peintes en noir et chargées d'os“semens et de têtes de mort <ref target="#N324"/> . Par intervalles de pesantes arcades fermées de
                        grilles étroites, laissoient “circuler l'air, et montroient le château, dont
                        les tourelles entassées faisoient opposition aux tours énor“mes du portail
                            <ref target="#N325"/> .“ Mais, cependant, disoit en lui-même M. Dabaud
                        auquel ce trajet n'inspiroit pas des idées fort gaies, il faudra donc que
                        vraiment je me fasse voleur, et que je reste dans ce chien de métier, le bon
                        dieu sait combien de temps!... Non, non, ajouta-t-il par réflexion; je ne
                        dois pas avoir d'inquiétude. Je serai bientôt délivré, par quelque trahison,
                        par quelque soporifique, par quelque aventure comme il ne manque jamais d'en
                        arriver à propos. Je parierois même que je finirai par rencontrer quelque
                        part Dubert et mon fils auxquels j'aurai le plaisir de raconter mon
                        histoire, comme cela se pratique toujours. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XV. </head>
                    <p> Tout en s'occupant de ces pensées, M. Dabaud trayersoit de <hi rend="italic"> longs corridors étroits, où il ne pouvoit passer qu'une seule personne
                            de front </hi> . Le bruit de ses pas et de ceux de ses compagnons se
                        répétoit au loin sous les voûtes; leur lumière étoit agitée par le courant
                        d'air humide qui circuloit dans les cavités des souterrains. A tout moment
                        ils rencontroient des portes de fer chargées de verroux et de cadenats;
                        quelquefois ils étoient obligés de se baisser pour traverser certains
                        passages: souvent ils descendoient des escaliers et ne tardoient pas à en
                        remonter d'autres. </p>
                    <p> Tout cela est fort bien jusqu'à présent, s'écria enfin M. Dabaud qui
                        commençoit à s'ennuyer d'une si longue promenade; mais n'arriverons - nous
                        pas bientôt? Ordinairement on en est quitte pour déut oais degrés, cinq à
                        six corridors, trois ou quatre grandes salles, et voilà plus d'une
                        demi-heure que nous marchons pour rien Faites - moi traverser si vous voulez
                        l'église souterraine par où s'échappèrent <hi rend="italic"> Célestine </hi>
                        et <hi rend="italic"> Julie </hi> , mais ne nous amusons pas à examiner les
                            <hi rend="italic"> bancs épars et tombés en débris </hi> , ni <hi rend="italic"> les piliers grossiers et mal taillés </hi> , ni <hi rend="italic"> les livres déchirés </hi> , ni <hi rend="italic"> les
                            tableaux moisis </hi> , ni <hi rend="italic"> les lambeaux d'étoffe
                            noire couverts de croix blanches </hi>
                        <ref target="N326"/> , parce que tout cela ne serviroit qu'à nous faire
                        perdre du temps. Passons, si cela vous convient,“sous la voûte où “Emilie
                        vit une double grille, et plus loin plusieurs monceaux de terre qui
                        paroissoient entourer un tombeau ouvert“ <ref target="#N327"/> , quoique
                        cela soit encore inutile, mais sortons d'ici. -- Il n'est pas étonnant que
                        ce château ait de vastes souterrains, répondit un des bandits, parce qu'il
                        fut bâti è-lors d'une ancienne conjuration de Venise. -- De Venise, répéta
                        M. Dacbaud avec l'accent de la surprise. Nous sommes donc en Italie. --
                        Pouvez - vous le demander, après tout ce que vous avez vu? -- Mais, notre
                        ami, si j'ai bonne mémoire, vous m'avez dit tout-à-l'heure que vous faisiez
                        rela contrebande des marchandises anglaises dans la république française;
                        comment arrangerez - vous tout cela? -- En vérité, citoyen, repartit l'autre
                        brigand d'un ton un peu piqué, vous ne devriez pas ignorer que, quand
                        quelqu'un raconte la fin de ses aventures, on ne doit jamais lui en rappeler
                        le commencement; parce que, si l'histoire est un peu embrouillée, il est
                        quelquefois difficile que tout se trouve parfaitement d'accord. </p>
                    <p> M. Dabaud se préparoit à lui répondre et à lui faire des excuses, lorsque
                        tout-à-coup en passant au milieu de deux gros piliers, une figure “pâle et
                        livide sortit de derrière l'un “d'eux et souffla avec force sur la “lumière
                        qui s'éteignit. Au même „instant M. Dabaud se sentit entourer par des bras
                        vigoureux qui, malgré ses efforts, le séparèrent de ses compagnons. “Il
                        poussa des cris perçans qui firent retentir le souterrain, on ne lui
                        répondit pas, et on continua à l'entraîner fort vite <ref target="N328"/> ."
                        Juste ciel, s'écria-t-il, j'ai passé par la main des esprits, par celle des
                        voleurs, j'ai été dans la tour du <hi rend="italic"> Sud-ouest </hi> , j'ai
                        ouvert toutes les armoires qui se sont présentées à moi, j'ai examiné
                        soigneusement tous les petits paquets que j'ai trouvés, j'ai lu tous les
                        vieux manuscrits qui me sont tombés sous la main, j'ai levé tous les rideaux
                        que j'ai rencontrés, même celui de la niche du salon, derrière lequel j'ai
                        découvert un objet effroyable: que me reste - t - il donc à connoître
                        encore? -- Tu oses dire que tu n'as plus rien à connoître, repartit d'une
                        voix terrible un de ceux qui venoient de s'assurer de lui; as-tu été
                        renfermé dansco un petit cachot, comme <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> ,
                        comme <hi rend="italic"> Percival Masérini </hi> , comme <hi rend="italic">
                            d'Orméville </hi> , comme <hi rend="italic"> Hubert de Sévrac </hi> et
                        toute sa famille, comme <hi rend="italic"> Agnès </hi> , comme ... -- Ah!
                        oui répondit tristement M. Dabaud, je n'ai rien à dire et je vois bien qu'il
                        faut se soumettre à sa destinée. </p>
                    <p> On se disposa à lui mettre unu mouchoir sur la bouche. -- Eh! pourquoi me
                        gêner inutilement la respiration, demanda-t-il d'un ton suppliant, pourquoi
                        me <hi rend="italic"> brider </hi> comme <hi rend="italic"> Théodore </hi>
                        <hi rend="italic"> brida </hi> la vieille Cunégonde, dans le <hi rend="italic"> pavillon de l'Ouest </hi> du château de <hi rend="italic"> Linden </hi>
                        <ref target="#N329"/> ? Quand je crierois aussi fort qu'elle, qu'elle vous
                        savez bien comme moi que personne ne vient jamais au secours de ceux qui
                        doivent être enlevés. -- Tu veux nous apprendre notre métier, je crois,
                        reprit d'un ton encore plus imposant celui qui avoit parlé d'abord; il y a
                        dix ans que nous sommes <hi rend="italic"> enleveurs </hi> , et nous savons
                        comment les choses doivent se passer. Demande à <hi rend="italic"> Célestine
                        </hi> si, chaque fois que les émissaires de <hi rend="italic"> Rasoni </hi>
                        se sont emparés d'elle, ils n'ont pas commencé par lui mettre un mouchoir
                        sur la bouche, pour lui ôter, la facilité d'exhaler sa douleur par des
                        gémissemens qui auroient pu les trahir <ref target="#N330"/> . Demande à <hi rend="italic"> Eléonore </hi> si, en allant la Prendre à sa petite
                        maison <hi rend="italic"> d'Altièri </hi> , on ne lui n jeta pas un grand
                        voile “sur la tête <ref target="#N331"/> .“ Informe-toi un peu à <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> : il te dira qu'il “fut enveloppé dans
                        une large draperie qu'on lui jeta sur la tête, et “qu'il se sentit déposer
                        dans un “coffre que l'on referma sur lui et “que l'on emporta aussitôt <ref target="#N332"/> .“ Il est aussi indispensable d'envelopper la tête de
                        ceux qu'on enlève, que de passer par une issue secrète pour les délivrer. --
                        Hélas, dit en soupirant tout bas M. Dabaud, puisque c'est le costume, il
                        faut bien s'y soumettre. </p>
                    <p> On le transporta avec beaucoup de vîtesse par des chemins souterrains. Comme
                        il se plaignoit, un de ses conducteurs lui dit avec un sourire ironique:
                        Comment oses - tu être mécontent puisqu'on te fait grâce de la <hi rend="italic"> petite barque </hi> et <hi rend="italic"> de la voiture
                        </hi> dont nous ne manquons jamais de nous servir dans les enlèvemens. -- Et
                        c'est précisement ce qui me déplaît, repartit M. Dabaud, je me faisois un
                        plaisir de passer comme <hi rend="italic"> Eléonore </hi> dans la forêt “qui
                        s'étend sur les flancs es“carpés du Garganus,“ et d'entrer à Rome, comme <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> , par la porte <hi rend="italic"> del
                            Popolo </hi> ; delà nous passerions devant“le théâtre de <hi rend="italic"> Campranica </hi> ,“ tandis que “la lune sortant du sein
                        des nuages dont elle étoit obscurcie .“éclaireroit par intervalle
                        quelques-uns de ces hardis monumens de Rome, ces ruines sacrées, ces
                        “squelettes gigantesques qui avoient “renfermé jadis l'ame énergique “dont
                        l'univers entier avoit reçu la “loi <ref target="#N333"/> .“ </p>
                    <p> Sans écouter ce discours, qui étoit cependant beau, les conducteurs de M.
                        Dabaud doublèrent encore de vîtesse.„Après avoir traversé précipitamment un
                        grand nombre d'épouvantables couloirs ou les soupirs et les gémissemens se
                        faisoient “fréquemment entendre <ref target="#N334"/> , les échos
                        “retentirent du bruit de plusieurs “serrures, un guichet s'ouvrit avec
                        “peine, il sembloit qu'on soulevât la “pierre d'un tombeau <ref target="#N335"/> . Ils descendirent ensuite plusieurs marches “au pied
                        desquelles ils trouvèrent une autre poite de fer qui les conduisit dans une
                        espèce de vestibule. “M. Dabaud aperçut dans la perspective une personne
                        vêtue de noir „et portant un flambeau, elle s'avançoit en silence. Il
                        parvint enfin dans un appartement sombre semblable au premier qu'il avoit
                        déjà traversé, “mais beaucoup plus vaste; la voûte “étoit supportée par des
                        arches, quelques lampes funèbres, dont la lueur “pâle et tremblante se
                        perdoit à l'extrémité des arcades rendoient encore „plus sensible la sombre
                        horreur qui “régnoit dans ce lieu <ref target="#N336"/> .“ Bientôt M. Dabaud
                        aperçut une statue de „Sainte Claire devant laquelle brûloit “une lampe:il
                        frémit en prévoyant ce qui alloit lui arriver. Un de ses conducteurs monta
                        sur le piédestal et toucha un petit bouton de fer caché entre les doigts de
                        la sainte. „A l'instant même on entendit dans “l'intérieur de la statue un
                        bruit “sourd, pareil à celui que feroit une „chaîne fortement tendue, qui,
                        relâchée tout - à - coup, se rouleroit sur „son axe. On dérangea la statue:
                        le „piédestal étoit creux, et son ouverture étoit fermée par une grosse
                        “grille de fer. On leva cette grille, et ,alors s'ouvrit un abyme profonde
                        “dont l'oeil cherchoit en vain à pénétrer l'épaisse obscurité.... On “ne
                        distinguoit rien, excepté les premières marches d'un escalier de grosses
                        pierres qui descendoit dans ce “souterrain, et qui bientôt se perdoit dans
                        les ténèbres <ref target="N337"/> . M. Dabaud, s'aperçut qu'on lui faisoit
                        descendre cet escalier et fut saisi subitement par un air frais et humide.
                        „Un fracas terrible et sourd se faisoit entendre dans le lointain,
                        quelquefois la terre éprouvoit une sorte de commotion <ref target="#N338"/>
                        .„Ah! ah! dit-il, voilà les faux monoyeurs qui se divertissent. Ses
                        conducteurs s'arrêtèrent enfin; son oreille fut frappée de nouveau d'un
                        bruit de clefs et “de verroux, on ouvrit une porte <ref target="#N339"/> ,
                        et il se trouva dans un cachot. </p>
                    <p> “Il sentit son sang se glacer, le “froid le saisit. L'humidité des murs, le
                        lit de paille qui lui étoit destiné et sur-tout la vue des reptiles de
                        “toute espèce, tels que le froid lé“zard et le crapaud hideux gonflé de
                        „noirs venins, le pénétrèrent de terteur <ref target="#N340"/> . Il se jeta
                        aux pieds de ses ravisseurs, il implora leur clémence, tout fut inutile, ils
                        le laissèrent dans le caveau. Transporté par cet excès d'inhumanité, il
                        tomba évanoui. Lorsqu'il reprit connoissance,,tout étoit „dans le silence,
                        mais tout étoit hor„rible .... La lueur sombre d'une “lampe lui laissoit
                        apercevoir en en„tier sa nouvelle demeure. Un cru“cifix de plomb étoit en
                        face de son „lit: à côté de lui il vit un fouet, “un chapelet, un cilice; à
                        quelque “distance un pot rempli d'eau, un „panier contenant un pain noir, et
                        une bouteille d'huile pour la lampe <ref target="#N341"/> . </p>
                    <p> Hélas, s'écria-t-il tristement, me voilà tout aussi bien dans mes meubles
                        que la pauvre Agnès dans les caveaux de Sainte - Claire. Ah! si quel-que
                        bonne ame, comme <hi rend="italic"> la mère Sainte-Ursule </hi> , ne fait
                        pas troubler une procession magnifique, écraser ou déchirer dix ou douze
                        personnes et brûler tout un couvent <ref target="N342"/> , je suis un homme
                        perdu! </p>
                    <p> Aussi impatient que pouvoit l'être Sir Charles, “ il frappa violemment à „la
                        porte de sa prison, et le bruit “des verroux qui frémissoient pendant
                        l'ébranlement, répondit seul à ses coups <ref target="#N343"/> . Voyant que
                        tout ce fracas ne le menoit à rien, il commença à se promener tranquillement
                        dans son cachot; tout - à - coup il lui vint une idée qui le frappa
                        agréablement. J'ai encore une ressource, s'écria-t-il avec joie. Je m'en vais
                        chanter toutes <hi rend="italic"> les chansons gasconnes </hi> dont je me
                        souviendrai, et peut - être il se trouvera au - dessus de ma tête quel-que
                        belle dame qui, aussi bonne qu' <hi rend="italic"> Emilie </hi> , me prendra
                        pour son Valancour et me fera monter dans sa chambre <ref target="#N344"/> . </p>
                    <p> Après cette réflexion qui ne lui servit pas beaucoup plus que le bruit qu'il
                        avoit fait d'abord, il se coucha sur la paille et, s'endormit un moment de
                        ce sommeil péniefte la nature souffrante semble s'arracher „elle - même. Il
                        fut réveillé par un “léger bruit et se sentit pénétré d'une “humidité qui
                        paralysoit tous ses membres. Ses habits étoient entièrement “humectés d'une
                        eau glutineuse qui couloit le long des murailles: ses che„veux imbibés comme
                        ses habits étoient “collés ensemble et s'attachoient à son „visage; ses bras
                        et ses jambes étoient “engourdis <ref target="#N345"/> ." Million de coups
                        de tonnerre, s'écria-t-il. me voilà aussi bien arrangé que <hi rend="italic"> d'Orméville </hi> . Il n'eut pas le temps de poursuivre, la pâle
                        clarté d'une lanterne sourde vint frapper ses yeux, une main étrangère
                        saisit “la sienne <ref target="N346"/> ." Par “la grande plume noire qui
                        étoit au pied des tréteaux “dans la chambre de parade qui avoit “autrefois
                        été tendue de noir pour “recevoir le corps du Comte Roland <ref target="#N347"/> , s'écria-t-il, éloignez-vous d'ici <hi rend="italic">
                            Zampari </hi> ; je ne suis pas <hi rend="italic"> Vivaldi </hi> et je
                        n'ai pas rêvé à vous, ni à <hi rend="italic"> votre capuchon </hi> , ni au
                            <hi rend="italic"> poignord caché dans les plis de votre robe </hi>
                        <ref target="#N348"/> . </p>
                    <p> „Pour toute réponse, l'inconnu lui “fait signe de garder le silence; M.
                        Dabaud , veut faire une nouvelle „question; on lui appuye un pistolet “sur
                        la poitrine <ref target="N349"/> . Vous êtes, dit-il avec étonnement, bien
                        moins civil que le cousin de <hi rend="italic"> Julie </hi> , car il ne fit
                        que “mettre le doigt sur la bouche de d'Orméville <ref target="#N350"/> .
                        L'étranger “ sans relever son voile, se jette au cou de M. Dabaud,
                        l'embrasse avec transport, le presse contre son coeur et laisse échapper un
                        soupir <ref target="#N351"/> . </p>
                    <p> Je suis très-reconnoissant de ces marques d'amitié, dit M. Dabaud en lui
                        serrant la main, mais aprenez-moi un peu qui vous êtes. Sans lui répondre,
                        cet homme étrange tire de „dessous sa robe un vêtement semblable au sien,
                        lui fait signe de s'en couvrir, et de garder le silence. Lorsqu'il a mis la
                        robe, l'inconnu „lui jette un voile sur la tête, l'embrasse encore en lui
                        renouvelant le „signe du silence et la menace de la “mort. Ensuite il le
                        prend par la main et le fait sortir. .... Après “avoir descendu trente
                        marches environ, il voit son guide se baisser “pour poser sa lampe; aussitôt
                        il s'élance sur lui pour lui arracher ses “armes; mais l'inconnu se relève
                        soudain, et, sans rien dire, lui présente le bout de son pistolet ... “puis
                        il se jette à ses pieds et semble lui demander excuse de la violence qu'il
                        exerce envers lui. Surpris de cette étrange conduite. M. Dabaud lui tend la
                        main pour le relever; l'inconnu la saisit, la presse “sur son coeur, lui
                        fait signe de descendre et de garder le silence <ref target="#N352"/> .
                        Moins de caresses et plus de paroles, dit brusquement M. Dabaud, pourquoi
                        tous ces baisers et ce pistolet? qui êtes - vous? -- Si je vous le disois,
                        répondit l'inconnu bien bas, vous me reconnoîtriez, et le lecteur ne seroit
                        plus dans l'embarras. -- A la bonne heure, repartit doucement M. Dabaud,
                        quand on me donne une bonne raison, je n'ai plus rien à répondre; mais, au
                        moins, où me conduisezvous? Est - ce dans un appartement spacieux où il y a
                        seulement deux personnes dont l'une porte, sur la „tête une espèce de
                        capuchon et dont, l'autre a la tête découverte et les bras nus jusqu'au
                        coude? y a-t-il devant elles , un livre et quelques “instrumens d'une forme
                        singulière? voit-on vers l'extrémité supérieure de l'appartement un crucifix
                        gigantesque qui s'élève jusqu'à la voûte, “et en face un rideau noir
                        suspendu “à une arche <ref target="#N353"/> ? A propos de rideau, je vous
                        dirai que je m'en défie beaucoup depuis que j'ai vu ce qui est derrière
                        celui de la niche du salon. </p>
                    <p> “L'inconnu lui met un doigt sur „la bouche et lui appuie son pistolet “sur
                        la poitrine <ref target="#N354"/> . Que le diable l'emporte, comme <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> , dit M. Dabaud en lui-même, lui et son
                        pistolet qui, j'espère, ne partira pas plus que celui que tira <hi rend="italic"> Rasoni </hi> sur <hi rend="italic"> d'Orméville </hi>
                        dans les ruines de Tivoli, ou que les deux que lâcha <hi rend="italic">
                            d'Orméville </hi> lui - même sur le spectre qui lui apparut au chateau
                        de la <hi rend="italic"> marquise della Chièsa </hi>
                        <ref target="#N355"/> . Cet embrasseur perpétuel va sans doute me mener,
                        comme il mena jadis <hi rend="italic"> Sir Charles </hi> , auprès d'une
                        femme qui pleure devant un cadran d'horloge. A peine il achevoit ces mots
                        qu'il aperçoit, une “immense mécanique dont il ne peut concevoir l'usage. </p>
                    <p> Voyez, lui dit son conducteur: Entre deux cilindres d'airain creux et
                        “d'environ trois pieds de diamètre, est une énorme roue de fer armée sur sa
                        circonférence de branches “brisées dans le milieu par une charnière et
                        portant à leurs extrémités „une boule d'airain <ref target="#N356"/> .Et
                        cétéra, et cétéra, s'écria M. Dabaud impatienté, n'allez - vous pas me
                        parler aussi du <hi rend="italic"> pignon à lanterne, des leviers, des
                            rouages, et du mouvement oscillatoire du balancier? </hi> Mon ami,
                        envoyez la description de votre machine à l'encyclopédie; elle y figurera
                        beaucoup mieux qu'ici. Au surplus, qu'allez-vous faire de moi? </p>
                    <p> “Son gardien lui baisse son voile, “et lui mettant une main sur la bouche,
                        l'entraîne précipitamment. Parvenu dans l'escalier, il reprend sa „lampe,
                        ramène le captif dans son “cachot, et s'arrêtant à la porte, l'embrasse une
                        dernière fois <ref target="#N357"/> . Quelle fureur! dit M. Dabaud; vous
                        embrassez comme les autres parlent: mais, puis que la promenade que vous
                        m'avez fait faire ne devoit aboutir qu'à me ramener ici, sans être plus
                        avancé qu'auparavant, vous auriez tout aussi bien fait de me laisser
                        tranquille; il ne vous manqueroit plus que de me <hi rend="italic">
                            souhaiter ironiquement le bon soir </hi> , comme le geolier de <hi rend="italic"> madame de Sévrac </hi>
                        <ref target="#N358"/> . </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XVI. </head>
                    <p> Lorsque M. Dabaud se vit tout seul, il commença à se promener avec beaucoup
                        de vîtesse. Il heurta du bout du pied“ quelque chose qui résonna „sur le
                        pavé de la voûte; il alla saisir la lampe, “la baissa et aperçut „avec
                        horreur l'épée qu'il avoit découverte dans la petite armoire de la chambre
                        du chevalier de Oermeuil. </p>
                    <p> “La terreur le rendit immobile, il „se mit à genoux, posa sa lampe à „terre
                        et considéra de nouveau l'hor“rible épée, trop facile à distinguer “pour
                        qu'il pût s'y méprendre <ref target="#N359"/> . Il entendit en ce moment un
                        léger bruit qui se faisoit autour de lui, et crut que c'étoit un nouvel
                        ennemi qui venoit lui faire courir quelques nouveaux dangers, ou lui donner
                        quelques nouveaux baisers. </p>
                    <p> “Les extrêmes se touchent, dit-on; l'excès de la terreur inspira à M.
                        Da“baud une sorte de témérité. Il résolut de s'armer de l'épée et de s'en
                        servir courageusement pour sa défense <ref target="#N360"/> .Oh! dit-il tout
                        haut, je serai aussi brave que <hi rend="italic"> Sabina </hi> , quoique je
                        n'aye pas dans ma poche , un “petit crucifix d'ébène ou les mots: „ <hi rend="italic"> souvenez-vous-en </hi> sont gravés sur le revers, et
                        quoique je ne sois Pas venu pour me confesser à l' <hi rend="italic"> Abbé
                            Palerme </hi> qui est un scélérat, comme tous les moines de roman <ref target="#N361"/> . Cependant, au moment où il ramassoit l'épée, une idée
                        l'arrêta: il regarda avec attention tout autour du cachot. C'est bon,
                        dit-il, il n'y a point ici <hi rend="italic"> d'image de la vierge </hi> qui
                        puisse <hi rend="italic"> pencher la téte, s'agiter, et pousser un long
                            gémissement </hi>
                        <ref target="#N362"/> , ainsi je puis sans crainte me saisir de cette arme. </p>
                    <p> Il la prit en effet et fixa ses yeux du côté d'où venoit le bruit. Il
                        aperçut bientôt une pierre de la muraille qui se dérangeoit, et il vit
                        sortir par l'ouverture “ une grande figure maigre “de frère lai, vêtu d'une
                        robe noire „et la tête enveloppée d'un bonnet „de nuit <ref target="#N363"/>
                        . Monsieur, dit-il d'une voix douce à M. Dabaud en le nommant par son nom,
                        je viens vous sauver. L'intrépide M. Dabaud ne lui épondit qu'en lui portant
                        un coup d'épée terrible, qui cependant ne perça que son capuchon. Mais, lui
                        dit le moine d'un ton un peu fâché, vous êtes tout aussi brutal et tout
                        aussi ingrat que <hi rend="italic"> M. de Saint Aubert </hi> ! Comment,
                        lorsqu'à l'exemple de <hi rend="italic"> Valancour </hi> , je viens pour
                        vous rendre service, vous reconnoissez mon empressement, non par un coup de
                        pistolet qui me casse le bras <ref target="N364"/> , mais par un coup d'épée
                        qui perce mon capuchon! ... Votre furie est d'autant plus inutile que vous
                        n'avez pas de fille dont je sois amoureux, et qu'il n'est pas nécessaire de
                        faire naître un prétexte pour que vous soyez obligé de me garder auprès de
                        vous. M. Dabaud! je m'attendais à un autre procédé de votre part, sur-tout
                        lorsque vous m'avez mille obligations. </p>
                    <p> Eh! bien voyons, dit M. Dabaud un peu honteux de son premier mouvement,
                        êtes-vous le <hi rend="italic"> cousin de Julie </hi> , ou bien <hi rend="italic"> Jeannette </hi> qui tirèrent chacun <hi rend="italic">
                            d'Orméville </hi> d'un souterrain <ref target="N365"/> ; ou bien <hi rend="italic"> Justin Latour </hi> , ou bien le jeune prêtre qui sauva
                            <hi rend="italic"> Sabina </hi>
                        <ref target="#N366"/> , ou bien Nicolo qui fit échapper <hi rend="italic">
                            Julia </hi>
                        <ref target="#N367"/> ; ou bien <hi rend="italic"> Olivia </hi> qui
                        conduisit <hi rend="italic"> Eléonore </hi> à la porte du jardin de l'abbaye
                            <hi rend="italic"> della Piéta </hi>
                        <ref target="#N368"/> , ou bien le voleur <hi rend="italic"> Uloff </hi> qui
                        aida aida à faire sauver <hi rend="italic"> M. Milverne et Félix </hi>
                        <ref target="#N369"/> ; ou bien la sentinelle qui quitta son poste pour
                        aller boire <hi rend="italic"> du vin de Toscane </hi> , ou plutôt pour
                        laisser à <hi rend="italic"> Emilie </hi> , <hi rend="italic"> Annette </hi>
                        et <hi rend="italic"> Dupont </hi> la facilité de sortir du château d' <hi rend="italic"> Udolphe </hi>
                        <ref target="#N370"/> ? Non répondit le moine, je ne suis aucun de tous ces
                        gens-là. -- Quelles obligations vous ai-je donc? -- D'abord je contreviens.
                        pour vous être utile, à une règle générale, puisqu'en ma qualité de moine je
                        ne devois paroître que pour faire quelque mauvaise action; et certainement,
                        si les faiseurs de romans anglais étoient instruits de ma conduite, ils ne
                        me la pardonneroient pas. De plus, je viens vous offrir un moyen de sortir
                        de ce souterrain, et ce moyen est très -simple, comme vous allez en juger. </p>
                    <p> Voilà une petite bouteille qui renferme“une liqueur extraite de certaines
                        herbes peu connues, dont “l'effet est de mettre ceux qui la boivent dans un
                        état qui ressemble “absolument à la mort. Vous allez “en avaler quelques
                        gorgées: votre “sang cessera par degrés de circuler et votre coeur de
                        battre. Une pâleur mortelle se répandra sur tous vos traits, vous serez à
                        tous les “yeux comme un vrai cadavre. Ceux “qui vous gardent vous croirout
                        mort, “et quarante - huit heures après qui “vous aurez bu la drogue, vous
                        renaîtrez à la vie <ref target="#N371"/> .“ </p>
                    <p> Quelle merveilleuse propriété, s'écria M. Dabaud en considérant la
                        bouteille. -- C'est, reprit le moine, la même liqueur dont on s'est servi
                        pour <hi rend="italic"> Agnès </hi>
                        <ref target="#N372"/> , pour <hi rend="italic"> Antonia </hi>
                        <ref target="N373"/> , pour <hi rend="italic"> M. Milverne </hi>
                        <ref target="#N374"/> , pour <hi rend="italic"> Sir Charles </hi>
                        <ref target="#N375"/> , pour <hi rend="italic"> Milady Kelly </hi>
                        <ref target="#N376"/> ; c'est celle qu'on emploie toutes les fois qu'on veut
                        faire paroître un personnage de dessus la scène, pour le retrouver ensuite
                        au besoin. -- Fort bien répliqua M. Dabaud; mais si vous vous étiez trompé
                        et si vous alliez me donner tout bonnement du poison. -- Vous ne devez avoir
                        aucune crainte à ce sujet. Vous oyez bien que cette eau est <hi rend="italic"> verdâtre </hi> , et je vous certifie qu'elle a été prise
                        dans le laboratoire de l'Abbaye de „Sainte-Claire, sur le troisième rayon “à
                        gauche <ref target="#N377"/> .“ Vous savez que c'est là le bon endroit. </p>
                    <p> Tout cela peut être, dit M. Dabaud; mais j'aimerois beaucoup mieux
                        m'échapper par un <hi rend="italic"> passage long et obscur </hi> ,
                        dussiez-vous même me cacher <hi rend="italic"> sous votre manteau </hi> ,
                        comme le jeune prêtre y cacha <hi rend="italic"> Sabina </hi>
                        <ref target="#N378"/> . Elle étoit peut-être de quelque chose plus mince que
                        moi, mais les geoliers en seront quittes pour fermer les yeux un peu
                        davantage. Aimez - vous mieux me déguiser en moine? Si <hi rend="italic">
                            Percival Masérini </hi> , <hi rend="italic"> Sisara </hi> et <hi rend="italic"> Clémentine </hi> sont parvenus à passer, sous ce costume,
                        au milieu de tout un couvent à dix heures du soir en tenant seulement un <hi rend="italic"> mouchoir devant leur figure </hi>
                        <ref target="#N379"/> , nous avons bien droit d'espérer que nous réussirons
                        aussi heureusement qu'eux. Votre petite bouteille est une très - bonne
                        ressource, je le sais; mais si ces voleursci n'avoient pas, comme ceux de
                            <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> , un caveau exprès pour
                        leur sépulture dont l'entrée fût cachée dans un piédestal; si, pour effrayer
                        une <hi rend="italic"> Matilde </hi> qui est cachée derrière un buisson, et
                        intriguer le lecteur, ils ne faisoient pas, en me portant à ce caveau, une
                        procession qui, au fait, ne pouvoit servir qu'à les faire découvrir, quoique
                        “ l'un d'eux vêtu “en prêtre exerçât les fonctions sacerdotales <ref target="#N380"/> ,“ s'ils me mettoient six pieds de terre sur le corps,
                        vous avouerez que j'aurois de la peine à sortir de là; ainsi je crois qu'il
                        vaut beaucoup mieux prendre un chemin souterrain. Cherchez dans votre
                        mémoire, je suis persuadé que vous en connoissez quelqu'un. Si cela vous est
                        égal cependant, ne passons point par une grande salle“ dont toute l'étendue
                        soit parsemée de tombes, et au milieu de laquelle il y ait“un “autel de
                        pierre sur lequel étoient “rangés quelques ossemens <ref target="#N381"/> ;“
                        évitons aussi“ la chambre taillée dans le “roc“ avec “le banc, le lit de
                        montc “de la religieuse et la lampe qui “éclairoit à peine ce lieu funeste
                            <ref target="#N382"/> ,“ parce que tout cela ne serviroit qu'à
                        m'effrayer inutilement. Mais sur-tout, je vous en prie, ne me conduisez pas
                        dans une vieille chambre où il y ait “un fauteuil de fer, des barres et “des
                        anneaux pour entraver les pieds “et les ains,“ et ce qui est encore plus
                        terrible que tout pela très “sombre rideau qui descende du haut “en bas“
                        derrière lequel se trouve “étendu urne couchette basse et tout inondée de
                        sang, un cadavre “dont les traits hideux, déformée par la mort, soient
                        hideux et effrayans <ref target="#N383"/> .“Ce n'est pas que, comme <hi rend="italic"> Emilie </hi> , je le prisse pour <hi rend="italic">
                            madame Montoni </hi> ; mais c'est que je n'aime pas les rideaux, depuis
                        que j'ai découvert derrière celui de la niche du salon un objet encore plus
                        terrible que la figure de cire du château d'Udolphe, quoiqu'elle représentât
                        un cadavre rongé par les vers. -- Toutes ces dissertations seroient
                        excellentes dans un autre temps, dit le moine qui commenqoit à
                        s'impatienter, mais maintenant il-s'agit de fuir. </p>
                    <p> Au même instant, “une trappe s'ouvrit à leurs pieds“ et ils en vibent sortir
                        de grands hommes dont “la figure n'annonçoit rien que de féroce. Ce n'est
                        pas encore le mo“ment de fuir, cria l'un d'eux d'une “voix terrible, c'est
                        le moment de “combattre et de mourir <ref target="#N384"/> .“ Adressezvous
                        au Père que voilà, dit en tremblant M. Dabaud; quant à moi, je ne combats
                        que les ennemis de la république. D'ailleurs, comment voulez-vous que je me
                        défende; je n'ai pas le vieux sabre dont <hi rend="italic"> d'Orméville
                        </hi> s'étoit servi pour enfoncer la porte. <ref target="N385"/> Sans
                        écouter ses prières et ses supplications, les nouveaux venus se jetèrent sur
                        lui; il tendit la main au moine obligeant et lui dit d'un ton dolent et
                        affectueux: Adieu, mon père, je n'ai connu de moines honnêtes géns que vous
                        et le <hi rend="italic"> Père Evangelista </hi> ; mais aussi“ mauvaise robe
                        qui couvroit son corps étique annonçoit-elle que “la libéralité de l'abbé ne
                        s'étendoit “pas jusqu'à lui et qu'il ne partageoit “poit ses orgies <ref target="#N386"/> .“ Quant à vous, jé vous conseille de casser votre
                        bouteille, parce que le secret en est devenu trop commun, et il ne sera pas
                        mal que désormais on prenne un autre moyen quand on voudra faire passer les
                        gens pour morts. </p>
                    <p> En ce moment ses persécuteurs le pressèpent de nouveau; il se retourna de
                        leur côté, et remarqua qu'ils étoient masqués: Helas, messieurs, leur dit-il
                        avec résignation, vous êtes bien les maîtres de faire de moi ce que vous
                        voudrez; mais, en vérité, il n'y avoit pas la de quoi vous masquer, fût-ce
                        même; comme Smith avec “une légère pellicule adroitement “collée sur la peau
                            <ref target="#N387"/> , "ce qui, je dois en convenir, est une manière
                        aussi ingénieuse que nouvelle, de déguiser. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XVII. </head>
                    <p> Les hommes masqués attachèrent M Dabaud à un pilier avec une grosse chaîne
                        de fer et le laissèreut seull Gémissant sur sa destinée, il s'écrioit d'un
                        ton qui auroit attendri les coeurs les plus insensibles: Messieurs,
                        messieurs, prevenez; je jurerai sur <hi rend="italic"> la tête de mort </hi>
                        sur <hi rend="italic"> </hi> , sur tout ce que vous voudrez “ de ne jamais
                        “faire même soupçonner l'existence “de ce sonterrain <ref target="N388"/> ;“
                        vous me tiendrez, si vous voulez, pendant ce temps-là sur le sein <hi rend="italic"> le bout du pistolet </hi> et la <hi rend="italic"> pointe
                            du poignard </hi> , mais laissez-moi aller ... Personne ne me réponds
                        ajoutoit-il un moment après; à moins qu'on n'en vienne à révéler deux ou
                        trois confessions comme on le fit pour sauver <hi rend="italic"> Vivaldi </hi>
                        <ref target="#N389"/> , il y a à parier que je périrai de faim ici. </p>
                    <p> Tout-à-coup il fut interrompu par le bruit confus de plusieurs voix qui
                        perçoient au travers de la muraille, il écouta attentivement et il entendit
                        qu'on parloit de lui. Bientôt il reconnut avec effroi, qu'il n'étoit
                        question de rien moins que de le tuer; on disputoit seulement sur le genre
                        de mort qu'on lui feroit subir et sur l'heure à“ laquelle on lui feroit
                        rendre le dernier soupir. Justes dieux, s'écria - t - il avec l'excès de
                        l'abattement et du désespoir; à quelle extrémité suis-je réduit... </p>
                    <p> Il entendit en ce moment qu'on décidoit qu'il seroit brûlé vif, et que
                        l'exécution se feroit à cinq heures du matin. L'horloge sonna en même temps
                        quatre heures et demie. Allons, je n'ai plus qu'une demi-heure à vivre,
                        dit-il, et je serai brûlé comme <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> ... Je
                        dois me trouver encore fort heureux, ajouta-t-il un instant après, de
                        n'avoir pas eu, comme lui, les os <hi rend="italic"> applatis </hi> avec des
                        coins de fer; car, quoique deux ou trois jours après avoir eu“les membres
                        disloqués, les ongles “des pieds et des mains arrachés, et “les doigts
                        brisés par la pression des “étaux, il marchât à grands pas dans “son cachot
                            <ref target="N390"/> ,“ il vaut encore mieux n'avoir pas, été le héros
                        de pareille fête. </p>
                    <p> M. Dabaud se tut pendant un moment. Hélas, dit - il en se relevant, si
                        j'avois le livre que <hi rend="italic"> Matilde </hi> laissa à son prieur de
                        Dominicains dans les prisons de l'Inquisition, peut-être en ferois-je usage:
                        pourvu cependant que l'esprit se montrât à moi comme il parut la première
                        fois dans les caveaux de Sainte-Claire, après que <hi rend="italic"> Matilde
                        </hi> eut fait ses sortiléges. Je voudrois qu'il vint avec “son étoile au
                        front ses “ailes cramoisies, son bandeau cou“leur de feu, ses cercles de
                        diamans “autour. des bras et des doigts, ses “rayons et ses nuages couleur
                        de rose, son délicieux parfum;“ car, quand on fait tant que de voir le
                        diable, au moins faut - il le voir en petit uniforme et point dans sa grande
                        tenue, qui n'est pas du tout engageante.... Oui, en vérité, répécoit -il, je
                        crois que, si j'avois le petit livre, j'essayerois de lire <hi rend="italic"> les quatre premières lignes la septième page </hi> . </p>
                    <p> A peine M. Dabaud achevoit-il ces mots, u'il vit tomber de la voûte un
                        tourbillon, de <hi rend="italic"> flamme bleuâtre </hi> , qui s'éteignit à
                        ses pieds. Il fut étrangement surpris, en apercevant un petit livre;
                        cependant, à la vue de l'objet qu'il avoit désiré, il songea à ce qui lui
                        étoit préparé, et, trouvant devant lui le moyen de s'en affranchir, il
                        ramassa le livre avec la vivacité du léespoir;, il alloit l'ouvrit, mais il
                        la, jeta loin de lui en frémissant? Prenons garde à ce que nous allons
                        faire, dit il; ceci demande réflexion; plusieurs autres ont eu, comme moi,
                        commerce avec des esprits et n'en sont pas morts: il n'y a qu' <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> qui ait eu recours au diable, et il a été
                        emporté “sur le bord du précipice le plus es“carpé de la Sierra Morèna;“
                        puis il a été enlevé en l'air par le crane, puis laché“ sur la pointe
                        alongée d'un rocher, puis brisé, froissé, mutile, “brûlé par les rayons du
                        solèil, devoré par dés millions d'inséctes, déchiré par des aigles et
                        entraîné dans l'Océan“ par une averse... Non non, je ne lirai point <hi rend="italic"> la quatrième ligné de la septième page </hi> . </p>
                    <p> En ce moment l'horloge sonna quatre heures trois quarts. Encore un quart
                        d'heure, dit au travers de la muraille une des voix qui avoit déjà parlé. M.
                        Dabaud frémit: Hélas, oui! encore un quart d'heure, ajouta-t-il en jetant un
                        coup-d'oeil sur le livre .... et un quart d'heure, ce u'est que quinze
                        minutes!... </p>
                    <p> Fixant de nouveau les yeux sur l'endroit où le livre étoit tombé, il avança
                        la main pour le prendre une conde fois. Si cependant le diable vouloit être
                        homme de parole, dit-il en le saisissant....“Il resta quelque temps
                        incertain et tremblant, désirant d'essayer le charme et en “redoutant les
                        effets. Il ouvrit le livre, mais son trouble étoit si grand “qu'il chercha
                        d'abord inutilement la “page indiquée. Etonné de sa foiblesse, il rappela
                        son courage, tourna “la septième page et commença à lire “haut, mais ses
                        yeux se détournoient “souvent du livre en errant autour“ “de lui pour y
                        chercher l'esprit qu'il “désiroit et qu'il craignoit de voir. “Il persista
                        pourtant dans son des“sein. D'une voix chancelante et sou“vent interrompue,
                        il vint à bout de “lire les quatre premières lignes de “la page.“ </p>
                    <p> “Elles étoient écrites dans un langage qui lui étoit absolument inconnu.A
                        peine avoit-il prononcé les derniers mots, que l'effet du “charme se fit
                        sentir.... Il vit descendre de la voûte un ange de ténèbres dont les membres
                        brûlés portoient encore les marques de la foudre. Un brun basané s'étendoit
                        “sur tous ses traits: de longues griffes armolent ses mains et ses pieds.
                        Ses yeux étinceloient d'un feu sombre qui auroit glacé d'effroi le coqur le
                        plus ferme. A ses énormes épaules étoient attachées deux grandes “ailes
                        noires; et sur sa tête au lien de cheveux étoient des serpens .... D'une
                        main il tenoit un rouleau de parchemin et de liautre une plume de fer.“ </p>
                    <p> Pourquoi suis-je appelé, demandatil d'une voix rauque et sourde.“ </p>
                    <p> Sans lui répondre, M. Dabaud épouvanté se mit les mains sur les yeux et dit
                        à demi-voix: Ciel je suis perdu! c'est absolument le même qui a emporté <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> ; il lui manque cependant une queue et des
                        cornes, pour être le diable dont ma nourrice m'a toujours parlé. </p>
                    <p> Détrompe-toi, reprit l'esprit; ne crois pas qu'un mince individu comme toi
                        soit traité comme un prieur de Dominicains, comme l'homme le plus révéré de
                        Madrid. Mon maître ne se dérange pas pour si peu de chose; je ne suis qu'un
                        des minces officiers de la suite de celui qu'a vu <hi rend="italic">
                            Ambrosio </hi> . Tu dois bien remarquer que je n'ai autour de moi ni <hi rend="italic"> tourbillons de vapeurs sulfureuses </hi> , ni tonnerre,
                        ni éclairs: mais, quoique je ne sois qu'un diable subalterne, je puis
                        cependant te rendre service; que veux-tu? </p>
                    <p> “Je suis condamné à mourir, dit “M. Dabaud d'une voix foible, sentant “son
                        sang se glacer dans ses veines “toutes les fois qu'il regardoit le ter“rible
                        étranger. Sauvez-moi, emportez-moi d'ici. </p>
                    <p> “Serai-je payé de ma peine? Renoncez -vous à lire des Rattcliffadedes
                        répondez seulement oui, et je ussuis à vos ordres.“ </p>
                    <p> “Ne sauriez-vous vous contentez “d'un moindre prix?... Esprit, vous demandez
                        trop. Cependant, tirez-moi “de ce dachot, servez - moi pendant une heure“ et
                        je ne lirai pas de <hi rend="italic"> Ratteliffades </hi> pendant un an.
                        Cela ne suffit-il? </p>
                    <p> Non, il faut que vous n'en lisiez jamais, absolument jamais. </p>
                    <p> “Insatiable démon. Je ne veux pas me condamner à une privavation “
                        éternelle. Je ne veux pas renoncer à l'espoir“ de voir quelque chose de plus
                        surprenant encore que les <hi rend="italic"> Mystères d'Udolphe </hi> , <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> et sur-tout <hi rend="italic"> le Moine </hi>
                    </p>
                    <p> “Sur quelle chimère reposent donc “vos espérmées? Misérable insensé!“ Que
                        voulez-vous de plus fort que ces ouvrages-là? Attendez-vous qu'après avoir
                        mis les moines, les esprits et les diables dans des romans, on aille y
                        mettre Dieu, les anges et les saints? non, non; il est des bornes que le
                        mauvais goût et la folie de l'imagination déréglée ne sauroient franchir;
                        ils ont déjà été trop loin, ils ont déja abusé assez long-temps du sommeil
                        du hon goût et de la raison qui doivent enfin se réveiller et nous ramener à
                            <hi rend="italic"> Clarice </hi> et à <hi rend="italic"> Tom-Jones </hi>
                        . Signez ce parchemin, je vous emporterai hors d'ici et vous pourrez passer
                        le reste de vos jours dans une bonne bibliothèque où l'on ne placera que des
                        peintures de moeurs véritables et bien dessinées au lieu des rêveries et des
                        exagérations dont on s'est occupé un moment. </p>
                    <p> M. Dabaud se taisoit, il ne savoit que répondre,“ l'esprit malin vit qu'il
                        étoit ébranlé. Il renouvela ses instances et profita si bien de son
                        désespoir et de ses craintes, qu'il le décida à prendre le parchemin. De sa
                        plume de fer il le piqua à ne veine de la main gaucheet en tira assez de
                        sang pour écrire. Il lui “remit la plume. Le malheureux plaça le parchemin
                        sur la table qui étoit „devant lui et se prépara à signer. </p>
                    <p> “Puis soudain il retira sa main, se leva brusquement et jeta la plume sur la
                        table. “Que fais-je! s'écria-t-il se tournant ensuite vers l'esprit avec
                        l'air “du désespoir. Laisse - moi; va“ten.... je ne signerai pas ce
                        par“chemin.“ </p>
                    <p> "Insolent, s'écria le démon mécontent en lui lançant des regards pro“pres à
                        le pénétrer d'horreur, c'est “ainsi que tu me joues! Eh bien, soit! va
                        mourir dans les supplices. Mais “si tu me fais revenir une seconde “fois
                        pour rien, je te force à lire de suite quatre chapitres des <hi rend="italic"> Chevaliers du Cygne </hi> , avec les épigraphes en
                        anglais, en italien et en français. ,Parle, “veux- tu signer le parchemin? </p>
                    <p> “Non, laisse-moi, va-t-en." </p>
                    <p> En cet instant l'horloge sonna cinq lieures. "En entendant le premier coup,
                        “M. Dabaud sentit tout son sang s'arrêter. La mort et la douleur sembloient
                        résonner dans chacun des quatre autres coups, il crut voir arriver les
                        “voleurs pour le conduire au bûcher; „bientôt il entendit leurs pas, le
                        bruit „le décida. </p>
                    <p> Eh bien veux-tu signer le parchemin, lui demanda de nouveau l'esprit. </p>
                    <p> “Il le faut hen, j'y suis forcé. J'accepte vos conditions; mais que porte
                        cet écrit? </p>
                    <p> Il vous oblige à ne toucher de votre vie aucun roman anglais, excepté ceux
                        de <hi rend="italic"> Richardson </hi> , de <hi rend="italic"> Fielding
                        </hi> , de <hi rend="italic"> Miss Bennet </hi> et des autres auteurs qui
                        voudront les imiter. </p>
                    <p> “Que dois-je recevoir en échange?“ </p>
                    <p> “Ma protection et l'évasion du ca“ohot; signez et je vous enlève.“ </p>
                    <p> “M. Dabaud prit la plume et la „mit sur le parchemin. Le courage lui manqua
                        encore. Il sentit son “coeur glacé d'une terreur secrète et “jeta encore une
                        fois la plume sur “la table. </p>
                    <p> “Homme lâche et stupide, s'écria “le diable furieux, finissez ces sotti“ses.
                        Signez l'écrit à l'instant,ou je m'en vais chercher l'ouvrage dont je vous
                        ai parlé. </p>
                    <p> “Dans ce moment, on tira les verroux de la porte extérieure; le prisonnier
                        distingua le bruit des chatnes, il entendit tomber la lourde “barre; les
                        voleurs étoient sur le point “d'entrer. Poussé jusqu'à la frénésie,
                        “frémissant de l'approche de la mort, “épouvanté par les menaces du démon,
                        ne voyant point d'autre moyen “d'échapper à sa perte, le misérable “céda. Il
                        signa le contrat fatal et “le remit entre les mains du mauvais esprit dont
                        les yeux en le recevant étincelèrent d'une maligne „joie. </p>
                    <p> „Tenez, dit le malheureux, à présent sauvez-moi, emmenez-moi d'ici. </p>
                    <p> “Un moment. Renoncez-vous librement et absolument aux Mystères <hi rend="italic"> d'Udolphe </hi> , au <hi rend="italic"> Moine </hi> , à
                            <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville </hi> , à <hi rend="italic">
                            Hubert de Sévrac </hi> , à <hi rend="italic"> Célestine </hi> , aux <hi rend="italic"> Souterrains de Mazzini au Tombeau </hi> , à <hi rend="italic"> la Forét </hi> , au <hi rend="italic"> Confessionnal des
                            Pénitens noirs </hi> , en un mot à tous les romans passés, présens et
                        futurs où il y aura des spectres, des ruines, des vieux châteaux, des
                        bandits, de petites portes cachées, des poignards tachés de sang, des
                        armoires secrètes et, sur-tout une tour portant le nom du quel que ce puisse
                        être des quatre points cardinaux? </p>
                    <p> “Oui, j'y renonce. </p>
                    <p> “Pour toujours? </p>
                    <p> “Pour toujours. </p>
                    <p> “Sans réserve et sans subterfuge? </p>
                    <p> “La dernière chaîne tomba de la “porte du cachot, on entendit la clef
                        “entrer dans la serrure. </p>
                    <p> Je ferai tout ce que vous voudrez; je lirai même les cent trente et je ne
                        sais combien de volumes du nouveau Scudéri français, si vous l'exigez,
                        s'écria M. Dabaud , égaré par la frayeur. “Les voilà qui entrent: sauvez-moi
                        “donc, emportez - moi. Mais cependant, nous mettrons dans notre marché que
                        vous ne m'enfoncerez pas vos griffes terez pas au-dessus de la Sierra Modans
                        la tête, et que vous ne m'emporrèna; mais dans ma terre, dont je voudrois
                        bien n'être jamais sorti. Songesque je ne suis pas si criminel qu' <hi rend="italic"> Ambrosio </hi> , que je n'ai pas été prieur des
                        Dominicains de Madrid, que je n'ai pas étranglé ma mère, violé ma soeur dans
                        un caveau au milieu de deux tombeaux, que je ne l'ai pas tuée, et que
                        sur-tout je n'ai pas été l'amant de <hi rend="italic"> Matilde </hi> , qui
                        est devenue successivement, novice dominicain, femme, magicienne et enfin
                        diable tout comme vous. </p>
                    <p> L'esprit ne put s'empêcher de sourire; il saisit M. Dabaud au travers du
                        corps, et tous deux furent enlevés au travers de la voûte. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XVIII. </head>
                    <p> En se sentant enlever, M. Dabaud mit ses mains sur ses yeux et les tint si
                        exactement fermés qu'il ne voyoit rien du tout. Au bout de peu de momens le
                        diable le lâcha, le posa sur ses pieds et lui dit: Regarde autour de toi. </p>
                    <p> Il eut quelque peine à s'y résoudre; cependant il ouvre les yeux peu-à-peu,
                        et qu'on juge s'il est étonné en se trouvant au milieu "d'un salon
                        magnifique où l'or brille de toutes parts. Des colonnes de marbre blanc
                        supportent une voûte elliptique enrichie des plus belles sculptures, et dans
                        leur couronnement on a pratiqué une galerie pour y placer des musiciens.
                        Vingt-quatre lustres de crystal de roche, suspendus entre les colonnes, sont
                        garnis d'une quantité innombrable de bougies qui répandent dans ce palais
                        une lumière éblouissante <ref target="#N391"/> ." Par le <hi rend="italic">
                            stylet </hi> que <hi rend="italic"> Schédoni </hi> donna à son guide en
                        lui disant "qu'il lui seroit plus utile qu'une douzaine de fusils <ref target="#N392"/> ," s'écria M. Dabaud, je suis chez une fée, ou chez <hi rend="italic"> le pécheur Don Carlos, fils de Phippe II roi d'Espagne
                                <ref target="#N393"/> . </hi>
                    </p>
                    <p> Autour de la salle étoient cinquante jeunes gens de différentes tailles et
                        de différens âges, entre lesquels M. Dabaud reconnut Dubert et Roger. Il ne
                        pouvoit en croire le rapport de ses sens, il considéroit tout d'un oeil
                        égare. Quoi, s'écria-t-il enfin, est-ce que mon fils seroit en enfer? -- Oui
                        sans doute, répondit Dubert d'un air très-sérieux; voilà le diable qui est
                        spécialement chargé de le tourmenter, ajouta-t-il en montrant une jeune
                        personne charmante que Roger tenoit par la main. M. Dabaud reconnut avec une
                        surprise mêlée de plaisir celle qu'il avoit vue dans "la tour du <hi rend="italic"> Sud-ouest </hi> . Je doute, s'écria-t-il, que <hi rend="italic"> Matilde </hi> fut plus jolie que cela, malgré "ses
                        proportions exquises dans les traits, sa profusion de cheveux dorés, ses
                        yeux célestes et ses lèvres de rose <ref target="N394"/> ." Et, quoiqu'elle
                        chantât fort bien et jouât parfaitement de la harpe, la citoyenne que voilà
                        a sans doute encore une plus belle voix et joue mieux de la mandoline. Mais,
                        parmi tous ces diables, je ne retrouve pas celui qui m'a emporté. -- Il est,
                        répondit en riant Dubert, avec les esprits et les autres choses surprenantes
                        que vous avez vues, et il ne vous manque plus qu'une explication pour être
                        le héros d'un roman anglais, où les spectres, les apparitions et tous les
                        autres grands moyens à la mode n'ont pas été épargnés. </p>
                    <p> Quoi, s'écria M. Dabaud avec un élan de joie, tout cela étoit préparé exprès
                        pour moi! Ah! vous m'avez fait grand'peur, mais vous me faites maintenant
                        encore plus de plaisir. Hâte-toi, mon cher Dubert, de me <hi rend="italic">
                            dérouler </hi> tout cela. </p>
                    <p> Volontiers, reprit le jeune homme, d'autant mieux que nous avons peut-être
                        eu le tort de pousser avec vous la plaisanterie un peu trop loin. </p>
                    <p> Comment, dit M. Dabaud, trop loin! est-ce qu'on va jamais trop loin dans un
                        roman anglais! il y manque même quelque chose, c'est que toi qui vas
                        dévoiler les mystères, tu devrois être prêt à mourir ou du moins te trouver
                        bien mal, comme <hi rend="italic"> Vincent </hi> , comme le <hi rend="italic"> marquis de Mazzini </hi>
                        <ref target="N395"/> , comme <hi rend="italic"> Mylord Chatam </hi>
                        <ref target="#N396"/> , comme la <hi rend="italic"> Signora Laurentini </hi>
                        <ref target="#N397"/> , comme <hi rend="italic"> Eburne </hi>
                        <ref target="#N398"/> , comme <hi rend="italic"> Rasoni </hi> , comme <hi rend="italic"> Julie </hi>
                        <ref target="#N399"/> , comme <hi rend="italic"> Schédoni </hi>
                        <ref target="#N400"/> , comme.... </p>
                    <p> Oh! vous me dispenserez de cette exactitude, interrompit Dubert, et vous me
                        permettrez de me bien porter. Ecoutez-moi donc; voilà que le dernier
                        chapitre de notre histoire commence. </p>
                </div>
                <div type="chapter">
                    <head> CHAPITRE XIX </head>
                    <p> Lorsque j'arrivai chez vous à la camtant que prend le personnage qui
                        rapagne, poursuivit Dubert du ton imporconte l'histoire qui doit découvrir
                        tous les ressorts d'un roman, l'avidité avec laquelle vous lutes les
                        productions que je vous apportai, me fit naître un projet qui, en vous
                        traitant d'après votre goût favori, devoit être avantageux à ce pauvre
                        Roger, dont votre rigueur empoisonnoit les jours. Je lui fis part de mon
                        dessein, j'eus beaucoup de peine à le lui faire approuver, et il ne fallut
                        rien moins que la certitude d'obtenir la main de sa chère Ursule pour le
                        décider à me seconder. </p>
                    <p> Imbécille, dit M. Dabaud avec un peu d'humeur en s'adressant à Roger,
                        étois-tu donc fâché de voir le nom de ton père figurer désormais auprès de
                        ceux de <hi rend="italic"> Montoni, d'Alfred, d'Hubert de Sévrac </hi> et
                        compagnie? Tu ne sens donc pas que me voilà célèbre, actuellement que j'ai
                        passé une nuit vu des brigands, des spectres, des moidans la tour du Sud
                        -ouest, que j'ai nes, etc. etc. etc. </p>
                    <p> Je bâtis le plan de mon roman, continua Dubert, et une aventure que vous
                        aviez eue dans votre jeunesse m'en fournit le premier fondement, qui est,
                        comme vous savez, une personne tuée ou morte depuis longtemps. Ce point
                        essentiel une fois établi, les scènes que j'avois combinées et j'avois
                        besoin d'un théâtre pour jouer d'acteurs pour les exécuter. Je me rappelai
                        qu'à un quart de lieue de votre terre, il y avoit une abbaye qu'on avoit
                        commencé à démolir, et qui pourroit nous servir avec succès de vieux château
                        ruiné; j'y fis préparer à la hâte ce qu'il y manquoit encore pour soutenir
                        dignement ce titre, et j'invitai tous ces messieurs, qui sont les jeunes
                        citoyens de l'école normale vouloir bien venir seconder mes vues. Je dois
                        les louer ici de l'adresse et de l'ensemble qu'ils ont mis à remplir chacun
                        les rôles qui leur avoient été confiés. </p>
                    <p> Lorsque tout fut en mesure nous ne songeames plus qu'à mettre la main à
                        l'oeuvre. Le soir qui fut fixé pour l'exécution, je commençai par disposer
                        votre esprit en vous nourrissant d'idées noires; il avoit été convenu que
                        Roger, qui n'a voulu se mêler de rien, feroit semblant de dormir. Une
                        pendule placée vis-à-vis de moi, et qui alloit exactement avec l'horloge du
                        château, m'annonça le moment où dix heures alloient sonner; je fis alors le
                        signal convenu, et l'ombre du chevalier de Germeuil, ou le jeune citoyen que
                        voilà, sortit d'une grande armoire qui étoit derrière vous, avec le visage
                        couvert de farine et un drap de lit tout taché d'encre rouge, car nous avons
                        fait un grand usage de ces deux ingrédiens. L'esprit ne fut visible que pour
                        vous, et il s'abyma par une trappe faite exactement d'après celles de <hi rend="italic"> l'Abbaye de Grasville et de Célestine. </hi>
                    </p>
                    <p> Citoyen, permettez que je vous embrasse, dit M. Dabaud au jeune vous vous
                        êtes, en honneur, tire de homme que Dubert lui avoit désigné; votre
                        personnage aussi bien qu'un véritable esprit. </p>
                    <p> Il y avoit dans le vin que je vous donqai à boire, continua Dubert, <hi rend="italic"> une drogue assoupissante </hi> qui nous permit de vous
                        transporter, sans que vous vous en aperçussiez, dans le vestibule de
                        l'abbaye, où nous avions mis toutes les décorations ordinaires. </p>
                    <p> C'est moi qui étois la voix souterraine que vous avez entendue, dit un des
                        jeunes gens à M. Dabaud; je faisois ma grosse voix dans un cornet de papier;
                        est-ce que je ne vous ai pas bien fait peur? </p>
                    <p> Vous avez joué votre rôle au moins aussi bien que <hi rend="italic"> M.
                            Dupont </hi> auroit pu le faire, répondit M. Dabaud transporté de
                        plaisir. Et c'est moi qui étois la lumière qui couroit dans le cloître, dit
                        un petit espiègle; j'avois une lanterne attachée sur le dos, je gambadois
                        parmi les piliers, et, quand je tournois mon visage de votre côté, vous ne
                        voyiez plus rien. </p>
                    <p> Voilà, reprit Dubert, plusieurs de ces messieurs, qui étoient chargés de
                        faire les ombres, les gémissemens, les soupirs, d'ouvrir et de fermer les
                        portes au besoin, en restant cachés derrière. </p>
                    <p> Vous arrivates à la cellule du moine. Le citoyen que vous voyez, qui jouoit
                        ce rôle, récitoit toujours la même prière, afin que vous ne manquassiez pas
                        d'entendre des paroles qui devoient servir encore à vous enflammer
                        l'imagination. Lorsqu'il avoit fini, il frappoit de grands coups de poing
                        sur un outre rempli de vent, qui étoit caché sous l'autel. </p>
                    <p> Et moi, dit M. Dabaud, qui avois la bonté de le plaindre et de croire que le
                        vertueux solitaire s'enfonçoit la poitrine à chaque fois. Mais, par exemple,
                        comment avez-vous fait pour me faire trouver tout - d'un - coup des mains et
                        mes habits pleins de sang? </p>
                    <p> Cela n'est pas difficile à éclaircir. </p>
                    <p> Vous vous souvenez sans doute du corridor que vous traversates dans
                        l'obscurité en tâtonnant le long de la muraille: eh bien, cette muraille
                        étoit entièrement garnie d'encre rouge, et la lumière ne disparut que pour
                        vous obliger à remplir nos vues. </p>
                    <p> Après vous avoir fait son histoire notre hermite vous fit sortir pour vous
                        conduire à la chapelle. Tout y étoit préparé pour vous recevoir, et les
                        chandeliers pourris, les livres, les ornemens déchirés étoient comme ces
                        ruines qu'on se donne bien de la peine à placer dans un jardin anglais; nous
                        nous étions efforcés de donner à des choses toutes neuves un air de vétusté.
                        L'épée de Saint Michel ne tomba ur le livre que vous regardiez, que parce
                        que votre compagnon tira, sans que vous le vissiez, une petite corde qui y
                        étoit attachée. </p>
                    <p> Vous entrates dans l'église; les cloches qui frappèrent vos oreilles étoient
                        tout bonnement un carillon électrique, et c'étoit moi qui tournois la roue
                        placée dans une chapelle obscure. Les cheveux blancs du religieux se
                        hérissèrent parce qu'il étoit lui-même <hi rend="italic"> isolé </hi> et
                        qu'il tenoit à la main un <hi rend="italic"> conducteur </hi> .
                        L'illumination subite se fit par lem moyen de petits citoyens cachés der-so
                        rière les statues devant lesquelles lesa lanternes étoient posées; au
                        signalt donné, ils enlevèrent tous à - la - foisp de grands cornets de fer
                        blanc quin enveloppoient les lanternes et les empêchoient de jeter leur
                        éclat; ils les remirent de même quand il en fut temps. Quant aux autels qui
                        tremblèrent, aux images qui gémirent et baissèrent la tête, <hi rend="italic"> l'abbé Palerme </hi>
                        <ref target="N401"/> a nous avoit envoyé son secret. </p>
                    <p> Les revenans n'étoient autre chose que les <hi rend="italic"> fermeurs de
                            portes, les gémisseurs, les soupireurs </hi> qui avoient changé de
                        costume. L'organiste étoit notre charmante Ursule, qui ne joue pas moins
                        bien du clavecin que de la mandoline. Notre solitaire vous fit sortir de
                        l'église pour vous mener sau bâtiment où les grandes scènes étoient
                        préparées. Il eut bien de la peine à vous décider, et, sans le tonnerre qui
                        vint fort à propos.... </p>
                    <p> -- Mais ce tonnerre, c'étoit tout de bon qu'il grondoit et .... </p>
                    <p> -- Aussi n'avons-nous eu d'autre mérite que d'en tirer parti; le ciel a bien
                        voulu être d'accord avec nous, comme avec le <hi rend="italic"> Père Pierre </hi>
                        <ref target="#N402"/> . </p>
                    <p> Il vous en coûta beaucoup pour vous résoudre à monter l'escalier arrosé du
                        sang d'un jeune citoyen qui s'étoit un peu coupé le doigt; enfin vous
                        arrivates dans l'antichambre tendue de noir, et, comme on prévit que vous
                        chercheriez à fuir, on ferma derrière vous une grille, pour vous en ôter la
                        facilité. Pendant le peu de temps que vous futes absent, la figure qui étoit
                        sur le lit de parade eut la facilité de passer dans une autre chambre par
                        une porte cachée sous la tapisserie. Vous pénétrates dans le salon et... </p>
                    <p> -- Ah! dis-moi, comment vous avez fait pour préparer ce que j'ai vu derrière
                        le rideau de la niche? J'ai encore peine à comprendre comment ce n'étoit pas
                        une réalité. </p>
                    <p> -- N'allons pas si vîte, c'est là précisément ce qui doit être la dernière
                        partie de notre explication; il faut agir d'après les règles. </p>
                    <p> Les portraits qui étoient dans la grande salle avoient été trouvés dans un
                        grenier de votre château, et celui d'Ursule, en faveur de qui nous voulions
                        vous attendrir, a été peint par elle - même. L'échange se fit pendant que
                        vous alliez chercher la chaise qu'on n'avoit placée aussi loin que pour
                        avoir le temps de faire remonter devant l'autre le second portrait qui étoit
                        à coulisse dans la cloison. </p>
                    <p> Ce fut madame qui se montra à vous et qui disparut dans la chambre voisine,
                        pendant que, fidelle à l'usage, vous vous étiez évanoui. Le fracas des
                        armures que vous entendites n'étoit autre chose qu'une batterie de cuisine
                        complète qu'on renversa par terre. Ce furent encore les <hi rend="italic">
                            figurans </hi> et les <hi rend="italic"> doublures </hi> qui vinrent
                        passer devant vous en criant: <hi rend="italic"> Grands dieux! c'est lui;
                        </hi> cette procession-là vous avoit trop amusé en lisant <hi rend="italic">
                            le Tombeau </hi> pour que nous ne vous en donnassions pas la copie. </p>
                    <p> Le jeune citoyen que voilà vous tira dans un pistolet la clef de la petite
                        armoire; nous n'avions pas trouvé de moyen moins usé et plus extraordinaire
                        que celui-là pour vous la faire parvenir. Les lettres que vous avez lues
                        sont d'Ursule: c'est elle-même qui vous parla de nouveau et qui parut auprès
                        du lit, après que monsieur, qui a fait le Président, en eut relevé les
                        rideaux. </p>
                    <p> La figure que vous avez vue dans la glace n'étoit autre chose qu'un jeune
                        citoyen renfermé dans une caisse vitrée; il leva un rideau pour se
                        montrertrer et le referma quand son rôle fut joué. Mais tout cela est bien
                        simple, dit M. Dabaud. -- Plus simple encore que dans aucun roman anglais;
                        c'est ce qui vous prouve qu'il est bien plus aisé de costumer un revenant
                        que de dessiner un caractère. </p>
                    <p> Le chevalier de Germeuil et Ursule étoient placés sur deux trappes, dont
                        l'une descendoit tandis que l'autre montoit, et cela sans plus de mécanique
                        ni d'efforts qu'il n'y en a à un puits dont la corde est double; ils se
                        servoient mutuellement de contre-poids. Le papier que vous lisiez étoit <hi rend="italic"> de costume </hi> ainsi que beaucoup d'autres choses que
                        je ne veux pas me donner la peine de vous rappeler et qui s'expliquent
                        d'elles-mêmes. </p>
                    <p> Quant aux couvertures qui se sont agitées, la cause en est bien naturelle;
                        c'est qu'il y avoit quelqu'un caché dessous, et la main qui a saisi la vôtre
                        appartenoit au citoyen que voici qui, ayant le malheur d'être attaqué de la
                        jaunisse, devenoit plus propre que tout autre à remplir mon objet. </p>
                    <p> C'est notre Ursule qui a chanté et joué de la mandoline, comme vous devez
                        vous en douter; elle étoit placée dans un petit cabinet qui n'étoit séparé
                        de celui ou vous êtes entré que par une légère cloison. Pour le squelette,
                        la mandoline qu'il avoit sur les genoux étoit déjà décollée, ses vêtemens
                        étoient déjà en lambeaux à chacun desquels étoit attachée une petite corde;
                        de manière qu'en les tirant toutes à-la-fois, il est resté nu; d'autres
                        cordes attachées dans les bras et tirées adroitement par quelqu'un qui étoit
                        caché sous la chaise, le faisoient s'agiter comme un pantin. Pendant que
                        vous étiez dans ce cabinet, on a fermé derrière vous la porte par où vous
                        étiez entré; elle étoit, comme toutes les portes de cette espèce, si
                        artistement faite qu'on n'en voyoit pas la jointure; on en a ouvert une
                        autre, qui donnoit dans un nouvel appartement, et, aussitôt que vous avez
                        été passé, on a refermé le pan entier de la boiserie qui se mouvoit par
                        ressorts; tout cela étoit si bien fait, à la manière ordinaire, qu'il étoit
                        impossible d'entendre le plus petit froissement et de s'apercevoir de rien. </p>
                    <p> Nous vous avons détaché des contrebandiers, parce qu'il en faut bien dans un
                        roman anglais; ce qui s'est passé entre eux et vous n'a pas dû vous étonner:
                        ils avoient appris leur rôle dans <hi rend="italic"> le Moine </hi> et dans
                        les <hi rend="italic"> Mystères d'Udolphe </hi> . </p>
                    <p> Toute l'histoire du souterrain n'a pas besoin d'explication; vous sentez
                        bien que l'inconnu si prodigue de baisers étoit encore un de ces messieurs,
                        et il vous a mené voir une machine que nous n'avons pas eu de peine à faire
                        construire d'après la description exacte qu'on en trouve dans le Tombeau.
                        Vous n'avez vu ensuite dans le souterrain que ce que l'on rencontre
                        aujourd'hui dans tous les vieux châteaux, excepté cependant un moine employé
                        à faire une bonne action, ce qui n'est pas ordinaire, ainsi qu'il vous l'a
                        observé lui-même. </p>
                    <p> Il falloit trouver une catastrophe à notre roman, et, comme vous aviez été
                        émerveillé de celle du Moine, nous avons calqué la nôtre dessus, excepté
                        que, n'ayant à nos ordres qu'un diable postiche, nous n'avons pu lui donner
                        ni tonnerre, ni éclairs, ni souffre, et orner son apparition de tout son
                        spectacle. C'est le citoyen que j'ai l'honneur de vous présenter qui a
                        rempli ce personnage avec toute la force que sa constitution robuste lui a
                        fournie pour vous enlever jusqu'ici, moyennant, bien entendu, qu'il étoit
                        lui-même hissé par une corde attachée sous ses bras. Je n'ai pas besoin de
                        vous dire que le petit livre qu'on vous a jeté par un trou de la voûte étoit
                        légérement imbibé d'esprit de vin auquel on avoit mis le feu. Mais, comme
                        vous avez fait un pacte avec le diable, il est juste que vous voyiez ce que
                        vous avez signé. Lisez votre engagement. </p>
                    <p> M. Dabaud prit le parchemin que Dubert lui présentoit; c'étoit le contrat de
                        mariage d'Ursule et de Roger. Les deux jeunes gens se jetèrent à ses genoux,
                        il les releva, les embrassa et consentit à tout en leur disant: Vous sentez
                        bien, mes amis, que je ne peux pas m'opposer à ce que vous soyez époux: vous
                        étiez amans en commençant notre histoire, puisqu'on ne vous tue pas, il faut
                        bien qu'on vous marie. </p>
                    <p> Vous nous excuserez, reprit Dubert, si nous ne vous avons pas donné
                        d'orages, de tempêtes, de forêts ornées de <hi rend="italic"> bruissemens de
                            feuilles, de frolemens de branches; </hi> tout cela n'est pas si commode
                        à arranger qu'à décrire d'un trait de plume; s'il n'avoit fallu que des
                        descriptions, le citoyen que voilà nous auroit prêté volontiers un voyage
                        des Pyrénées orné de deux cent cinquante-sept levers et couchers du soleil,
                        où sont dépeintes avec grâce toutes les <hi rend="italic"> bandes de pourpre
                        </hi> qui peuvent s'élever à l'horizon, et tout ce qui s'ensuit. Si jamais
                        on transmettoit votre histoire à la postérité, on pourroit y joindre ce
                        voyage, où du reste on trouve des cascades, des rochers des descriptions
                        d'arbres et d'oiseaux êtraugers etc. etc.; tout cela bien fondu ensemble
                        pourroit fournir un volume, ce qui mérite assurément bien d'être considéré:
                        parce que, plus il y a d'espace entre le commencement des prodiges et leur
                        explication, plus l'histoire a de valeur.Nous vous demandons mille pardons
                        aussi de ce qu'il n'y a qu'une cinquantaine de personnages dans notre roman;
                        mais un bataillon de volontaires que nous avions demandé, n'a pas pu venir,
                        parce qu'il devoit ce matin faire l'exercice. Nous ne vous avons pas non
                        plus fait parcourir deux cent lieues de terrain, uniquement pour chercher
                        des aventures, parce que, plus gênés que les autres romanciers, nous
                        n'avions qu'une nuit pour commencer, embrouiller, achever et développer
                        notre histoire. </p>
                    <p> Nous ne voulions pas faire de tragédie, ainsi nous ne nous sommes pas servis
                        de poignards, quoique de règle il auroit dû mourir au moins deux ou trois
                        personnes; mais, comme il est impossible qu'un roman soit parfait, même en
                        ayant des spectres, des voleurs et des ruines, ce sera là le défaut du
                        nôtre. </p>
                    <p> Nous aurions bien pu vous faire coucher avec quelque revonant, avec quelque
                        cadavre ensanglanté; mais nous avons senti qu'il n'y avoit que la <hi rend="italic"> Nonne sanglante </hi> avec sa lampe et son poignard qui
                        fût digne d'entrer en comparaison avec <hi rend="italic"> les petits talons
                            de Célanire </hi> . </p>
                    <p> Tout cela est bel et bien, s'écria M. Dabaud, mais, mon ami, tu n'en
                        finirois pas si tu voulois m'énumérer ainsi tout ce qu'il vous auroit été
                        possible de me faire; laissons cette nomenclature et explique -moi ce que
                        signifie l'objet que j'ai trouvé dans la niche du premier salon. </p>
                    <p> Vous auriez droit de nous en vouloir, reprit Dubert, si nous vous enlevions
                        le plaisir de l'éclaircir vous même. Venez, nous allons vous conduire, et
                        vous nous direz comment il est possible de s'effrayer pour un objet
                        semblable. </p>
                    <p> M. Dabaud eut de la peine à se laisser entraîner encore au salon; cependant
                        l'idée que ce qui avoit causé son effroi n'étoit qu'une chose aussi simple
                        que toutes celles qu'on venoit de lui dévoiler, et, de plus, la nombreuse
                        compagnie qui se préparoit a l'accompagner, vainquirent sa répugnance; il
                        retourna au salon, leva, non sans hésiter, le rideau de la mystérieuse
                        niche, et qu'on se figure quel fut son étonnement, lorsqu'il aperçut un
                        repas splendide servi avec toute la magnificence et la recherche possible. </p>
                    <p> Tout le monde partit à-la-fois d'un éclat de rire en voyant sa surprise. </p>
                    <p> Il y a de la tricherie, dit-il à Dubert, et ce n'est pas là ce que j'ai vu:
                        il faut que tu m'expliques tout le mystère. </p>
                    <p> Permettez que je n'en fasse rien, répondit Dubert, il en seroit peut-être de
                        cette explication-ci comme de beaucoup d'autres dont on n'est pas content
                        après les avoir entendues; vous secoueriez la tête, vous diriez: ce n'est
                        que cela!... Il vaut beaucoup mieux vous mettre à table et réparer vos
                        forces affoiblies par les fatigues que vous avez éprouvées. </p>
                    <p> Tu as ma foi raison, dit M. Dabaud; c'est le parti le plus sage, et il ne
                        manque plus ici, pour que le roman soit fini, que M. <hi rend="italic"> de
                            Bonnac </hi> et la <hi rend="italic"> Soeur Olivia </hi> qui viennent si
                        à propos, l'un pour achever les <hi rend="italic"> Mystères d'Udolphe </hi>
                        et l'autre le <hi rend="italic"> Confessionnal des Pénitens noirs </hi> . Au
                        reste, dès demain matin j'écrirai en Angleterre pour qu'on fasse mettre mon
                        aventure dans toutes les gazcttes de Londres, et qu'on signifie en même
                        temps à tous les faiseurs de romans de me compter désormais parmi leurs
                        héros, dont aucun, soit dit sans me vanter, n'a autant vu de choses que moi
                        dans une seule nuit. </p>
                    <trailer> Fin du second et dernier volume. </trailer>
                </div>
            </div>
        </body>
        <back>
            <div type="notes">
                <note xml:id="N01"> (1) Matilde en dit autant dans Le Moine Ill. 159; mais c'étoit
                    vraiment bien autre chose. Elle parloit du diable, et ici il ne s'agit que de ce
                    qu'on va voir tout-à-l'heure. </note>
                <note xml:id="N02"> (1) Mystères d'Udolphe. III. 249 </note>
                <note xml:id="N03"> (1) Abbaye de Grasville, II. 497. </note>
                <note xml:id="N04"> (2) Souterrains de Mazzini, I. 21 et suiv. </note>
                <note xml:id="N05"> (1) Mystères d'Udolphe, IV. 34 et suiv. </note>
                <note xml:id="N06"> (2) Id. IV. 38. </note>
                <note xml:id="N07"> 3) Id. IV. 127. </note>
                <note xml:id="N08"> (1) Mystères d'Udolphe IV. 235. </note>
                <note xml:id="N09"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être. I. 96. </note>
                <note xml:id="N10"> (2) Id.l. 66. </note>
                <note xml:id="N11"> (1) Mystères d'Udolphe. II. 16o. </note>
                <note xml:id="N12"> (2) Célestine ou les Epoux sans l'être. Ill. 147. </note>
                <note xml:id="N13"> (1) Hubert de Sevrac. l. 34-37. </note>
                <note xml:id="N14"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. l. 124. </note>
                <note xml:id="N15"> (1) Le Moine, II. 106. </note>
                <note xml:id="N16"> (2) L'Abbaye de Grasville, II. 124. </note>
                <note xml:id="N17"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 195. </note>
                <note xml:id="N18"> (2) Souterrains de Mazzini, II. 136. </note>
                <note xml:id="N19"> (1) Le Moine, II. 140. </note>
                <note xml:id="N20"> (1) Le Moine, II. 160. </note>
                <note xml:id="N21"> (1) Le Moine, II. 170. </note>
                <note xml:id="N22"> (2) Le fantôme de Célestine dit: Souviens-toi des ruines de
                    Tivoli; mais il est aisé de voir combien celui-ci à pillé l'autre. </note>
                <note xml:id="N23"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être, I. 86. </note>
                <note xml:id="N24"> (2) L'Abbaye de Grasville, II. 124. </note>
                <note xml:id="N25"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, IV. 212 et suiv. </note>
                <note xml:id="N26"> (1) La Forêt, II. 27. </note>
                <note xml:id="N27"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 45. </note>
                <note xml:id="N28"> (1) L'Abbaye de Grasville, I. 115. </note>
                <note xml:id="N29"> (2) id. II. 41. </note>
                <note xml:id="N30"> (3) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 188. </note>
                <note xml:id="N31"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 249. </note>
                <note xml:id="N32"> (2) Id. II. 250. </note>
                <note xml:id="N33"> (3) Id. III. 112. </note>
                <note xml:id="N34"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 114. </note>
                <note xml:id="N35"> (2) Id. II. 240. </note>
                <note xml:id="N36"> (3) id. II. 88-110. </note>
                <note xml:id="N37"> (1) Mystères d'Udolphe, IV. 90. </note>
                <note xml:id="N38"> (2) id. IV. 90. </note>
                <note xml:id="N39"> (3) Le Moine, II. 201. </note>
                <note xml:id="N40"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 47. </note>
                <note xml:id="N41"> (2) Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 34. </note>
                <note xml:id="N42"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 47. </note>
                <note xml:id="N43"> (1) Mystères d'Udolphe. </note>
                <note xml:id="N44"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 189. </note>
                <note xml:id="N45"> (3) L'Abbaye de Grasville, I. 113 </note>
                <note xml:id="N46"> (1) Souterrains de Mazzini, I. 87 et suiv. </note>
                <note xml:id="N47"> (2) Comme il y a de ces figures-là dans tous les romans, ou
                    laisse au lecteur à rapporter celle-ci où bon lui semblera. </note>
                <note xml:id="N48"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 244. </note>
                <note xml:id="N49"> (2) Souterrains de Mazzini. Il. 118. </note>
                <note xml:id="N50"> (3) Le Moine, II. 199 </note>
                <note xml:id="N51"> (4) Souterrains de Mazzini, II. 119. </note>
                <note xml:id="N52"> (1) Le Tombeau, II. 25. </note>
                <note xml:id="N53"> (2) id. Il. 3. 133. </note>
                <note xml:id="N54"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être, IV. 40. </note>
                <note xml:id="N55"> (2) Le Tombeau, I. 152. </note>
                <note xml:id="N56"> (1) La Forêt, I. 43. </note>
                <note xml:id="N57"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 174. </note>
                <note xml:id="N58"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 63. </note>
                <note xml:id="N59"> (2) Souterrains de Mazzini, I. 85. </note>
                <note xml:id="N60"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 121 et suiv. </note>
                <note xml:id="N61"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 275. </note>
                <note xml:id="N62"> (1) Le Moine, II. 64. </note>
                <note xml:id="N63"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 56. </note>
                <note xml:id="N64"> (2) Mystères d'Udolphe, I. 175 </note>
                <note xml:id="N65"> (3) Le Tombeau, I. 155. </note>
                <note xml:id="N66"> (4) L'Abbaye de Grasville, II. 259 </note>
                <note xml:id="N67"> (1) Mystères d'Udolphe III. 11. </note>
                <note xml:id="N68"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être, IV. 32 et suiv. </note>
                <note xml:id="N69"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être, IV. 32 et </note>
                <note xml:id="N70"> (2) Confessionnal des Penitens noirs. II. 52 </note>
                <note xml:id="N71"> (1) La Forêt, I. 123 </note>
                <note xml:id="N72"> (2) Célestine ou les Epoux sans l'être, IV. 30. </note>
                <note xml:id="N73"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 67. </note>
                <note xml:id="N74"> (2) L'Abbaye de Grasville, II. 14. </note>
                <note xml:id="N75"> (1) Confessionnal des pénitens noirs, I. 138 </note>
                <note xml:id="N76"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 76.(2) id. II. 72. </note>
                <note xml:id="N77"> (2) id. II. 72. </note>
                <note xml:id="N78"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 129 et suiv. </note>
                <note xml:id="N79"> (2) La Forêt, I. 61. </note>
                <note xml:id="N80"> (3) Confessionnal des Pénitens noirs, III. 173 et suiv. </note>
                <note xml:id="N81"> (1) Souterrains de Mazzini, I. 62. </note>
                <note xml:id="N82"> (2) Mystères d'Udolphe, III. 316. </note>
                <note xml:id="N83"> (3) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 258 </note>
                <note xml:id="N84"> (4) Le Moine, I. 82. </note>
                <note xml:id="N85"> (5) La Forêt, I. 66. 113. </note>
                <note xml:id="N86"> (1) Le Tombeau I. 43 et suiv. </note>
                <note xml:id="N87"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 239 </note>
                <note xml:id="N88"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, IV 100. </note>
                <note xml:id="N89"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. III. 147 </note>
                <note xml:id="N90"> (2) Le Moine, III. 149. </note>
                <note xml:id="N91"> (3) Mystères d'Udolphe, IV. 34. </note>
                <note xml:id="N92"> (4) Id. I. 133. II. 311. III. 95 etc, etc, etc </note>
                <note xml:id="N93"> (5) Le Tombeau, I. 149 et suiv. </note>
                <note xml:id="N94"> (6) L'Abbaye de Grasville, II. 149. </note>
                <note xml:id="N95"> (1) Souterrains de Mazzini, I. 148 et suiv. </note>
                <note xml:id="N96"> ((2) La Forêt, II. 50 et suiv. </note>
                <note xml:id="N97"> (1) L'Abbaye de Grasville </note>
                <note xml:id="N898"> (2) Le Moine. </note>
                <note xml:id="N99"> (3) Souterrains de Mazzini </note>
                <note xml:id="N100"> (4) Mystères d'Udolphe. </note>
                <note xml:id="N101"> (5) Id. </note>
                <note xml:id="N102"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. Ill. se. </note>
                <note xml:id="N103"> (1) Souterrains de Mazzini, I. 100. </note>
                <note xml:id="N104"> (1) La Forêt, I. 25. </note>
                <note xml:id="N105"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 5 </note>
                <note xml:id="N106"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. . </note>
                <note xml:id="N107"> (a) id. IV. zot. </note>
                <note xml:id="N108"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 50. </note>
                <note xml:id="N109"> (1) Le Tombeau, .ss. </note>
                <note xml:id="N110"> (1) Célestine, ou les époux sans l'être. ll. 16o. </note>
                <note xml:id="N111"> (2) Hubert de Sévrac. l. aé. </note>
                <note xml:id="N112"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 50. </note>
                <note xml:id="N113"> (2) Souterrains de Mazzini, II. 68. </note>
                <note xml:id="N114"> (3) La Forêt, I. 56. </note>
                <note xml:id="N115"> (1) La Forêt, I. 37. </note>
                <note xml:id="N116"> (2) Célestine, II. 169. </note>
                <note xml:id="N117"> (3) Id. III. 123. </note>
                <note xml:id="N118"> (1) La Forêt, I. 56. </note>
                <note xml:id="N119"> (1) Le Tombeau, I. 63. </note>
                <note xml:id="N120"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être, II. 171. </note>
                <note xml:id="N121"> (1) Hubert de Sévrac, I. 46. </note>
                <note xml:id="N122"> (1) Mystères d'Udolphe, III. 6. </note>
                <note xml:id="N123"> (1) Le Moine, II. 15. 5. </note>
                <note xml:id="N124"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, II. 18o </note>
                <note xml:id="N125"> (2) Le Moine, II. 207. </note>
                <note xml:id="N126"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 54. IIIaas </note>
                <note xml:id="N127"> (1) Souterrains de Mazzini, II. 60. </note>
                <note xml:id="N128"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, IV. ai8 et suiv </note>
                <note xml:id="N129"> souterrains de Mazzini, II. 9. </note>
                <note xml:id="N130"> (2) Mystères d'Udolphe, II. . </note>
                <note xml:id="N131"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 8. </note>
                <note xml:id="N132"> (2) Le Moine, II. 111. </note>
                <note xml:id="N133"> (3) Souterrains de Mazzini, II. 61. </note>
                <note xml:id="N134"> (1) Hubert de Sévrac, I. 4. </note>
                <note xml:id="N135"> (1) hubert de Sévrac, I. 49. </note>
                <note xml:id="N136"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs, III. </note>
                <note xml:id="N137"> (2) Mystères d'Udolhe II. 113. </note>
                <note xml:id="N138"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 1. </note>
                <note xml:id="N139"> (2) id. ibid </note>
                <note xml:id="N140"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être, II. 118. </note>
                <note xml:id="N141"> (2) La Forêt, I. 55. </note>
                <note xml:id="N142"> (1) Le Moine, II. 1. </note>
                <note xml:id="N143"> (1) L'Abbaye de Grasville, I. 54. </note>
                <note xml:id="N144"> (2) Le Moine. </note>
                <note xml:id="N145"> (3) Mysteres d'Udolphe. </note>
                <note xml:id="N146"> (4) Hubert de sévrac </note>
                <note xml:id="N147"> (5) Célestine, ou les Epoux sans l'être. </note>
                <note xml:id="N148"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 1sa. </note>
                <note xml:id="N149"> (2) l. ibid. </note>
                <note xml:id="N150"> (1) Mystères d'Udolphe. </note>
                <note xml:id="N151"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. </note>
                <note xml:id="N152"> célestine, ou les Epoux sans l'être. </note>
                <note xml:id="N153"> célestine; ou les Epoux sans l'êtrel IV. 1. </note>
                <note xml:id="N154"> Souterrains de Mazzini. l. e1. </note>
                <note xml:id="N155"> (3) L'Abbave de Grasville, II. 187 </note>
                <note xml:id="N156"> (4) Mystères d'Udolphe, V eaz et suiv. </note>
                <note xml:id="N157"> Confessionnal des Pénitens noirs, I. 45 et suiv </note>
                <note xml:id="N158"> Le Tombeau, II. 97. </note>
                <note xml:id="N159"> (1) Mystères d'Udolphe. Ill. 145 </note>
                <note xml:id="N160"> (1) Souterrains de Mazzini, I. </note>
                <note xml:id="N161"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. AI </note>
                <note xml:id="N162"> (2) Mystères d'Udolphe, II. as6. </note>
                <note xml:id="N163"> Confessionnal des Pénitens noirs, IV. </note>
                <note xml:id="N164"> La forêt, IV 22 </note>
                <note xml:id="N165"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 109. </note>
                <note xml:id="N166"> (2) Celestine, ou les Epoux sans l'être. IV. so. </note>
                <note xml:id="N167"> (1) Le Moine, II. s. </note>
                <note xml:id="N168"> (1) Mystères d'Udolphe II. 299. </note>
                <note xml:id="N169"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs, I. 19s. </note>
                <note xml:id="N170"> (1) Mystères d'Udolphe II. 500. </note>
                <note xml:id="N171"> (1) souterrains de Mazzini, I. 64. </note>
                <note xml:id="N172"> (2) Id. 1 7 </note>
                <note xml:id="N173"> (3) Mystères d'Udolphe, IV. 42. </note>
                <note xml:id="N174"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 6o-o1. </note>
                <note xml:id="N175"> ) L'Abbaye de Grasville, I. 113. </note>
                <note xml:id="N176"> (1) Mystères d'Udolphe. I. 300. </note>
                <note xml:id="N177"> 1 Souterrains de Mazzini, I. 37. </note>
                <note xml:id="N178"> l L'Abbaye de Grasville, II. 89. </note>
                <note xml:id="N179"> (1) Souterains de Mazzini;-III. S7 </note>
                <note xml:id="N180"> (1) Mystères d'Udolphe, II. 289 285 et suiv. </note>
                <note xml:id="N181"> (1) Le Moine, II. 148. </note>
                <note xml:id="N182"> (2) id II. 146. </note>
                <note xml:id="N183"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 225. </note>
                <note xml:id="N184"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 238. </note>
                <note xml:id="N185"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 64. </note>
                <note xml:id="N186"> (2) La Forêt, II. 137. </note>
                <note xml:id="N187"> (1) Mystères d'Udolphe III. 15 </note>
                <note xml:id="N188"> (2) Id. IV. 63 et suiv. </note>
                <note xml:id="N189"> (3) La Forêt, II. 44. </note>
                <note xml:id="N190"> (4) Célestine, ou les Epoux sans l'être. III. 12. </note>
                <note xml:id="N191"> (1) Mystères d'Udolphe, IV. 73. </note>
                <note xml:id="N192"> (1) Le Moine, IV. 18. </note>
                <note xml:id="N193"> (2) Célestine, ou les Epoux sans l'être, III. 149. </note>
                <note xml:id="N194"> (1) Mystères d'Udolphe, IV. 283. </note>
                <note xml:id="N195"> (1) Mystère d'Udolphe, III. 17. </note>
                <note xml:id="N196"> (2) Hubert de Sevrac, I. 233. </note>
                <note xml:id="N197"> (1) Le Moine IV. 68. 69. </note>
                <note xml:id="N198"> (2) Mystères d'Udolphe, IV. 46. 233. </note>
                <note xml:id="N199"> (1) Le Moine, IV. 69. </note>
                <note xml:id="N200"> (2) Mystères d'Udolphe, IV. 39. </note>
                <note xml:id="N201"> (3) Le Moine, IV. 70. </note>
                <note xml:id="N202"> (4) id. ibid. </note>
                <note xml:id="N203"> (1) Le Moine, IV. 70. </note>
                <note xml:id="N204"> (2) Mystères d'Udolphe, II. 160. </note>
                <note xml:id="N205"> (1) Mystères d'Udolphe, IV. 283. </note>
                <note xml:id="N206"> (2) La Forêt, II. 83. </note>
                <note xml:id="N207"> (1) Souterrains de Mazzini, I. 202. </note>
                <note xml:id="N208"> (2) Id. II. 203. </note>
                <note xml:id="N209"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 81. </note>
                <note xml:id="N210"> (2) Mystères d'Udolphe, II. 224. </note>
                <note xml:id="N211"> (1) Mystères d'Udolphe, I. 197. </note>
                <note xml:id="N212"> (1) Le Moine, IV. 23 et suiv. </note>
                <note xml:id="N213"> (2) Le Tombeau, I. 221. </note>
                <note xml:id="N214"> (3) Le Moine, IV. 25 et suiv. </note>
                <note xml:id="N215"> (1) Le Moine, IV. 26. </note>
                <note xml:id="N216"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 36 </note>
                <note xml:id="N217"> (2) Le Moine, II. 30. </note>
                <note xml:id="N218"> (3) La Forêt, I. 8. </note>
                <note xml:id="N219"> (1) L'Abbaye de Grasville, II. 101. </note>
                <note xml:id="N220"> (2) Célestine, ou les Epoux sans l'être. III. 151. </note>
                <note xml:id="N221"> (1) Le Tombeau, I. 196. </note>
                <note xml:id="N222"> (2) Confessionnal des Péuitens noirs, IV. 112 et suiv. </note>
                <note xml:id="N223"> (1) Le Tombeau, I. 205. 133. </note>
                <note xml:id="N224"> (2) Id. l 205. </note>
                <note xml:id="N225"> (1) Mystères d'Udolphe. III. 270. </note>
                <note xml:id="N226"> (1) Le Tombeau. I. 135. </note>
                <note xml:id="N227"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 81. </note>
                <note xml:id="N228"> (2) idem II. 228. </note>
                <note xml:id="N229"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 228. </note>
                <note xml:id="N230"> (1) Mystères d'Udolphe. III. 164. </note>
                <note xml:id="N231"> (1) Mystères d'Udolphe. II. 266. </note>
                <note xml:id="N232"> (2) L'Abbaye de Grasville. II. 228. </note>
                <note xml:id="N233"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 263. </note>
                <note xml:id="N234"> (1) Le Tombeau. I. 165. II. 123. </note>
                <note xml:id="N235"> (1) Mystères d'Udolphe. I. 196. </note>
                <note xml:id="N236"> (1) Souterrains de Mazzini. I. 52. </note>
                <note xml:id="N237"> (2) Mystères d'Udolphe. I. 196. </note>
                <note xml:id="N238"> (1) Le Tombeau. I. 167. </note>
                <note xml:id="N239"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 191. </note>
                <note xml:id="N240"> (2) Hubert de Sévrac. I. 39. 38. </note>
                <note xml:id="N241"> (1) Hubert de Sévrac. I. 39. </note>
                <note xml:id="N242"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 239. </note>
                <note xml:id="N243"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 239. </note>
                <note xml:id="N244"> (1) La Forêt. II. 44. </note>
                <note xml:id="N245"> (2) L'Abbaye de Grasville II. 81. </note>
                <note xml:id="N246"> (1) La Foret. II. 65. </note>
                <note xml:id="N247"> (1) Hubert de Sévrac. I. 150. </note>
                <note xml:id="N248"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. III. 251. </note>
                <note xml:id="N249"> (3) Hubert de Sévrac. </note>
                <note xml:id="N250"> (1) L'Abbaye de Grasville II. 239. </note>
                <note xml:id="N251"> (1) Le Tombeau. I. 135. </note>
                <note xml:id="N252"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. I. 67. </note>
                <note xml:id="N253"> (1) Le Tombeau. I. 5. </note>
                <note xml:id="N254"> (1) La Forêt. I. 69. </note>
                <note xml:id="N255"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 39. </note>
                <note xml:id="N256"> (1) Il paroît que cette mauvaise plaisanterie de M. Dabaud a
                    rapport à CÉLESTINE. </note>
                <note xml:id="N257"> (1) Hubert de Sévrac. I. 35. </note>
                <note xml:id="N258"> (2) idem I. 36. </note>
                <note xml:id="N259"> (1) Hubert de Sévrac. I. 38. </note>
                <note xml:id="N260"> (1) Le Tombeau. I. 149. </note>
                <note xml:id="N261"> (1) Le Tombeau. I. 151 et suiv. </note>
                <note xml:id="N262"> (1) L'Abbaye de Grasville. II. 81. </note>
                <note xml:id="N263"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 39. </note>
                <note xml:id="N264"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 45. </note>
                <note xml:id="N265"> (2) idem IV. 46. </note>
                <note xml:id="N266"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. III. 93. </note>
                <note xml:id="N267"> (2) Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 36. </note>
                <note xml:id="N268"> (1) Le Moine. I. 145. </note>
                <note xml:id="N269"> (1) Souterrains de Mazzini. I. 43. </note>
                <note xml:id="N270"> (2) Mystères d'Udolphe. II. 312. </note>
                <note xml:id="N271"> (1) Le Moine. I. 145. </note>
                <note xml:id="N272"> (2) Mystères d'Udolphe. IV. 180. </note>
                <note xml:id="N273"> (3) Souterrains de Mazzini. I. 93. </note>
                <note xml:id="N274"> (1) Le Moine. III. 153. </note>
                <note xml:id="N275"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. IV. 46. </note>
                <note xml:id="N276"> (1) Hubert de Sévrac. I. 161. 159. </note>
                <note xml:id="N277"> (2) Souterrains de Mazzini. I. 101. </note>
                <note xml:id="N278"> (1) L'Abbaye de Grasville. III. 171. </note>
                <note xml:id="N279"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 236. </note>
                <note xml:id="N280"> (3) Célestine ou les Epoux sans l'être III. 162. </note>
                <note xml:id="N281"> (1) Le Tombeau. II. 135. </note>
                <note xml:id="N282"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 58. </note>
                <note xml:id="N283"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 72. </note>
                <note xml:id="N284"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 42. 43. </note>
                <note xml:id="N285"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 39. </note>
                <note xml:id="N286"> (2) idem II. 27. </note>
                <note xml:id="N287"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 43. </note>
                <note xml:id="N288"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. I. 8. </note>
                <note xml:id="N289"> (2) Mystères d'Udolphe. I. 69. </note>
                <note xml:id="N290"> (3) Hubert de Sévrac. I. 54. et suiv. </note>
                <note xml:id="N291"> (1) Le Moine. IV. 229. </note>
                <note xml:id="N292"> (1) Le Moine. II. 146. </note>
                <note xml:id="N293"> (1) Le Moine. II. 155. </note>
                <note xml:id="N294"> (2) Célestine ou les Epoux sans l'être. III. 129. </note>
                <note xml:id="N295"> (3) Le Moine. II. 156. </note>
                <note xml:id="N296"> (1) Le Moine. II. 156. </note>
                <note xml:id="N297"> (2) idem II. 156. </note>
                <note xml:id="N298"> (1) Le Moine. II. 157. </note>
                <note xml:id="N299"> (1) Célestiue ou les Epoux sans l'ête. IV. 25. </note>
                <note xml:id="N300"> (1) Souterrains de Mazzini. I. 81. </note>
                <note xml:id="N301"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. IV. 272. </note>
                <note xml:id="N302"> (1) Le Tombeau. </note>
                <note xml:id="N303"> (1) Le Moine. IV. 211. </note>
                <note xml:id="N304"> (2) La Forêt. I. 57. </note>
                <note xml:id="N305"> (1) Sotterrains de Mazzini. II. 132. et suiv. </note>
                <note xml:id="N306"> (1) Le Moine. II. 34. </note>
                <note xml:id="N307"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 183. 184. </note>
                <note xml:id="N308"> (2) Le Moine. II. 34. </note>
                <note xml:id="N309"> (1) Le Moine. II. 35. </note>
                <note xml:id="N310"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. II. 92 et suiv. </note>
                <note xml:id="N311"> (2) idem II. 129-130. </note>
                <note xml:id="N312"> (1) Souterrains de Mazzini. I. 197. </note>
                <note xml:id="N313"> (1) Le Moine. II. 46. </note>
                <note xml:id="N314"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 185. </note>
                <note xml:id="N315"> (2) La Moine. II. 53. </note>
                <note xml:id="N316"> (1) Le Moine. II. 54. </note>
                <note xml:id="N317"> (2) idem II. 57. </note>
                <note xml:id="N318"> (1) L'Abbaye de Grasville. III. 21. </note>
                <note xml:id="N319"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 229. </note>
                <note xml:id="N320"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 228 et suiv. </note>
                <note xml:id="N321"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 29. </note>
                <note xml:id="N322"> a) idem IV. 29. </note>
                <note xml:id="N323"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 189. IV. 94. </note>
                <note xml:id="N324"> Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 3o. </note>
                <note xml:id="N325"> (2) Mystères d'Udolphe. III. 11. </note>
                <note xml:id="N326"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 33. </note>
                <note xml:id="N327"> (1) Mystères d'Udolphe. IV. 9. </note>
                <note xml:id="N328"> (1) Célestine ou les Epoux sais l'être. IV. 41. </note>
                <note xml:id="N329"> (1) Le Moine. II. 134-137. </note>
                <note xml:id="N330"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 15. </note>
                <note xml:id="N331"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 165. </note>
                <note xml:id="N332"> (2) Le Tombeau. I. 113. </note>
                <note xml:id="N333"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. II. 235, 237, 238. </note>
                <note xml:id="N334"> (2) Hubert de Sévrac. I. 76. </note>
                <note xml:id="N335"> (3) Célestine, ou les Epoux sans l'être. III. 211. </note>
                <note xml:id="N336"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. I. 241, 242, 243. </note>
                <note xml:id="N337"> (1) Le Moine. IV. 134. </note>
                <note xml:id="N338"> (2) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 13. </note>
                <note xml:id="N339"> (3) idem IV. 14. </note>
                <note xml:id="N340"> (1) Le Moine. IV. 206. </note>
                <note xml:id="N341"> (1) Le Moine. IV. 208. </note>
                <note xml:id="N342"> (2) idem, IV. 220. et suiv. </note>
                <note xml:id="N343"> (1) Le Tombeau. I. 121. </note>
                <note xml:id="N344"> (2) Mystères d'Udolphe. III. 236. </note>
                <note xml:id="N345"> (1) Célestine ou tes Epoux sans l'être. IV. 54. </note>
                <note xml:id="N346"> (2) idem. IV. 55. </note>
                <note xml:id="N347"> (1) L'Abbaye de Grasville. III. 172. </note>
                <note xml:id="N348"> (2) Confessionn des Penitent noirs. IV. 84. 85. </note>
                <note xml:id="N349"> (3) Le Tombeau. I. 215. </note>
                <note xml:id="N350"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 55. </note>
                <note xml:id="N351"> (2) Le Tombeau. I. 116. </note>
                <note xml:id="N352"> (1) Le Tombeau. I. 216. 219. </note>
                <note xml:id="N353"> (1) Confessionnal des Pénitens noirs. II. 256. </note>
                <note xml:id="N354"> (2) Le Tombeau. I. 220. 221. </note>
                <note xml:id="N355"> (3) Célestine, ou les Epoux sans l'être. I. 7. 85. </note>
                <note xml:id="N356"> (1) Le Tombeau. I. 153. </note>
                <note xml:id="N357"> (1) Le Tombeau. I. 223. </note>
                <note xml:id="N358"> (1) Hubert de Sévrac. I. 76. </note>
                <note xml:id="N359"> (1) Hubert de Sevrac. I. 231. </note>
                <note xml:id="N360"> (1) Hubert de Sévrac.I. 23. </note>
                <note xml:id="N361"> (1) Hubert de Sévrac. I. 225 et suiv. </note>
                <note xml:id="N362"> (2) idem. l. 232. </note>
                <note xml:id="N363"> (3) Souterrains de Mazzini. I. 201. </note>
                <note xml:id="N364"> (1) Mystères d'Udolphe. I. 69. </note>
                <note xml:id="N365"> (1) Celestine oules Epoux sans l'être. IV. 55. I. 184. </note>
                <note xml:id="N366"> (2) Hubert de Sévrac. I. 95. </note>
                <note xml:id="N367"> (3) Souterrains de Mazzini. II. 23. </note>
                <note xml:id="N368"> (4) Conffesionnal des Penitens noirs. II. 42. </note>
                <note xml:id="N369"> (1) L'Abbaye de Grasville. III. 41. et suiv. </note>
                <note xml:id="N370"> (2) Mystères d'Udolphe. III. 225. et suiv. </note>
                <note xml:id="N371"> (1) Le Moine. IV. 50. </note>
                <note xml:id="N372"> (1) Le Moine. IV. 303. </note>
                <note xml:id="N373"> (2) idem. IV. 57. et suiv. </note>
                <note xml:id="N374"> (3) L'Abbeye de Grasville. III. 41. </note>
                <note xml:id="N375"> (4) Le Tombeau. I. 226. </note>
                <note xml:id="N376"> (5) idem II. 253. </note>
                <note xml:id="N377"> (1) Le Moine. IV. 53. </note>
                <note xml:id="N378"> (2) Hlubert de Sevrac. I. 95. </note>
                <note xml:id="N379"> (1) L'Abbaye de Grasville. I. 36. </note>
                <note xml:id="N380"> (2) idem III. 44. </note>
                <note xml:id="N381"> (1) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 39. </note>
                <note xml:id="N382"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. II. 63. </note>
                <note xml:id="N383"> (1) Mystères d'Udolphe. III. 16. 17. </note>
                <note xml:id="N384"> (1) Célestine ou les Epoux sans l'être. IV. 63. </note>
                <note xml:id="N385"> (1) Célestine, on les Epoux sans l'être. IV. 59. </note>
                <note xml:id="N386"> (2) Hubert de Sévrac. I. 235. </note>
                <note xml:id="N387"> (1) Le Tombeau. II. 238. </note>
                <note xml:id="N388"> (1) Celestine, ou les Epux sans l'être. IV. 16. </note>
                <note xml:id="N389"> (1) Confesionnl des Pénitens noirs. IV. 139 et suiv. </note>
                <note xml:id="N390"> (1) Le Moine. IV. 235. 237. L'auteur n'a pas cru apparemment
                    pouvoir imaginer une catastrophe plus frappante, plus visant à l'effet que celle
                    de ce roman, car c'est le seul qui a suivi dans tout ce chapitre. D'aprés cela,
                    il seroit inutile de mettre des notes à chaque endroit où M. Dabaud imite si
                    bien AMBROSIO. </note>
                <note xml:id="N391"> (1) Le Tombeau. Il. 26. </note>
                <note xml:id="N392"> (2) Confessionnal des Pénitens noirs. III. 25. </note>
                <note xml:id="N393"> (3) Le Tombeau. II. 19. 133. </note>
                <note xml:id="N394"> (1) Le Moine. I.155. </note>
                <note xml:id="N395"> (1) souterrains de Mazzini. I. 21. II. 165. </note>
                <note xml:id="N396"> (2) Le Tombeau. II. 198. </note>
                <note xml:id="N397"> (2) Mystères d'Udolphe. IV. 247. et suiv. </note>
                <note xml:id="N398"> (4) L'Abbaye de Grasville. III. 195. </note>
                <note xml:id="N399"> (5) Célestine, ou les Epoux sans l'être. IV. 140. 197. </note>
                <note xml:id="N400"> (6) Confessionnal des Pénitens noirs. IV. 248 et suiv. </note>
                <note xml:id="N401"> (1) Hubert de Sévrac. </note>
                <note xml:id="N402"> (1) L'Abbaye de Grasville. </note>
            </div>
        </back>
    </text>
</TEI>
